Le désert de Jaisalmer

Des chameaux nous attendaient à l'entrée du désert... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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Des chameaux nous attendaient à l'entrée du désert de Jaisalmer. La saison de la reproduction les rendait un tantinet dangereux.

La Tribune, Jonathan Custeau

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / La forteresse de Jaisalmer en impose, couleur sable, plantée à l'orée des dunes qui s'enfoncent vers le Pakistan, à l'ouest... au nord et au sud. Les routes principales du Rajasthan, en Inde, ne vont pas plus loin que cette cité qu'on dirait sortie d'un film de science-fiction.

En route pour les dunes de sable, les... (La Tribune, Jonathan Custeau) - image 1.0

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En route pour les dunes de sable, les villages se font rare aux environs de Jaisalmer.

La Tribune, Jonathan Custeau

Les touristes choisissent Jaisalmer pour une expérience d'une ou plusieurs journées dans le désert, ou lui préfèrent Bikaner, au nord, où on tient parfois des courses de chameaux.

Jaisalmer, c'est un peu comme ça que j'épellerais « bout du monde ». Parce que la vieille ville, véritable labyrinthe qui rappelle les médinas au Maroc, ne trouve son pareil nulle part ailleurs. Facile d'y perdre son latin... et son chemin. Et ne comptez pas sur les noms de rue pour vous retrouver. Ils sont inexistants.

Çà et là, les boutiquiers attendent les touristes pour leur vendre un foulard, une toile ou une autre babiole aux couleurs locales. Et ils négocient ferme, prenant le temps de s'intéresser à la vie des visiteurs en leur posant un tas de questions à propos de l'endroit d'où ils viennent. Êtes-vous marié? Qu'est-ce que vous faites dans la vie? Achetez ce foulard pour votre copine!

Il suffit de s'aventurer hors les murs de la vieille ville pour retrouver le quotidien chaotique de l'Inde moderne. Des enfants essaimés le long des trottoirs proposent de réparer des chaussures ou de vendre des trucs à manger. Ils sont déjà, eux aussi, de fins négociateurs.

Le restaurant végétarien où je m'étais aventuré n'avait visiblement pas l'habitude avec les Blancs qui poussaient la porte pour s'installer sur une de ses banquettes. Toutes les paires d'yeux se sont tournées vers moi, du moment de la commande jusqu'à la fin du repas. Je soulevais les interrogations en même temps que les sourires amusés. En rentrant ce soir-là, le bruit assourdissant qui traversait le ciel était celui des chasseurs indiens surveillant la frontière avec le pays voisin.

Le lendemain, c'est à bord d'un Jeep qu'on m'a conduit un peu plus près du « vrai » désert, celui où le sable s'étend à perte de vue sans présence de villages... ou presque. Comme partout en Inde, on conduisait à une vitesse folle avant de nous arrêter dans un petit village poussiéreux au bord de la route.

Pendant que les enfants à moitié nus avalaient du sable, les femmes, à qui les hommes étrangers ne pouvaient pas parler, s'affairaient aux tâches ménagères. Un adolescent s'est aussitôt pris d'affection pour moi et m'a fait faire une tournée de la dizaine de bâtiments que comptait la petite bourgade. Au passage, il espérait que je lui laisse ma casquette ou mes lunettes de soleil. Un souvenir...

Quelques kilomètres plus loin, le Jeep s'est arrêté. Des chameaux nous attendaient. C'était la saison de la reproduction. Les propriétaires de chameaux laissent souvent les femelles errer dans le désert à cette période de l'année. Si elles reviennent enceintes, ils pourront ajouter une bête à leur troupeau ou simplement vendre le petit.

Le problème, quand on se déplace à dos de chameau pendant la période des chaleurs, c'est qu'on risque une chute d'une hauteur importante si notre monture s'éprend d'une femelle en cours de route. Ne restait plus qu'à croiser les doigts pour que ça ne sente pas trop les phéromones le long du trajet.

Pendant une bonne partie de la journée, nous avons longé des éoliennes stratégiquement positionnées pour profiter du vent provenant d'un territoire presque encore vierge. Les hélices tournent, tournent encore, sans fin comme l'horizon qui ne semble jamais se rapprocher.

À l'heure du repas, notre guide s'arrête, attache les pattes des chameaux ensemble pour les restreindre dans leurs envies de galop, et prépare un feu pour faire cuire le repas. En attendant, il utilise le sable pour nettoyer ses pots et les ustensiles. On essaie d'oublier que les chameaux se tenaient juste là, quelques minutes plus tôt. Avec presque rien, il façonne des chapatis, des pitas indiens, et prépare des espèces de croustilles aux légumes.

La récompense est venue en fin de journée, une fois les éoliennes et la dernière végétation derrière nous. Là où le soleil déclinait, des dunes se succédaient à perte de vue. Chaque fois que l'immense boule de feu descendait d'un centimètre, le mercure chutait considérablement. Le ciel a pris une teinte orangée. Le soleil se couchait. Le vent se levait.

Dans le silence presque complet, nous prenions une fois de plus conscience de l'immensité du monde qui nous entoure.

Avant d'aller dormir, notre guide nous a raconté que le désert regorgeait de cobras... en été. Les tours guidés y sont alors interrompus. Mais à la période où je m'y trouvais, en plein mois de janvier, le froid était trop intense pour les serpents.

Il se trouve qu'il n'y a pas que pour les cobras que la nuit se faisait trop fraîche. Malgré les piles de couvertures qu'on m'avait remises, j'ai passé ma nuit sous la pleine lune à grelotter...

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com.




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