Un musée pour les coeurs brisés

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Les objets exposés témoignent tous d'une relation qui a pris fin. Cette robe de mariée parle d'elle-même.

La Tribune, Jonathan Custeau

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(Sherbrooke) Zagreb, la capitale de la Croatie, n'a pas les mêmes avantages géographiques que les villes côtières, qui jouissent d'une réputation enviable. Les plages, la teinte turquoise de la mer Adriatique, elles séduisent quand vient le temps de visiter Dubrovnik, Split ou Hvar.

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Le Musée des coeurs brisés est en voie de devenir une institution à Zagreb.

La Tribune, Jonathan Custeau

Mais la grande ville dispose d'un tout petit musée, le premier du genre sur toute la planète, qui mérite à lui seul un détour vers la capitale. Niché au coeur de la vieille ville, le Musée des coeurs brisés (Museum of Broken Relationships) devient de plus en plus populaire. On peut s'y perdre pendant des heures.

Attention coeurs sensibles, le musée pourrait vous tirer une larme. Il s'intéresse aux relations amoureuses, amicales, familiales, qui prennent fin et qu'il faut apprendre à laisser aller. Concept étrange, à première vue, mais franchement efficace et captivant.

Le petit établissement recueille les restes de ces relations qui ont atteint leurs limites, ces objets avec lesquels on reste coincé quand quelqu'un s'en va sans qu'on l'ait vu venir. Ces cadeaux offerts tendrement, qui deviennent des ancres quand l'autre prend la poudre d'escampette, doivent parfois être jetés par-dessus bord. Et ils aboutissent parfois au musée, tantôt dans un geste exhibitionniste tantôt dans un rituel thérapeutique.

Le musée se veut une façon de surmonter l'effondrement émotif lié à une rupture. Lancé en 2006 en Croatie, il a trimballé son exposition un peu partout sur la planète avant de se poser définitivement à Zagreb. Une franchise a depuis ouvert ses portes à Los Angeles, sur le Hollywood Boulevard, là où les coeurs se brisent souvent en même temps que les rêves.

Pour chaque objet exposé, un panneau raconte l'histoire de la relation et comment elle a pris fin. On nous donne le pays d'origine de l'artefact et le temps qui s'est écoulé entre les premières étincelles et l'extinction totale des feux amoureux.

J'ai passé près de deux heures à lire chacun des récits. Parfois on rit, comme devant cet uniforme de sport qui ne porte que la mention « He was a player! » Efficace.

Mais parfois, on pousse des grands « haaaaaaa! », comme devant une peluche de chenille estropiée. Elle se sera imposée dans une relation à distance, l'un vivant à Sarajevo, en Bosnie, et l'autre à Zagreb, en Croatie. À chacune de leurs rencontres, les amoureux arrachaient une patte de ladite chenille. Quand elle serait réduite à ramper, il serait temps de bâtir une vie à deux, au même endroit. Mais la chenille n'a finalement jamais perdu toutes ses pattes.

On soupire d'un autre « haaaaaa! » devant une liste intitulée « Dix raisons de rester au Royaume-Uni », une requête adressée par un homme à sa copine australienne. Elle est partie quand même.

On s'émeut un peu plus encore devant l'histoire de cette femme qui a appris qu'elle devrait subir un avortement parce que le coeur de son bébé avait cessé de battre. Alors qu'elle se trouvait à l'hôpital, en attente du verdict, son amoureux l'appelait pour lui annoncer qu'il ne pourrait pas l'épouser. Ses parents s'opposaient à leur union.

On pourrait écrire de merveilleux romans à partir de tous ces témoignages. En particulier à partir de la tristesse d'un homme, qui s'était invité dans la relation ouverte de deux de ses amis. Quand ceux-ci sont décédés subitement dans un accident, il n'avait personne à qui confier sa peine puisque leur entente était demeurée secrète. Le musée lui permet de faire entendre sa voix tout en demeurant anonyme.

Une peluche, une robe de mariée, un cachet dans un sachet, un livre de poèmes, une compilation musicale, les objets renferment tous un peu d'une vie qui a déçu. Aucun ne donnera autant de frissons que cette carte postale amoureuse offerte en cachette à une jeune femme. Le lendemain de l'offrande, les parents du jeune homme ont rencontré ceux de la demoiselle pour demander sa main.

La réponse n'était pas celle espérée : l'homme ne méritait pas leur fille, ont-ils plaidé. Le soir même, l'amoureux déçu s'est lancé d'une falaise avec sa voiture. Et le bout de carton, exposé là, suffit à ébranler les visiteurs.

Quelque part au milieu de tous ces objets, un grand livre aux pages blanches invite à la confession. Les touristes peuvent laisser un message, une référence à des amours passées. Les plus pudiques s'abstiendront certainement, d'autres y verront une façon de se libérer. Tout en haut d'une page autrement laissée toute blanche, quelqu'un avait écrit, simplement, « Je t'aimerai probablement toujours ».

Ceux qui veulent pousser le geste encore plus loin peuvent offrir un objet et en raconter l'histoire, dans l'espoir qu'il soit un jour exposé dans le musée, qui peut ainsi renouveler ses expositions régulièrement. Seulement 15 % de toute sa collection est présentée entre les murs de l'établissement ouvert au public.

Parce que les coeurs brisés sont universels, parce qu'il faut un peu souvent apprendre à tourner la page, nous finissons probablement tous par identifier un objet que nous possédons et qui trouverait sa place au sein de cette collection.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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