Bernard et ses sultans

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

Bernard Sévigny entreprend sa sixième année à la mairie de Sherbrooke sans avoir souffert de la majorité qu'il n'a pas obtenue au terme de la campagne électorale de l'automne 2013. Il ne s'en soucie même plus.

Dès les mois qui ont suivi sa réélection, M. Sévigny a remporté haut la main le vote au conseil (17 contre 3) sur la réforme de la gouvernance, une orientation politique que les Sherbrookois avaient cautionnée en le reconduisant à la mairie. Rappelons que celle-ci vise à réduire le nombre d'élus et à procéder à un allègement des structures administratives.

La décision remonte au mois de mars. Huit mois de grossesse, et il n'y a toujours pas de date pour accoucher du bébé. On laisse porter. On tolère la lenteur du provincial à approuver cette réorganisation à laquelle le maire a pourtant raccroché des économies récurrentes de 2 M$.

Avec le pelletage de factures annoncé cette semaine par le gouvernement Couillard, me semble que ce serait une bonne semaine pour manifester un brin d'impatience!

Qui s'en charge? L'équipe du maire avec le poids de ses neuf conseillers, ou un front commun des conseillers indépendants ayant appuyé la réforme?

Tout en interpellant Québec, un mouvement concerté des conseillers indépendants traduirait une insatisfaction légitime face à la tolérance dont le maire fait preuve dans un dossier qu'il prétendait pourtant urgent.

Le vétéran Jean-François Rouleau critique régulièrement l'administration Sévigny. Ses charges répétées n'ont eu aucune répercussion sur la cote de popularité du maire, qui demeure aussi élevée que celle dont jouissait l'ex-maire Jean Perrault.

Le conseiller Rouleau et sa collègue Hélène Dauphinais ont marqué leur terrain en prévision de l'étude du budget 2015. Celui-ci devra avoir été préparé en mettant l'accent sur la révision des dépenses avant d'envisager toute hausse de taxes, ont-ils prévenu. Rien pour embarrasser M. Sévigny, qui n'a qu'à dire qu'il est d'accord avec le principe pour étouffer tout début de polémique.

Trop éclatée, l'opposition ne représente pas une réelle menace pour le maire.

Les troupiers de «L'Équipe Bernard Sévigny» se réunissent en caucus avant chaque assemblée du conseil municipal. Bien sûr qu'ils concoctent des stratégies pour prendre le plancher et se donner le maximum de visibilité. Ils appartiennent à une famille politique aux intentions déclarées.

Les indépendants ont aussi un semblant de caucus. Un certain nombre d'entre eux prennent part à des réunions préparatoires. Non, non, ce n'est pas une table partisane, c'est seulement pour «partager de l'information», font-ils valoir.

Le calcul mathématique et politique n'est pas compliqué : pour faire accepter un projet, le maire Sévigny n'a qu'à rallier un seul conseiller indépendant pour s'assurer d'une majorité en prévision d'un vote éventuel et affaiblir la voix de celles ou ceux qui seraient tentés de le contrecarrer. Sans alliance stratégique, ça donne une opposition délayée face à un pouvoir concerté.

Même sans majorité, le maire est en voiture. Il va son chemin avec un minimum de prudence politique, mais sans avoir craindre les imprévus.

Car, de leur côté, les conseillers indépendants qui sont hésitants à le suivre sont prisonniers de leur discours de campagne. Leur autonomie et leur indépendance d'esprit ne sont-elles pas les raisons pour lesquelles ils prétendaient mériter la faveur de l'électorat?

C'eût été gênant de changer de discours dès les premiers mois, durant la première année, même après avoir rapidement fait le constat qu'appuyée par neuf conseillers au lieu de seulement trois, l'influence du maire est nettement plus élevée à l'hôtel de ville. À l'opposé, celle des conseillers indépendants est diminuée d'autant.

Les loups solitaires ne terrorisent personne sur la scène municipale. Ils sont mieux de se constituer une meute en envisageant rapidement la création d'un parti. Parce qu'ils devront ensuite se désigner un chef qui, lui, devra s'allier une équipe pour partir à la recherche de financement s'il veut se battre d'égal à égal avec le maire Sévigny ou avec son dauphin, si M. Sévigny décide de ne pas solliciter de troisième mandat en 2017.

Quand on s'aperçoit qu'on tire des balles blanches, il est recommandé de s'équiper de canons. Sinon, on tire pour rien.

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