Traverser les canyons à vol d'oiseau

La plus longue tyrolienne d'Europe traverse le canyon... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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La plus longue tyrolienne d'Europe traverse le canyon de Tara.

La Tribune, Jonathan Custeau

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CHRONIQUE / Les hauteurs me font serrer les dents. Je me raye l'émail à coup sûr en marchant sur le plancher de verre au sommet de la tour du CN. Regarder tout en bas d'une falaise transforme en guenilles les jambes censées me soutenir.

Si j'ai promis de ne jamais me lancer dans le vide au saut à l'élastique ou en parachute, je ne m'empêche pas de grimper, de me percher tout en haut des clochers et des belvédères pour observer le monde d'en haut. Voir le monde des airs, c'est arrêter de regarder l'arbre qui cache la forêt, d'en bas, et prendre la mesure de tout un monde.

Dans mes recherches sur le nord du Monténégro, le pont Tara revenait sans cesse comme une destination de choix. Il traverse le plus profond canyon d'Europe et, par beau temps, il est possible de parcourir les rapides qui sillonnent le canyon en rafting.

De chaque côté du pont, des câbles de tyrolienne ont été installés. « Il faut choisir la tyrolienne de droite. Celle de gauche n'est pas sécuritaire du tout », faisait valoir le propriétaire de mon auberge.

L'ennui, c'est que gauche et droite se confondent selon la direction dans laquelle on s'engage sur le pont. « Il suffit de suivre le fanion jaune annonçant la plus longue tyrolienne d'Europe », ajoute-t-il. À 854 mètres de long et 152 mètres de haut, la tyrolienne impressionne même quand on la regarde de loin, les deux pieds bien coulés dans le béton.

Ce jour-là, quand je suis descendu du bus à l'embouchure du pont, les nuages s'écoulaient doucement sur le Monténégro. J'ai aperçu les câbles qui reliaient les deux rives, qui aboutissaient tout là-bas, presque un kilomètre plus loin, à côté d'une maison qui paraissait tellement petite.

Je me suis installé sur le pont, les yeux bien plantés dans le gris opaque du ciel qui descendait de plus en plus, en espérant voir quelqu'un s'élancer. Niet. Nada. Personne. Pas même l'ombre d'un courageux. Ça m'aurait pourtant rassuré.

C'est qu'on se demande toujours comment sont les normes de sécurité dans un pays qu'on connaît peu. Comment savoir si, au Monténégro, on porte une attention particulière à la solidité des câbles de tyrolienne?

La paranoïa nous sert toujours un brin dans des situations comme celles-là. Et elle gagne en importance, la paranoïa, depuis mon expérience de tyrolienne à Mindo en Équateur. Là-bas, le personnel peu souriant secouait les câbles à qui mieux mieux pour ajouter aux sensations fortes. Je ne pouvais m'empêcher de songer au danger.

On nous proposait d'adopter la position de Superman, à l'horizontale, ou celle de la chauve-souris, la tête en bas.

Oui, mais non. L'utilisation standard du harnais ferait l'affaire.

Je n'ai pu m'empêcher de regarder la cime des arbres qui défilaient sous mes pieds en me passant la réflexion que la chute serait bien longue si un pépin survenait.

Ce n'est qu'après mon retour au pays que j'ai lu quelques articles racontant un accident survenu à Mindo en 2012. Une touriste américaine a effectué une chute de 40 mètres... et en est décédée.

Donc à 152 mètres d'altitude, au Monténégro, il était légitime de m'interroger.

L'employé parlait un anglais approximatif. Devant mon hésitation, il a d'abord réduit le prix de l'aventure. Puis a offert de s'élancer en premier... Bon point!

J'ai acquiescé et je l'ai regardé s'installer dans une espèce de chaise de tissu solidement attachée à un énorme câble de métal. Et il est parti. Pendant une longue minute. Avant d'atteindre la destination : la petite maison de l'autre côté du canyon.

Quand on a accroché mon siège sur un câble parallèle, j'ai réanimé le doute. Et quand on m'a offert d'utiliser mon téléphone pour filmer le vol au-dessus du canyon, j'ai décliné. Si je l'échappais, je n'avais pas l'intention de descendre pour le récupérer.

Pourtant, la traversée du canyon s'est faite en douceur. La vue sur le pont Tara est assurément inégalable. Idem pour les montagnes en amont alors que plus rien n'obstrue le point de vue.

Je n'ai donc pas de photo de la vue exceptionnelle, bien sûr, parce que mon téléphone avait été placé bien en sécurité dans une de mes poches. Mais j'ai bien songé à revivre l'expérience strictement pour pouvoir en ramener des images.

J'ai finalement jugé que les souvenirs devraient demeurer dans ma tête plutôt que d'allonger 25 euros supplémentaires pour bourrer la mémoire de mon ordinateur de deux ou trois clichés de plus.

En terminant, j'ai écrit il y a deux semaines que l'Albanie était un pays de l'ex-Yougoslavie. Il s'agissait d'une erreur. L'Albanie ne faisait pas partie de la Yougoslavie.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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