En bateau sur le lac Kivu

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Quand le bateau s'arrête, en chemin, des barques s'approchent pour faire du commerce.

La Tribune, Jonathan Custeau

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / Le port de Gisenyi, au Rwanda, n'a rien de bien organisé. Ne cherchez pas les quais, les bouées, le terminal : il n'y a rien de tout ça. Pour monter dans un des bateaux qui arpentent le lac Kivu du nord au sud, il faut réellement savoir où aller.

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Le bateau est un moyen de transport très populaire sur le lac Kivu.

La Tribune, Jonathan Custeau

Là, le bateau, c'est le moyen le plus efficace pour atteindre une autre petite ville côtière : Kibuye. Par les eaux, il faut compter trois heures. Par la route, à travers les lacets qui grimpent et dévalent les montagnes sur un bitume de gruyère, on met probablement quatre ou cinq heures. Là, le bateau, c'est le moyen de transport local.

Je m'y étais rendu une première fois, à partir du village, grâce à une moto-taxi. Longer la rive était tout à fait sublime, quoiqu'un peu casse-cou. Les ascensions et les descentes se succèdent alors que le chauffeur louvoie entre les camions, les voitures, et les piétons. J'avais hâte d'arriver.

Au « port », je n'ai vu qu'une langue de terre qui s'avançait vers la mer, comme une rue de village qui serait bordée de maisonnettes. Le chauffeur s'est arrêté. Aucune embarcation en vue. Deux femmes assises là, regardant le temps passer, nous informaient que la navette ne passe qu'aux deux jours. Pas de bol.

Le lendemain, au même endroit, il suffisait de descendre vers la berge pour monter à bord du navire. Pour seul quai d'embarquement, une planche de bois. Déjà, à l'intérieur, s'entassent des dizaines, voire une centaine de passagers. Les petites banquettes de bois sont déjà remplies; tous les bagages ont été entassés à l'avant de la cabine.

Un homme a refusé de bouger pour que je m'assoie à ses côtés. Aussitôt, un autre m'a offert une partie du banc qu'il occupait. Il m'a même suggéré de m'asseoir au centre pour que je dispose de plus d'espace.

Avant de partir, tout le monde reçoit une veste de sauvetage. De toute évidence, la flotte n'a pas été rajeunie depuis plusieurs années. La plupart des passagers l'enfilent aussitôt. Mon réflexe est plutôt le contraire.

À nous voir tous entassés, j'imaginais sans difficulté la panique qui pouvait gagner un bateau comme celui-là en perdition. J'imaginais facilement comment il semblait impossible de sortir de la cabine. Ma première question aura été de savoir s'il me serait possible de me faufiler par la fenêtre, en cas d'urgence. Mes deux compagnons de voyage du moment, assis dans une autre rangée, m'ont avoué avoir eu le même réflexe.

Parmi les autres dangers qui titilleront les plus paranoïaques, celui de l'éruption limnique. Autrement dit, le lac a tout le potentiel pour exploser en raison de la grande quantité de gaz carbonique et de méthane qu'il contient. Un lac du Cameroun a d'ailleurs déjà subi un dégazage brutal qui avait fait plusieurs morts. Les Rwandais ont toutefois commencé à exploiter le méthane se trouvant dans les profondeurs du cours d'eau. Ces activités pourraient réduire les risques d'éruption.

Il reste que le charme du lac Kivu en prend un peu pour son rhume quand on visualise les scénarios catastrophes.

En chemin vers Kibuye, le traversier effectue un arrêt pour un brin de marchandage. D'un côté, il y a la rive. Des villageois crient, essaient de vendre leurs victuailles, lancent la marchandise vers le bateau. Il s'agit d'un chaos organisé, d'une danse commerciale dans laquelle les non-initiés ne se retrouvent pas. Une fois de plus, une passerelle de bois a été déployée pour permettre le va-et-vient.

De l'autre côté, d'autres marchands dans des barques pagaient pour s'approcher du bateau. Eux aussi tentent de recueillir quelques francs rwandais en hissant leurs produits par les fenêtres. Un peu plus loin, les pêcheurs ont quitté leur rafiot, dans la baie, et des dizaines d'embarcations stationnées au gré des vagues offrent un spectacle tout à fait éblouissant.

Au moment de partir, les passagers qui s'étaient dégourdis ont repris leur place. Mon voisin est revenu avec un énorme sac de plastique rempli de petits poissons. Quelques banquettes plus loin, une date a accroché quatre poissons, retenus par une corde, sur le dossier du banc de devant.

Dans tout ce brouhaha, des employés sillonnent les deux couloirs encombrés pour offrir des boissons chaudes dans des tasses de plastique. À l'avant, une télévision projette des images de chorales entonnant des chants religieux. Les paroles, en anglais, défilent sous les visages des chanteurs muets.

Prendre un traversier sur le lac Kivu, c'est voguer ailleurs. C'est se donner l'occasion d'observer la vie du quotidien rwandais.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com




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