Ce qu'il reste de l'Amazonie

Dans le parc national de Madidi, en Bolivie,... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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Dans le parc national de Madidi, en Bolivie, les occasions de promenades dans une jungle luxuriante sont nombreuses.

La Tribune, Jonathan Custeau

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(Sherbrooke) Simon lève la main, faisant signe de nous immobiliser. « Jaguar », dit-il en pointant le sol. Dans la boue du sentier, dans la jungle du parc national de Madidi, en Bolivie, les empreintes d'un félin paraissent encore bien fraîches. « Deux jaguars », corrige Simon, un guide issu de la communauté de San Jose de Uchupiamonas.

Pour atteindre la jungle de Madidi à partir de la petite ville de Rurrenabaque, dans l'Amazonie bolivienne, il fallait compter trois heures de bateau. Trois heures pour nous éloigner de l'internet, des signaux cellulaires et des lignes électriques. En remontant la rivière Tuichi, on atteint un petit coin de paradis où grouille une diversité qu'on peine à imaginer.

Ce matin-là, après avoir enfilé des bottes de caoutchouc, nous marchions à la suite de Simon pour observer des arbres vieux de plus de 300 ans. À travers une végétation luxuriante, les énormes figuiers trônent comme des témoins d'un temps révolu, grands à s'en casser le cou. On lève la tête là où l'on devrait s'incliner, humbles devant toutes les tempêtes que ces géants ont encaissées...

Les jaguars étaient passés par là un peu avant nous. Ils sont demeurés cachés. Tant mieux et tant pis pour nous...

L'Amazonie bolivienne a pourtant fait preuve d'une grande générosité en levant le voile sur un iota de sa grande diversité. Nous n'avons évidemment pas vu chacune des 1088 espèces d'oiseaux qui y piaillent jour et nuit, même si un ou deux toucans ont eu peine à camoufler la péninsule qui leur sert de bec. Nous avons aussi aperçu des volatiles de l'époque préhistorique, des ruminants trop gros pour voler plus d'une vingtaine de secondes à la fois.

À Madidi, on compte 44 % des espèces de mammifères de la Bolivie. De celles-là, un spécimen bien docile, Tonio le tapir, déambule nonchalamment dans le camp de l'écolodge Madidi Jungle, où nous dormions. Un tapir...

Sinon, dans les randonnées ou autour du camp, nous pouvions entendre, et même apercevoir, les troupeaux de sangliers. « Il y en a au moins cent, peut-être deux cents », a annoncé Simon, un jour où nous nous étions enfoncés dans la jungle jusqu'au cou. Sentant la présence des humains, ils font s'entrechoquer leurs dents pour avertir du danger et ils détalent à toute vitesse. « Quand ils ont des petits, ils peuvent être très dangereux », prévient Simon, méfiant.

Le guide en connaît plus que moins. Au son, il peut identifier un singe qui saute de branche en branche. Ainsi a-t-il repéré des singes hurleurs, même s'ils étaient silencieux, et des singes-araignées. Nous avons vu l'un d'entre eux balancer son petit sur son dos avant de détaler, quelque part à la cime des arbres. Un clignement d'oeil et les singes se dérobent à la vue des visiteurs.

Madidi, c'est aussi près de 200 espèces de poissons, dont le piranha que nous avons pêché, et près d'une centaine d'espèces d'amphibiens, parmi lesquelles trois ne sont présentes qu'en Bolivie. C'est 12 000 espèces de plantes toutes plus fascinantes les unes que les autres. Parmi les plus surprenantes, le palmier marcheur, une espèce qui arrive à se déplacer d'environ deux mètres au courant de sa vie en faisant pousser de nouvelles racines.

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Dans le parc national de Madidi, on trouve 44 % des mammifères vivant en Bolivie. Parmi eux, le tapir, dont ce spécimen domestiqué qui déambule nonchalamment dans le camp où logent les touristes.

La Tribune, Jonathan Custeau

La vraie vie

L'Amazonie ne se repose donc jamais. Dans la noirceur la plus totale de la nuit, le bruit de la vie se fait toujours entendre. La vie, la vraie. Celle qui respire sous les étoiles qu'on voit encore, des étoiles qu'on n'étouffe pas aux réverbères inutiles. Celles des araignées qui tissent des toiles grandes comme ça, des geckos chassant les moustiques, des tatous qui se déplacent sans être vus.

Mais voilà, le gouvernement bolivien projette la construction des barrages Bala et Chepete, à l'embouchure de la rivière, pour alimenter le Brésil en hydroélectricité. Timidement, les peuples autochtones s'organisent pour bloquer le projet de plus de 8000 millions de dollars.

« Le gouvernement doit ouvrir des routes pour se rendre sur les lieux de construction des barrages. La ville la plus près au Brésil se trouve à 700 km. Il faut donc construire le réseau de distribution également », explique Guillermo, un journaliste péruvien qui nous accompagne.

Dans un document évoquant 14 raisons pour s'opposer au projet de centrales hydroélectriques que m'a remis Alex, un des cofondateurs de l'écolodge, on apprend que la construction des barrages inonderait près de 800 km2 de terres en Amazonie. Des sites archéologiques de 4000 ans seraient menacés. Des milliers d'autochtones devraient déménager. Les figuiers qui ont mis 300 ans à se déployer tomberaient en un claquement de doigts. Les grands figuiers tomberaient...

Alex remet en doute les 60 000 emplois indirects annoncés pour la construction. Il avance que seulement 300 peuvent être confirmés.

Alors que Madidi figurait au troisième rang des régions les plus visitées de Bolivie, après le désert de sel d'Uyuni et le lac Titicaca, les visiteurs seraient moins nombreux à s'aventurer dans la jungle. Pourtant, c'est peut-être dans le tourisme que se trouve la meilleure forme de résistance au projet de barrages hydroélectriques.

Si le Rwanda a pu mettre fin au massacre des gorilles en réalisant leur pouvoir d'attraction sur les touristes, ce qu'il reste de l'Amazonie peut peut-être, d'une certaine façon, constituer un argument du même type...

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

Le journaliste était l'invité de Village Monde, de la Fondation Air Canada, du CECI et de LOJIQ.




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