Au hasard des fjords de l'est

Les fjords de l'est de l'Islande, ce sont... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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Les fjords de l'est de l'Islande, ce sont des petits villages lovés au creux des montagnes.

La Tribune, Jonathan Custeau

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CHRONIQUE / L'Islande est un pays de fjords. À l'ouest, au nord et à l'est, ils forment des baies venteuses où le brouillard s'invite et se cale jusqu'à refuser de partir. Les falaises, les montagnes, majestueuses, surplombent la mer, si bien qu'on saisit mal toute leur immensité.

La Tribune, Jonathan CusteauSur la pointe à Neskaupstadur,... - image 1.0

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La Tribune, Jonathan CusteauSur la pointe à Neskaupstadur, il y a en permanence un vent qui nous fouette le visage et qui nous murmure dans les oreilles.

Pour peu qu'on se renseigne sur l'Islande, on entendra parler de la capitale, Reykjavik, et probablement de la deuxième plus grande ville, Akureyri, située au nord. Celle-ci se trouve aux environs du lac Myvatn, de ses sources thermales, de ses geysers et des volcans qui l'entourent.

On entendra parler du sud, aussi, là où les touristes s'aventurent pour voir les macareux, dans la région de Vik, pour manger des fruits de mer à Höfn ou pour voir les glaces de Jökulsárlón.

Mais il est fort probable qu'on néglige l'est, parce que la route sera trop longue, qu'on passe par le nord ou par le sud. Et pourtant, pourtant, ce sera le meilleur moyen de s'éloigner des files de motorisés et de sentir l'isolement du bout du monde. Mais il faut du temps, parce que les routes qui se perdent au bout des fjords finissent souvent cul-de-sac. Et parce que ça fait partie des choses à voir dans l'est : le temps.

Je me suis aventuré sur la route 92, celle qui mène à Neskaupstadur. On dit qu'il s'agit probablement de la plus belle route du pays. Et c'est toute une affirmation quand on sait que les chemins de terre, et même la route 1, celle qui enlace tout le pays, sont bordés de chutes, de glaciers, de montagnes et de champs de lave.

Mais la route 92, elle louvoie, lace et délace des courbes serrées pour grimper en altitude, franchir des cols et des tunnels et offrir des vues imprenables sur des montagnes et des vallées. Mon hébergement, au milieu de nulle part, était lové dans une de ces vallées, au creux de deux immenses montagnes. Mes hôtes avaient transformé une étable en gîte touristique. Ils m'ont laissé nourrir les chevreaux et m'ont recommandé quelques randonnées.

Dans l'est, avoir les montagnes dans les mollets, c'est se donner des points de vue extraordinaires. C'est aussi se prendre des bourrasques plein la gueule, tout le temps, tout le temps. Plein les oreilles aussi. Il y a ce vent qui nous murmure à l'oreille en permanence. Il nous fouette le visage sans arrêt et nous pousse même à faire des pas de côté, à l'occasion, tellement il insiste pour pousser trop fort.

C'est beau, les fjords de l'est. Et c'est aussi la petite ville de Seydisfjördur, dans un des fjords voisins. Un village, plutôt, avec ses quelque 700 habitants qui démontrent un fort penchant pour les arts. Sur les quelques maisons et commerces qu'on y trouve, des murales ont été peintes.

Même s'il est petit et isolé, le village ne souffre d'aucun complexe. On y organise annuellement quelques festivals villageois et artistiques et, lors de mon passage, on avait tout décoré aux couleurs de la fierté gaie, même si cet événement est largement plus couru à l'autre bout du pays, dans la capitale Reykjavik.

La renommée de Seydisjördur vient aussi du traversier qui la relie aux îles Féroé, mais elle n'en était pas plus achalandée pour autant quand je m'y trouvais.

L'isolement des fjords de l'est, c'est aussi se buter à des restaurants et des commerces qui font la pause un dimanche. À Neskaupstadur, une cantine n'ouvrait ses portes qu'aux ouvriers travaillant en ville ce jour-là. Pas de place pour les touristes.

C'est donc par le plus grand des hasards et la plus grande des chances que j'ai fini par casser

la croûte à Reydarfjördur, un hameau « voisin ». Jusque-là, que des portes closes. Joie et célébration quand j'ai aperçu un couple attablé au pub Taergesen, visiblement ouvert. Aussitôt entré, aussitôt en conversation avec ledit couple.

L'homme, retraité, racontait avoir fait le voyage pour manger précisément dans ce restaurant. C'est d'ailleurs sous son insistance que la propriétaire a accepté d'accueillir les clients pendant sa pause dominicale. Au hasard de la conversation, j'ai appris que ce restaurant avait servi de plateau de tournage pour la série britannique Fortitude mettant en vedette Stanley Tucci.

L'action se passe dans une ville britannique de l'Arctique. Quoi de mieux qu'un village isolé de l'Islande pour donner cette impression? Il n'y avait pas à dire, le petit établissement jouait son personnage à merveille avec son aura mystérieux et sa décoration aux couleurs maritimes.

Au hasard des fjords de l'est de l'Islande, j'ai accumulé des souvenirs beaucoup moins singuliers que dans les lieux courus par les touristes, un peu plus au sud... Comme quoi il vaut parfois la peine d'aller juste un peu plus loin.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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