L'appétit pour les surplus

Bernard Sévigny... (Archives, La Tribune)

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Bernard Sévigny

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

Avant de décider si on devrait confier l'administration de Sherbrooke au ministre Pierre Moreau ou la gestion de la province au maire Bernard Sévigny, essayons d'y voir un peu plus clair.

Au ministre Moreau, qui conseillait aux maires de piger dans les surplus avant de pomper plus d'argent dans les poches des citoyens, M. Sévigny a notamment répondu ceci :

«Si le gouvernement du Québec avait géré comme les municipalités, il serait dans une toute autre situation financière. Un surplus, c'est une marge de manoeuvre pour payer l'épicerie sans devoir recourir à la carte de crédit.»

Là-dessus, M. Sévigny n'a pas tort. La prudence et la sagesse ne caractérisent pas la gestion provinciale. Si le déficit structurel est tel que le Québec est au bord du gouffre, c'est illusoire de penser qu'on aura colmaté toutes les brèches en quelques années. Or, tout en maintenant le cap sur le retour à l'équilibre budgétaire pour 2015-2016, le gouvernement Couillard promet de nous renvoyer en baisse d'impôts la moitié d'éventuels surplus. Vaut mieux engraisser Ti-lard avant de le manger.

D'autre part, nous savons tous qu'un emploi stable assure davantage de stabilité financière. Même si leurs responsabilités croissantes alourdissent le poids de leurs dépenses, les revenus des villes fluctuent beaucoup moins que ceux du gouvernement provincial.

L'impôt des particuliers procure un peu plus du tiers des revenus autonomes de l'État québécois. Un marché de l'emploi à la baisse fait automatiquement fléchir ses recettes fiscales. C'est encore plus vrai pour les taxes à la consommation (25 pour cent des revenus).

Comme ordre de grandeur, 60 cent des besoins financiers du gouvernement provincial flottent au gré de l'économie.

Lorsque le maire Sévigny présentera le budget, lundi, plus des deux tiers des revenus anticipés par la Ville seront pratiquement garantis. Les valeurs immobilières assureront via la taxe foncière autour de 55 pour cent des revenus municipaux.

En fixant la tarification des services pour la distribution de l'eau ou pour l'assainissement, la Ville ira chercher une trentaine d'autres millions, 10 pour cent de ses revenus autonomes.

Les prévisions en revenus d'amendes étant aussi fiables qu'une montre suisse, ajoutez 2,5 pour cent aux comptes à recevoir. Finalement, bien que la rigueur des hivers fluctue, les abonnés d'Hydro-Sherbrooke garantissent à la Ville bien plus qu'un revenu d'appoint.

Si Bernard Sévigny rêve du pouvoir législatif que Philippe Couillard détient pour contrôler ses coûts de main-d'oeuvre, le premier ministre du Québec est sûrement d'avis qu'il lui serait plus facile d'engranger des surplus s'il avait les garanties fiscales du maire de Sherbrooke!

/////

Y'a pas juste à Québec qu'on trouve les solutions budgétaires dans les livres comptables des autres. La Ville de Coaticook suspend sa contribution annuelle de 30 000 $ au Parc de la Gorge en s'appuyant sur le succès de Foresta Lumina.

«Comme nous devions récupérer 800 000 $, il a fallu couper partout. Avec des profits de 700 000 $, les administrateurs de la Gorge peuvent s'arranger sans l'aide de la Ville», défend le maire Bertrand Lamoureux.

Parce que Sherbrooke, Montréal et toutes les villes du monde chercheront à copier le modèle, j'aurais trouvé judicieux que les élus coaticookois exigent que l'argent des citoyens soit réinjecté dans l'amélioration du produit ou dans une initiative à incidences économiques. C'eut été un signal de clairvoyance.

Outre sa contribution de 30 000 $ pour les opérations, la Ville a injecté 150 000 $ l'an dernier dans le parcours illuminé conçu par la firme Moment Factory qui, avec un achalandage inattendu de 72 000 personnes, a situé Coaticook sur la carte touristique nationale et même internationale.

Y'a pas meilleur placement pour dynamiser une trame commerciale fragilisée qui, comme dans toutes les villes périphériques, lutte contre le pouvoir d'attraction des géants.

«Je ne comprends pas. Un restaurateur et un commerçant m'ont dit de vive voix que le dernier été a sauvé leur année. Foresta Lumina a ravivé la confiance chez nos gens d'affaires. Le filon, nous l'avons. Ça prend toutes nos ressources pour l'exploiter. Je ne sais pas où le maire a pris ses chiffres quant à notre surplus mais réduisez ce chiffre au moins de moitié», réagit le conseiller municipal Simon Madore, qui préside le comité du Parc de la Gorge.

«Dans l'hébergement, il y a eu des retombées mais pas dans tous les commerces. De nombreux visiteurs n'ont fait que l'aller-retour», nuance le maire Lamoureux.

Une suggestion, monsieur le maire. Si la Ville injectait 30 000 $ pour décongestionner la billetterie, pour mettre en place un système d'achat décentralisé qui ferait en sorte qu'on puisse se procurer un billet pour Foresta Lumina dans des commerces de Coaticook, me semble que j'irais attendre la noirceur devant un bon plat ou en prenant un pot avec des amis sur l'une de vos terrasses au lieu d'aller faire la queue sur la rue Michaud.

Me semble aussi que vous finiriez par rentrer dans votre argent.

Récupérer impérativement 30 000 $ dans une mine d'or sur un budget municipal de 11 M$ envoie plutôt le signal d'un manque de créativité.

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