La forteresse de Carcassonne

Infrastructure médiévale, le Pont-Vieux a initialement été construit... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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Infrastructure médiévale, le Pont-Vieux a initialement été construit au 14e siècle. Celui que nous pouvons traverser date néanmoins du 19e siècle.

La Tribune, Jonathan Custeau

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / Le haut-parleur a grincé une seconde. L'accent de Provence de la conductrice a brisé le silence relatif qui enveloppait l'autobus. « Sur votre gauche, vous pourrez apercevoir la Cité pour une première fois. »

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Le meilleur moment pour visiter la forteresse de Carcassonne est probablement en soirée ou tôt le matin.

La Tribune, Jonathan Custeau

Le bus était parti de Marseille, arrivait à Carcassonne, dans le sud de la France. Onze ans après avoir inscrit la ville fortifiée sur la liste des endroits à visiter, je m'y trouvais enfin. Tout en haut de sa colline, sous un soleil qui amorçait sa descente, elle dominait une ville calme, presque engourdie.

Quand j'ai choisi la France pour mon premier voyage outre-Atlantique, en 2006, les images de Carcassonne, dans les livres, m'avaient impressionné bien plus que celles de Paris. Je n'avais jamais rien vu de tel. Mais le temps me marchant sur les talons, je suis passé tout droit en filant directement vers Barcelone.

Il aura fallu onze ans et une petite crainte de ne plus être impressionné du tout par ce joyau de l'UNESCO pour que je fasse de Carcassonne la priorité d'un voyage impromptu. J'organiserais tout le reste en conséquence, mais il n'y avait aucune place aux compromis.

La forteresse de plus de deux millénaires, restaurée par Viollet-le-Duc au 19e siècle, surplombe la Ville Basse, plus moderne. L'arrêt d'autobus se trouve quelque part tout en bas, près du canal du Midi, lui aussi inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. J'ai donc emprunté les ruelles de la ville « moderne », traversé le joli parc Gambetta, avec son carrousel, son jardin fleuri et sa fontaine, avant de m'attaquer à l'ascension.

Parce qu'il y a bien une auberge de jeunesse à Carcassonne et elle se trouve avantageusement placée en plein coeur de la Cité. À la puissance des mollets, ce qu'il y a de bien, c'est qu'on prend le temps d'absorber le grandiose qui se déploie devant nos yeux. Parce que le rythme est lent. Parce que les pauses sont parfois nécessaires pour reprendre notre souffle.

En chemin, le dilemme se pose : traverser ou pas le Pont-Vieux. Un pont plus moderne se tient quelques dizaines de mètres plus loin, mais franchir la rivière Aude sur un pont du 14e siècle a son charme. Surtout quand on omet de mentionner que le pont médiéval a été reconstruit cinq siècles plus tard. En contrepartie, fouler le vulgaire béton des années 1900 ou même 2000, c'est l'occasion de toiser une infrastructure d'une autre époque.

Va pour le Pont-Vieux, qu'on continuera de prétendre issu du 14e siècle, pour les bretelles que j'ai envie de me péter.

J'ai visé le raccourci, me suis enfoncé dans la broussaille et ai pénétré dans la forteresse par une porte visiblement peu utilisée, au bout d'une rue peu achalandée. Ce n'est pas là qu'on attend les touristes, mais le raccourci suffisait à la tâche. J'étais loin de la porte Narbonnaise et de son couru pont-levis.

Le soleil ne tarderait plus à s'effacer et les enchevêtrements de rues, presque essentiellement piétonnes, se vidaient à vitesse grand V. Même les terrasses, où on sert à peu près le même cassoulet au même prix, commençaient à se dégarnir lentement.

En journée, les rues étroites sont remplies de touristes qui s'arrêtent aux magasins de souvenirs, dans les restaurants ou dans les boulangeries. Mais c'est justement quand tout ce beau monde s'en retourne que la Cité se révèle la plus majestueuse.

Vrai qu'en soirée, le château Comtal, qui donne accès aux remparts, ferme ses portes. Mais de n'importe quelle entrée percée dans les murs de la forteresse, la vue sur la ville se veut magnifique. Quand on traîne dans les rues de pierres pavées, les lanternes éclairant le chemin de leurs lueurs, on se sent réellement projeté à une autre époque. On s'attarde sans être bousculé, on oublie le côté mercantile de tout attrait touristique.

Le lendemain, quand les foules sont revenues, la magie s'était estompée. Je suis passé par la basilique Saint-Nazaire, où des chanteurs russes faisaient résonner leurs voix sans accompagnement musical, et j'ai pris la route de la Ville Basse.

Non, je n'ai pas été déçu par mon passage à Carcassonne, mais c'est son côté moins touristique qui m'a séduit. Encore que dans cette Ville Basse, où le calme plus plat que plat régnait, il suffisait de quelques dizaines de minutes pour que je commence à tourner en rond.

« Carcassonne se meurt » se désolait une vieille dame rencontrée sur le parvis de la cathédrale. Hors saison, plusieurs restaurants demeurent visiblement fermés. Mais on raconte que pour le 14 juillet, fête nationale des Français, ils sont plus de 800 000 à envahir la ville de moins de 50 000 âmes. Ils se déplacent pour voir les feux d'artifice au-dessus de la forteresse et s'en retournent aussitôt.

Pour les autres, qui veulent rester, il y a encore la croisière sur le canal du Midi, une activité présentant peu d'intérêt à partir de Carcassonne, si ce n'est le récit historique du guide sur le bateau. Pendant deux heures, on n'y voit que les mêmes arbres, encore et encore, entre deux écluses. Il est probablement plus intéressant d'emprunter le sentier le long du cours d'eau pour une promenade paisible.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com.




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