Nous devons aussi être Raif

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

Faut-il que quelqu'un meure au bout de son sang pour qu'on s'indigne, qu'on se lève, vraiment et avec engagement, afin de défendre nos valeurs démocratiques?

Alors, allez mourir un peu en regardant sur notre site latribune.ca la vidéo d'un garçon habitant Sherbrooke et s'adressant au père qui lui manque. Ce dernier est emprisonné en Arabie Saoudite.

Ça donne un bon choc au coeur. Juste ce qu'il faut pour tuer l'indifférence.

En voici un extrait :

«Papa, je n'ai jamais cru que je vivrais sans toi. Que tu ne serais pas là pour me réveiller le matin afin que j'aille à l'école, comme d'habitude. Je n'avais jamais imaginé ça...»

Ces mots coulent tendrement, affectueusement, sur des images montrant le petit Tirad (surnommé Doudi) se rendant en classe avec ses deux soeurs dans notre ville de toutes les libertés, qui était parée de ses plus belles couleurs automnales quand les images ont été tournées.

Regardez la vidéo en imaginant le dos de Raif Badawi en lambeaux, couleur sang d'automne, quand on le renverra aujourd'hui au cachot après avoir encaissé la première de 20 séries de 50 coups de fouet.

Désolé, M. Badawi, de ne pas avoir suffisamment insisté auprès du père Noël afin qu'il exauce votre voeu.

Le cadeau qu'attendait de nous ce Saoudien, c'était qu'on appuie, vivement, longtemps, sans ménagement, son rêve de liberté.

Liberté de parole. Liberté de religion. Liberté tout court.

Même si son épouse Ensaf et les représentants de l'organisme Amnistie internationale nous l'ont claironné durant tout l'automne, ça nous est rentré par une oreille et c'est sorti par l'autre.

Si prompt à se montrer plein d'empathie et de tristesse la veille pour témoigner son appui à la France et pour défendre les droits démocratiques inaliénables qu'incarne Charlie Hebdo, Christian Paradis était introuvable hier.

Monsieur le ministre, une famille sherbrookoise vous implore depuis des mois, elle vous demande d'être conséquent et de défendre la liberté d'expression là où elle est piétinée, notamment là où l'on flagelle encore pour imposer la soumission. Est-ce que le communiqué de protestation émis hier par le gouvernement du Canada donne suffisamment de poids à votre et à notre indignation?

Est-ce que les médias régionaux et nationaux sont prêts à «pooler» pour dépêcher quelques reporters et photographes à Djeddah, à défrayer ce qu'il en faut pour assurer leur protection afin qu'ils puissent témoigner de l'application de ce châtiment? La liberté de parole n'appartient pas qu'aux journalistes et caricaturistes.

Nos premiers ministres, incluant Philippe Couillard qui a sûrement encore un bon réseau de contacts en Arabie Saoudite, sont-ils prêts à condamner et à menacer de représailles le gouvernement de ce pays s'il refuse que la liberté de presse soit exercée sans bâillon?

Il est plus simple et surtout moins embêtant de blâmer les jihadistes, soldats d'une armée sans pays, que de critiquer la Charia, le système judiciaire des magnats du pétrole.

Nos dirigeants sherbrookois se sont empressés eux aussi de dénoncer «l'acte de barbarie extrême à l'encontre de la presse et de la liberté d'expression» à la suite de l'attentat perpétré à Paris. Avant cela, ils n'avaient même pas prêté oreille à l'affaire Badawi même si quatre rassemblements pour appuyer la cause ont eu lieu devant l'hôtel de ville avant les Fêtes.

La première attention accordée à son épouse est une audience qui aura lieu à la mairie en fin de matinée, en présence de la représentante régionale d'Amnistie internationale.

«Nous avons été pris dans le tourbillon budgétaire de décembre. En ce début d'année, les événements en France nous interpellent et oui, dans la même veine, il faut s'intéresser à la cause de M. Badawi, à plus forte raison parce que sa famille vit parmi nous», a réagi hier le président du comité exécutif, Serge Paquin, en l'absence du maire Sévigny.

Au moins, la cloche vient de sonner à l'hôtel de ville.

M. Paquin n'écarte pas qu'une motion d'appui à M. Badawi soit soumise à l'attention du conseil municipal.

«Sans être une intrusion dans les champs de compétences d'un autre gouvernement, une telle motion enverrait le message que les Sherbrookois sont solidaires des valeurs qu'a voulu défendre M. Badawi et que nous sommes sensibles à ce que sa famille et lui subissent. Personnellement, j'y suis très favorable.»

Ce n'est pas avec ça qu'on fera trembler le roi Abdullah bin Abdulaziz, qui règne en maître absolu sur l'Arabie Saoudite, mais ce serait un peu moins lâche que la distance des derniers mois.

Un spin mondial s'est créé instantanément, en l'espace de quelques heures, nous sommes tous devenus Charlie. Si la liberté nous est chère et notre engagement à vouloir la protéger est sincère, nous devons aussi être Raif.

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