La graine du changement

Ils n'ont pas 30 ans, ils ne se... (IMACOM, René Marquis)

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Ils n'ont pas 30 ans, ils ne se connaissaient pas tous il y a six mois, ils sont les piliers de la conférence-spectacle Sherbrooke ville nourricière qui aura lieu dimanche au Granada et pour laquelle pas moins de 750 billets ont été vendus. De gauche à droite, Hugo Latour, Laurence-Olivier Néron, Maude St-Jean, Gabriel Arguin et Francis Gendron.

IMACOM, René Marquis

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

Je ne veux pas vexer le maire Bernard Sévigny et les chambres de commerce de Sherbrooke et Fleurimont qui l'ont accueilli cette semaine au Granada pour son discours annuel, mais ils viennent de passer deuxièmes dans le palmarès des événements de la semaine.

Il y avait 160 personnes dont une vingtaine étaient d'autres représentants de la Ville pour entendre l'allocution du maire mardi soir. L'auditoire sera considérablement plus imposant dans la même salle, dimanche après-midi, pour une conférence-spectacle sur l'agriculture urbaine.

«On voulait remplir le Granada et si la prévente annonce ce que sera l'achalandage aux guichets, nous ne serons pas loin de 1000 personnes», me lance d'aise Laurence-Olivier Néron sachant que pas moins de 750 billets ont déjà trouvé preneurs.

Pas de représentation corporative, institutionnelle ou politique, que du monde ordinaire. Des citoyens se représentant eux-mêmes!

Laurence-Olivier Néron a 28 ans. Comme lui, les autres membres du comité organisateur n'ont pas franchi le cap de la trentaine. Ils ne se connaissaient même pas tous il y a six mois. La force ne s'additionnant pas avec l'âge, unis par l'idéal de faire de Sherbrooke une ville nourricière, ils labourent avec la puissance d'un tracteur à quatre roues.

L'effet du bottum up, me décrit Hugo Latour.

«Comme n'importe quelle plante, le changement prend racine à la base. Je n'ai jamais vu un arbre avec une seule branche et l'impact de nos actions vient de l'engagement de chacun. Nous sommes portés par un engouement collectif», illustre le jeune homme de 24 ans.

Natif des Laurentides, Hugo a eu vent que ça remuait la terre à Sherbrooke. Il est débarqué et s'est enrôlé.

Gros événement implique soutien de commanditaires. La bannière la plus en vue sera celle «Des Incroyables Comestibles», la marque corporative d'une communauté de 15 000 habitants du Yorkshire.

Lors de la crise de 2008, des citoyens jardiniers de la ville anglaise de Tomorden ont voulu se nourrir euxmêmes et offrir de quoi manger aux moins fortunés. Depuis, les jardins collectifs ont poussé partout. L'autonomie alimentaire y serait passée de 23 à 93 pour cent en l'espace de quelques années. Les affiches «nourriture à partager» placardent la ville.

«C'est un message clair du pouvoir qu'ont les citoyens en se regroupant pour des projets ayant un sens commun et qui sont plus près de l'essentiel», s'inspire Maude St-Jean, 26 ans, installée à Sherbrooke depuis moins d'un an.

«J'ai sollicité l'appui financier d'un gérant de supermarché pour notre événement. Il n'en voyait pas l'intérêt. Il ne tardera pas à réaliser qu'il est passé à côté de quelque chose de gros, qui sort du traditionnel», prend plaisir à me glisser Laurence-Olivier Néron.

Des rêvasseries de jeunesse, direz-vous. Peut-être.

Mais pas seulement avec une brindille de foin dans la bouche ou un joint, si l'on réfère à l'époque Peace and Love de leurs géniteurs, puisque ces chevaux-vapeur de la nouvelle génération sont créatifs.

Francis Gendron, Coaticookois d'origine, Sherbrookois d'adoption et nomade planétaire, est revenu dans ses terres natales diplômé de la Earthship Academy et avec l'innovation d'ailleurs dans les serres solaires actives. Sa micro-entreprise germe dans le non conventionnel.

«J'ai lancé dans une vidéo sur YouTube l'invitation à partager mes connaissances en offrant trois semaines gratuites de formation à condition que les gens intéressés m'offrent ensuite sept semaines de travail sans salaire. J'avais besoin de six collaborateurs, j'ai reçu 50 propositions, toutes de personnes fortement scolarisées et prêtes à vivre cette expérience», explique-t-il.

Pas de plan d'affaires avec coûts fixes et anticipation de revenus, pas de secrets d'entreprise à protéger jalousement, juste un front de boeuf et de la débrouillardise.

«Si ce n'est pas moi qui diffuse l'information, elle viendra d'ailleurs. Plus nous serons nombreux à promouvoir cette évolution des mentalités, plus il se créera de débouchés dans ce segment de marché. D'ici 10 ans, les grandes institutions comme l'Université de Sherbrooke auront des serres solaires actives dans plusieurs pavillons», prédit cet autre révolutionnaire dans la vingtaine.

Gabriel Arguin a grandi à Stoke. Après des études universitaires en sciences politiques, il a bifurqué vers la maîtrise en environnement.

«L'agriculture urbaine est une prise de conscience collective, l'émergence d'une école de vie particulièrement inspirante pour les enfants. Je veux être de cette aventure», endosse-t-il.

Ils n'ont pas 30 ans, ils viennent à peine de prendre leur élan mais à n'en point douter, ils sont la graine du changement.

J'étais leur seul spectateur lors d'échanges autour d'une table, avant-hier. Certains d'entre eux sont au nombre des 12 conférenciers qui se succéderont sur la scène du Granada, demain après-midi, et je n'ai aucun doute qu'ils seront chaleureusement applaudis.

Je me risque même à vous prédire que cet impressionnant rassemblement finira comme le discours du maire, avec une ovation debout. Avec trois ou quatre fois plus de monde dans la cabane.

Une pousse vigoureuse est sortie de terre et elle est plus qu'une rhétorique de marginaux.

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