L'homme qui n'aimait pas les femmes

La tuerie de Polytechnique est survenue six mois après la naissance de notre... (La Presse Canadienne, Dave Chidley)

Agrandir

La Presse Canadienne, Dave Chidley

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

La tuerie de Polytechnique est survenue six mois après la naissance de notre première fille. Vingt-cinq ans plus tard, ni ma femme ni moi n'avons jamais parlé avec elle de ce geste sexiste et profondément injuste. Pas davantage avec sa soeur, qui est de quatre ans sa cadette.

L'une ou l'autre de nos filles nous aurait abordé le sujet que nous n'aurions pas cherché à l'esquiver. Elles nous ont questionnés sur des milliers de choses, jamais là-dessus.

J'imagine que la barrière des sexes et l'égalité des chances se seraient glissées quelque part dans nos conversations si l'une d'elles s'était orientée vers une carrière non conventionnelle. Les deux ont été attirées par des études supérieures dans des domaines où la représentation féminine est forte. Elles n'ont donc pas eu jusqu'à maintenant à affronter les réticences.

Mes filles étant devenues femmes, elles sont maintenant aptes à se forger leurs propres opinions. Je me suis tout de même demandé durant toute la semaine si c'eut été de notre devoir de parents de provoquer une discussion sur un sujet aussi important. Or, je n'arrive même pas à statuer sur «quand» et «comment» aurait-il fallu le faire.

Si les commémorations de la fin de semaine poussaient mes filles à m'en parler, je leur suggérerais de retracer l'entrevue accordée l'an dernier au magazine L'actualité par Monique Lépine, la mère de l'agresseur.

Marc Lépine a laissé une lettre dans laquelle il disait «haïr les femmes». Il leur en a voulu de prendre de plus en plus de place sur le marché du travail.

Sa mère décrivait une enfance qui aurait plutôt suggéré qu'il développe un ressentiment viscéral envers les hommes, du fait qu'il avait été sévèrement violenté par son père. Ses déceptions en amour auraient pu être la cause de sa colère à l'égard des femmes, mais ce sont là des sentiments que toute personne, indépendamment de son sexe, doit apprendre à contrôler.

Les fêlés agissent toujours sous de faux prétextes.

L'homme qui n'aimait pas les femmes avait renié son nom d'origine (Gamil Gharbi). Selon sa mère, «il en avait marre d'être traité d'arabe». Bref, il avait des perturbations assez profondes. De cela aussi, il faut s'en rappeler.

On ne passera pas en revue tout le catalogue des déviants, mais de Fabrikant à Lortie en passant par Gill et jusqu'aux plus récentes attaques associées au radicalisme religieux, c'est du pareil au même : ce sont des gestes de folie.

Mes filles ont grandi dans une maison à l'intérieur de laquelle il y a des armes à feu en permanence. Elles ne m'ont jamais manifesté la moindre inquiétude à cet égard. Elles m'ont quelques fois accompagné à la chasse mais sans jamais être attirées par la pratique de cette activité.

Si elles me demandaient ma position sur le registre des armes à feu, je leur signalerais que je m'y suis toujours conformé et que leur grand-père de 83 ans est en voie de transférer le fusil de chasse et la carabine qu'il n'utilise plus en communiquant toutes les informations requises à la centrale canadienne des armes à feu.

Cela, en dépit de toutes les contradictions politiques et juridiques pour lesquelles la Cour suprême n'a même pas voulu émettre d'injonction temporaire le temps de statuer sur le fond de la contestation provinciale.

Le premier ministre Couillard s'est commis, il a réitéré cette semaine l'intention du Québec de créer, si nécessaire, son propre registre. «Mais à la hauteur de la capacité de payer des Québécois», a-t-il précisé.

Voilà qui trahit plutôt maladroitement les préoccupations provinciales : l'argent.

Le Québec n'a pas davantage de fonds pour inciter la Sûreté du Québec à mettre sur pied une escouade pour surveiller qui met en vente sur LesPac.com une carabine Ruger Mini -14, le modèle d'arme semi-automatique utilisé par Marc Lépine ainsi que par Anders Breivik, l'auteur de la fusillade ayant causé la mort de 69 personnes en 2011 sur une île de Norvège.

Cette arme peut être vendue légalement mais quiconque la détient doit obligatoirement posséder un permis, au Québec ou ailleurs au pas. Tout comme d'ailleurs celui qui voudrait l'acquérir.

Cet aveuglement policier est rarement soulevé dans le débat émotif sur les armes à feu. Pourtant, ce serait le premier signal de vigilance à envoyer.

Mes filles, les hommes jaloux, éconduits et violents représenteront toujours une menace à votre sécurité. Les raccourcis intellectuels aussi.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer