Montez à bord du Lézard rouge

À la sortie de la ville de Métlaoui,... (La Tribune, Jonathan Custeau)

Agrandir

À la sortie de la ville de Métlaoui, le Lézard rouge traverse la steppe.

La Tribune, Jonathan Custeau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Sherbrooke) Il siffle un peu, le train. Et il s'ébranle tranquillement. Tout doucement. Les six wagons d'un rouge éclatant traversent la ville poussiéreuse de Métlaoui, en Tunisie. Quand il trouve son erre d'aller, le convoi s'enfonce dans un désert aux canyons autrement inaccessibles.

Le train s'arrête dans un canyon pour permettre... (La Tribune, Jonathan Custeau) - image 1.0

Agrandir

Le train s'arrête dans un canyon pour permettre aux passagers d'explorer quelques minutes.

La Tribune, Jonathan Custeau

Le Lézard rouge a tout du train mythique. Construit entre 1911 et 1926 en France, il a conservé ses parures d'époque. Dans les cabines, dont les portes ouvrent vers le petit corridor, les murs sont couverts d'un revêtement de bois. Des photos d'un autre temps, en noir et blanc, ont été disposées dans les cadres qui y sont accrochés. Même les cabinets de toilette ont de la classe. C'est exactement comme ça que j'imagine l'Orient-Express, à bord duquel je ne suis pas encore monté.

Aujourd'hui train touristique de 116 places, le Lézard rouge n'a pas été paré de beaux atours pour rien. À l'origine, il servait au bey de Tunis pour relier le Bardo, Tunis, Hamman-Lif et La Marsa. Il parcourait alors une quinzaine de kilomètres.

Après l'indépendance de la Tunisie en 1956, le train a été abandonné pendant plusieurs années et ce n'est qu'en 1984, après une restauration, qu'il a repris du service pour devenir ce qu'il est aujourd'hui.

Pour le plaisir des touristes, il parcourt maintenant 43 kilomètres, trois fois par semaine si la demande est suffisante, sur une portion de chemin de fer empruntée par les trains miniers transportant du phosphate. La dernière halte, vers Gafsa, révèle d'ailleurs une partie du paysage minier, ses wagons remplis, ses amas de pierres et de résidus.

Lors de ma visite, plusieurs passagers étaient tunisiens ou algériens, fiers de s'aventurer dans un décor tout droit sorti d'un film western. Dès les premiers mouvements de locomotive, tout le monde s'est massé vers les fenêtres pour être certain de ne rien manquer. Sauf que la vraie beauté se pointe à l'extérieur de la ville, dans la gorge de Selja.

Le Lézard s'enfonce vers l'horizon, presque infini, qui se tord en d'immenses montagnes. Puis, le bruit assourdissant du métal et l'obscurité presque complète. Un premier tunnel. Il y en aura au moins trois sur le parcours pendant lequel les six wagons dodelineront un brin de gauche à droite. Il faut garder les bras à l'intérieur...

Un premier arrêt, pour cinq ou dix minutes tout au plus, suscite l'enthousiasme. Tout le monde descend. D'un côté, le train est dominé par une paroi rocheuse. De l'autre, un petit cours d'eau se faufile au creux d'un vallon. L'impression d'être loin de tout n'est tout à coup plus qu'une impression.

Au sifflet, les passagers reprennent le rang, s'étirent pour regrimper à bord de wagons, soudainement beaucoup plus haut quand les quais de la gare ont disparu.

Le chemin de fer suit le cours d'eau jusqu'au pied d'un canyon où le train s'arrête de nouveau avant de reprendre la route pour le dernier tronçon.

Ce qui est bête, c'est de s'élancer des fenêtres de gauche à celles de droite, pour ne rien manquer, alors qu'au final, on refera le même trajet dans le sens inverse.

Ce qui est moins bête, c'est qu'il fait suffisamment chaud pour passer sa tête par la fenêtre ou demeurer sur la plateforme entre les wagons sans grelotter.

La balade dure près de deux heures en tout. Sur le chemin du retour, l'émerveillement un tantinet atténué par tout ce sable et tous ces palmiers déjà observés, on s'attarde plus calmement au paysage dans son ensemble, à la steppe immense, à la vie lente qui suit son cours au retour à Métlaoui.

Il faut passer par là un mardi, un vendredi ou un dimanche pour pouvoir monter à bord, mais avec quelques entourloupettes pour bricoler un horaire qui convient, le Lézard rouge promet de laisser un souvenir marquant. Il faut au moins considérer de le mettre à son itinéraire.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

Le journaliste était l'invité de l'Office national du tourisme tunisien et de Tunisair.




À lire aussi

  • Le karaoké et les genoux dans le front

    Le Bourlingueur

    Le karaoké et les genoux dans le front

    CHRONIQUE / Stratégie : dormir dans les transports publics, la nuit, permet d'économiser sur l'hébergement. Stratégie : dormir dans les transports... »

  • <em>Le tourisme qui fait une différence</em>

    Le Bourlingueur

    Le tourisme qui fait une différence

    CHRONIQUE / Au début de chaque année, même un peu avant, les ressources spécialisées en voyage nous déclinent les tendances pour les mois à venir.... »

  • Plus jamais le génocide

    Le Bourlingueur

    Plus jamais le génocide

    CHRONIQUE / Kibuye, Rwanda. Le petit village paisible sur les rives du lac Kivu s'étend à travers les collines où le silence flirte avec les chants... »

  • Moi, muzungu!

    Le Bourlingueur

    Moi, muzungu!

    Muzungu! Muzungu! Les cris émanent d'un surplomb, au-dessus du chemin de terre sur lequel je m'étais engagé à pied. Les voix des enfants sont... »

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer