Un coup de main pour le Pérou

Les militaires péruviens ont mis l'épaule à la... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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Les militaires péruviens ont mis l'épaule à la roue pour venir en aide aux sinistrés des inondations au Pérou.

La Tribune, Jonathan Custeau

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CHRONIQUE / Frappé par d'importantes inondations, le Pérou organise l'aide aux sinistrés. Alors que le bilan fait état de près d'une centaine de morts et de plus de 100 000 sans-abri, dans la capitale, Lima, les bénévoles se sont présentés au palais présidentiel pendant toute une semaine pour recueillir les denrées, l'eau et les vêtements à acheminer plus au nord.

Les pluies qui ne cessent de s'abattre sur le Pérou depuis janvier ont provoqué de nombreux glissements de terrain et des coulées de boue meurtrières. Le réseau routier, surtout au nord, a été lourdement endommagé. Des centaines de ponts ont été emportés. L'état d'urgence a été déclaré. Les risques d'épidémie augmentent. L'accès à l'eau potable s'est raréfié. C'est la faute à El Niño.

Si la partie nord de Lima a été touchée, l'aéroport, la vieille ville et les secteurs touristiques n'ont pas subi d'inondations. J'ai atterri dans la capitale sans encombre samedi dernier et ai même été accueilli, la première journée, par un soleil radieux.

À Plaza de Armas, au coeur de la vieille ville, un spectacle-bénéfice s'organisait pour les victimes des inondations. Tout à côté, sur la clôture devant la Palacio de Gobierno, le palais présidentiel, une large enseigne faisait appel à la solidarité. Derrière cette clôture, militaires et bénévoles s'affairent à organiser les dons reçus en denrées, en vêtements et en eau de manière à les séparer en portions égales pour les familles dans le besoin.

Après avoir interrogé les gardes du palais, nous avons convenu de revenir le lendemain pour nous porter volontaires. Petite inquiétude : « Comment ferez-vous si vous ne parlez pas l'espagnol? »

Quand on veut aider, on ne parle qu'une seule langue.

Dimanche matin, à 7 h, nous arrivons dans la vieille ville presque déserte. Rapidement, les volontaires se sont agglutinés en file sur le trottoir, attendant qu'on les laisse entrer dans l'enceinte gouvernementale. Au moins 80 personnes espéraient pouvoir prêter main-forte. Derrière nous, un homme se demande combien des denrées accumulées se rendront à destination. Il nous fait la conversation.

À l'intérieur de la cour du palais, des stations ont été aménagées. Les boîtes de thon sont bien ordonnées sur une table alors qu'un peu plus loin, un groupe trie les vêtements reçus. On nous propose d'empaqueter le riz. Les grands sacs de riz doivent être subdivisés en portions de deux tasses.

Deux tasses, c'est bien peu, comme les rouleaux de papier de toilette, limités à quatre, les quelques tasses de sucre, de quinoa, de lentilles. Les denrées doivent permettre à une famille de tenir environ deux jours. Deux jours...

Nous partageons la tâche avec des Péruviens fiers de la présence d'étrangers auprès d'eux. Un homme s'était présenté comme bénévole tous les jours de la semaine. Sa conjointe l'accompagnait pour la première fois. Des membres de leur famille habitent les régions touchées, même s'ils ont eu la chance de ne pas être sinistrés.

Les militaires se relaient ensuite pour passer de station en station, où les portions appropriées sont déposées dans des grands sacs qui, à la fin de la journée, seront chargés dans d'énormes camions.

Pendant que les citoyens s'activent avec bonheur, la fanfare de l'armée s'installe sur les marches du palais présidentiel. Pour accompagner les bénévoles dans leur travail, ils interprètent plusieurs airs joyeux avant de conclure avec l'hymne national péruvien. Là, les sergents et autres capitaines se sont tenus bien droits, ont offert un salut.

À travers la foule, la première dame, Nancy Lange, circule pour remercier les bénévoles. Elle déteste d'ailleurs le titre de première dame, préférant être perçue comme quelqu'un qui veut faire le bien. Américaine née au Wisconsin, elle s'entretient en anglais avec nous. Elle raconte connaître un peu le Québec et rapporte avoir rencontré l'homme qui marche, Jean Béliveau, au hasard de son tour du monde à pied. Le monde est petit.

Mme Lange s'est montrée surprise de l'affluence des citoyens. « J'aurais cru qu'il serait plus difficile de les mobiliser. »

Elle indique que le riz, les nouilles et le sucre sont plus difficiles à trouver, qu'on espère ne pas devoir les rationner pour que chaque famille trouve les mêmes produits dans les paquets qu'on leur enverra.

Les bénévoles ont par ailleurs été bien traités. Un préposé offrait de la crème solaire. Des bouteilles d'eau étaient aussi distribuées, de même qu'un repas à l'heure du lunch.

En tout, on estime à 400 tonnes de matériel les biens qui ont été triés devant le palais présidentiel en une semaine. C'est du moins l'évaluation sommaire de l'un des sergents rencontrés sur place.

Enfin, aux quelques Occidentaux présents, on a aussi offert une visite du palais, en guise de remerciement. L'occasion était belle de prendre la mesure, par les fenêtres de devant du bâtiment, de l'ampleur de l'opération en cours.

La journée devait prendre fin vers 13 h. Nous sommes partis en fin d'après-midi, question de ne pas rater le vol qui nous attendait. Derrière nous, les denrées continuaient d'arriver.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

Notre journaliste se trouve au Pérou et en Bolivie à l'invitation de Village Monde, de la Fondation Air Canada, de LOJIQ et du CECI.




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