Juste un autre coucher de soleil

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Sur l'île de Mykonos, en Grèce, un bateau file vers l'horizon au coucher de soleil. - La Tribune, Jonathan Custeau

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(Sherbrooke) Un ami m'a déjà dit qu'il ne comprenait pas qu'on se déplace pour regarder se coucher le soleil sur un site plus qu'un autre. Le soleil, il se couche tous les soirs, partout dans le monde, qu'il disait. Qu'est-ce qu'il y a de spécial à le regarder partir?

D'un autre côté, c'est bien là une des choses aussi universelles : partout, tout le temps, le soleil se couche quelque part. Qu'on parle arabe, cantonnais ou espagnol, il livre le même spectacle, sans discrimination.

Je l'avoue, souvent, j'aime la magie émanant du choc entre le jour et la nuit. Quand le ciel se voile de rose, d'orangé, on croirait que l'écho attire vers elle le bruit pour ne retourner qu'une symphonie apaisante. Une symphonie empreinte de calme.

Parce que toutes ces petites lanternes qui s'allument, autant les luminaires des rues que les phares des voitures, interprètent une espèce de chorégraphie. Les villes changent de couleur en même temps que la nuit reprend ses droits. La vie, elle aussi, prend une autre teinte.

Dans certaines villes d'Asie, par exemple, les rues s'animent quand la chaleur tombe en même temps que la lumière du jour. Les quartiers plus calmes aux périodes suffocantes de la journée voient des enfants gagner les rues pour jouer, des adultes sortir pour faire la fête.

Que les villes regorgent d'activités ou deviennent complètement silencieuses après l'apparition de la lune, on croirait presque chaque fois que le temps se donne le temps de ralentir.

Le coucher de soleil, c'est LE rendez-vous à ne pas manquer quand on visite Bagan, en Birmanie. Dans la plaine où ont été construits des milliers de temples, les touristes s'attroupent sur les plus grands stûpas pour ne rien manquer. Mieux vaut arriver tôt pour avoir une bonne place et, si on souhaite prendre des photos, il y a fort à parier que d'autres amateurs de contemplation se fraieront un chemin dans vos souvenirs.

Si on est un peu aventureux, on peut aussi trouver un temple où personne n'a daigné se rendre. Sur les restes d'un ancien monastère, je n'ai vu autre âme qui vive que quelques minutes avant que le soleil ne commence à décliner. Au final, nous étions une dizaine, beaucoup moins que sur le temple que nous apercevions à l'horizon, où nous pouvions voir grouiller les foules.

C'est un coucher de soleil qui m'a été donné à moi tout seul, dans le village de Franz Josef, en Nouvelle-Zélande, qui m'a convaincu de mes capacités à bourlinguer longuement en solo. J'ai laissé filer les doutes qui me taraudaient au hasard des rapides d'une rivière alimentée par un glacier. D'un côté, les montagnes projetaient une ombre immense alors que de l'autre, la rivière partait à l'horizon. Personne d'autre, en apercevant les teintes rosées entre les nuages, n'avait cru bon se laisser bercer par ce spectacle naturel.

Dans le parc national Tsitsikamma, en Afrique du... (La Tribune, Jonathan Custeau) - image 2.0

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Dans le parc national Tsitsikamma, en Afrique du Sud, les vagues de l'océan Indien servent de trame sonore pendant le coucher du soleil.

La Tribune, Jonathan Custeau

Loin de la réalité

À Zadar, en Croatie, dire que le soleil compose une symphonie en se retranchant dans ses quartiers n'est pas bien loin de la réalité. Au bout du quai, un orgue marin libère une musique au rythme des vagues qui le frappent. À côté, l'installation « Salut au soleil », composée de panneaux solaires, s'illumine quand la nuit tombe. Les panneaux changent de couleur au hasard, si bien qu'on peut passer des heures à les observer. Hypnotique. 

Dans le désert de Wadi Rum, en Jordanie, l'énorme boule orange fait son lit dans un sable qui s'étend à perte de vue. Il allume, au fur et à mesure qu'il disparaît, des centaines d'étoiles qu'aucune lumière artificielle ne peut couvrir. Pas de pollution lumineuse, pas de nuage. Et le silence du désert.

Le silence de fin de journée s'était montré beaucoup plus violent, quelques jours plus tard sur l'île de Mykonos, en Grèce. Près des vieux moulins et de coeur touristique du village, qui rappelle un peu Venise, la vue sur la mer est imprenable. La beauté d'un navire qui s'enfonçait dans l'horizon, vers une grosse boule orange qui s'estompait lentement, me rappelait une bande d'amis que je venais de laisser derrière.

Difficile de cracher sur le crépuscule qui s'installe également en Afrique du Sud où, partout sur la côte sud, on peut voir le jour se noyer dans l'océan Atlantique ou l'océan Indien. En arrivant dans le parc national Tsitsikamma, une employée nous avait confié connaître le meilleur endroit pour observer le coucher de soleil. À condition que nous fournissions la voiture, elle nous permettrait d'entrer gratuitement dans la section du parc offrant la meilleure vue sur l'océan. Les vagues se brisant sur le rivage se chargeaient de la trame sonore.

Ailleurs, quelques efforts sont nécessaires pour obtenir les meilleurs points de vue. C'est le cas à Chefchaouen, magnifique ville bleue au Maroc. En montant jusqu'à la mosquée Bouzaafar, on surplombe la vieille ville, plus étincelante que jamais sous une lumière qui menace de s'évanouir. L'appel à la prière ajoute à l'atmosphère unique.

À Sarajevo, il faut grimper jusqu'à la forteresse de Vratnik pour obtenir le meilleur point de vue. Abandonnée, elle est installée à flanc de falaise. Après quelques acrobaties, on réussit à traverser une de ses fenêtres pour s'installer à l'extérieur de ses murs. Plus rien ne peut nous empêcher de tomber. Mais du même coup, tout Sarejevo, entouré de montagnes, apparaît sous nos yeux.

Quoi qu'en en dise, chaque fois, on se doit d'admettre qu'il s'agit de bien plus que juste un autre coucher de soleil.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com




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