Traverser les frontières... à pied

Du rocher de Gibraltar, on aperçoit la piste... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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Du rocher de Gibraltar, on aperçoit la piste d'atterrissage qu'il faut traverser pour accéder à la péninsule britannique. À l'horizon, la ville de La Linea de la Concepcion en Espagne.

La Tribune, Jonathan Custeau

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(Sherbrooke) Plusieurs d'entre nous avons l'habitude des postes frontaliers avec les États-Unis. Chaque fois, on réalise en se plaçant dans la filée d'automobiles qu'il nous faudra patienter des dizaines de minutes, voire des heures, avant que notre passeport soit contrôlé.

Parole de gars qui n'a pas eu sa leçon, revenir de chez l'Oncle Sam par la route, à la fin du congé de la construction ou le jour de la fête du Travail, c'est une très mauvaise idée. Congestion!

Ceci dit, pour plusieurs autres pays, il y a moyen de franchir la frontière à pied. Oui, parce qu'il le faut, nous arrêterons notre élan en plein sur la frontière pour dire à tout le monde qu'à un moment ou à un autre, nous avions les pieds dans deux pays à la fois. Originalité, quand tu nous tiens.

C'est quand même un peu excitant de galoper d'un pays à l'autre. Passer la frontière en avion n'a rien de bien particulier. En train ou en bus? Pareil, si on est en Europe. Alors qu'à pied, une seule enjambée nous donne l'impression de conquérir un monde nouveau.

Chaque fois, ça reste un peu décevant. Pas de cérémonies, pas trop de salutations officielles, mais, dans certains cas, un protocole suffisant pour donner envie de rester tranquille.

La traversée la plus facile s'est probablement faite entre la Suisse et la France. J'adorais Genève, les promenades sur les rives du lac Léman et le temps passé en son centre historique, et après avoir visité les quartiers des Nations Unies, une promenade facile chez les cousins français paraissait de mise.

Il suffisait de prendre un bus du transport public pour une quinzaine de minutes. Le dernier arrêt, alors que nous étions à peine sortis de la zone urbaine de Genève, se trouvait à quelques mètres de la frontière.

Quelques enjambées, pas de douaniers apparents, rien, et hop, vive la France! Juste là, à cinq minutes de marche, se tenait le mont Salève. À ses pieds, une boutique offrant quelques collations. Les prix sont affichés en euros, bien sûr. Tant pis pour les francs suisses qu'on avait trimballés. Malin!

L'ascension du mont Salève se réalise à pied ou, pour les paresseux ou les touristes ayant oublié leur parapluie par jour de petite ondée, avec un téléphérique. Je plaide les nuages pour expliquer mon choix.

Il y a sincèrement un je-ne-sais-quoi de fascinant à penser qu'on se trouve sur une montagne, en France, et qu'on peut apercevoir tout Genève en contrebas. Les frontières ont beau avoir été créées par l'homme, on cherche une démarcation, une différence. Mais rien.

Remarquez, on vit un peu la même expérience en entrant à Gibraltar, cette péninsule britannique au sud de l'Espagne. Il est recommandé d'y traverser à pied puisque la congestion automobile complique souvent le passage d'un pays à l'autre. De toute façon, Gibraltar ne fait que 6,8 kilomètres carrés. Pourquoi se formaliser?

Là aussi, si on grimpe sur son grand rocher, ou à l'intérieur, pour visiter les tunnels construits pour combattre les envahisseurs, on peut avoir une vue superbe sur l'Espagne et la petite ville de La Linea de la Concepcion, d'où on sera vraisemblablement arrivé.

Pour arriver à Gibraltar, on marche le long d'un trottoir qui mène directement au bureau du douanier. Celui-ci, désintéressé, lève à peine les yeux pour regarder notre passeport. Déception. Passez de la France au Royaume-Uni et vous verrez qu'on contrôlera votre identité. Vous aurez droit à un beau tampon tout neuf dans le passeport. Mais à Gibraltar? Niet!

On finit la visite du bureau, et on marche dans un petit corridor piétonnier duquel il ne faut pas sortir. C'est qu'on traverse la piste d'atterrissage du seul aéroport de Gibraltar. Vrai de vrai, cette piste coupe la route en deux quand un avion approche, comme aux passages à niveau pour les trains. Et si on quitte le corridor piétonnier, un douanier se videra les poumons dans son sifflet pour nous intimer de rentrer dans le rang. On ne lésine pas avec la sécurité aérienne.

Plusieurs autres occasions se présentent de traverser les frontières à pied, mais elles sont généralement beaucoup plus encadrées. C'est le cas entre le Pérou et la Bolivie, où le bus s'arrête devant une petite cabane où tous doivent faire la file pour obtenir la permission de quitter le Pérou. Il faut ensuite marcher un peu plus loin, sous le regard attentif des autorités, pour reprendre le même manège devant une cabane bolivienne. Je ne me risquerais pas à partir en courant sans m'arrêter dans lesdites cabanes...

En Asie, cette façon de faire est courante, souvent avec un formulaire un peu plus strict à remplir. Les questions ont beau être très précises, le douanier daigne à peine lire les réponses, la plupart du temps.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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