Pêcher comme un Madelinot

Chaque casier à homards pèse une centaine de... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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Chaque casier à homards pèse une centaine de livres. Les pêcheurs les soulèvent toutefois comme s'ils ne pesaient rien.

La Tribune, Jonathan Custeau

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(Sherbrooke) L'alarme beuglait. Même le bruit des vagues n'avait pas encore sorti le soleil de son lit. Remarquez, aux îles de la Madeleine, le bruit des vagues, il est partout dans l'air. Ça ne surprend donc pas comme une alarme qui beugle... à quatre heures du matin.

Je me suis laissé rouler tout en bas de mon lit à l'heure où les vrais pêcheurs de homards ont déjà les yeux grands comme des billes. Dehors, il faisait noir comme derrière mes paupières closes. En démarrant la voiture et en voyant les phares s'allumer, je me sentais comme quand j'étais tout petit et qu'on partait en voiture, vers minuit après une sieste, le soir de Noël.

Ce sentiment de braver un interdit...

C'est que de participer à la pêche aux homards, sur un petit bateau madelinot, relève du privilège.

Pendant que les deux phares illuminaient la route jusqu'au port, de minuscules lanternes s'éloignaient sur l'étendue d'eau encore sombre. Chaque pêcheur se voit attitrer des bouées. Ceux qui lèvent leurs casiers au large partent beaucoup plus tôt que ceux qui demeurent à proximité des côtes... Ils ne peuvent toutefois recueillir leur premier homard avant 5 h.

À 5 h, bien emmitouflés pour combattre la brise qu'on nous promettait glaciale, nous montions plutôt sur un des rares bateaux encore à quai. Le port était aussi calme que l'eau, qui ne soulevait pas même la moindre vaguelette. Des journées sans vague, sans vent, on en compte sur les doigts d'une main dans la saison de pêche. On raconte même qu'elles se limitent à deux ou trois.

Les règles de base, quand on met les pieds sur le bateau d'un pêcheur? Justement de faire attention à ses pieds. La consigne ne pourrait pas être plus claire. Quand les casiers à homards disparaissent vers le fond marin, la dernière chose qu'on veut, c'est de s'être empêtré dans les cordages qui s'enfonceront eux aussi dans l'eau.

Quand le moteur vrombit et qu'on aperçoit la première bouée, la musique country des îles résonne déjà sur la petite embarcation. Bientôt, les premiers casiers apparaîtront et les homards qui y auront été piégés seront transférés sur une espèce de table parsemée de trous où les bestioles tenteront de se camoufler.

C'est là qu'il faudra neutraliser leurs pinces à l'aide de gros élastiques bleus. Bien sûr que les homards voudront vous faire regretter votre prise. C'est pour ça, les gants de caoutchouc. N'empêche, avec sa grosse pince, le homard peut vous infliger de sérieuses blessures. Il ne faut pas y laisser traîner ses doigts.

Les élastiques, c'était mon travail. Aussi bien me rendre utile. Mais pour la première demi-heure, les bandelettes de caoutchouc ont volé à gauche et à droite plutôt que de limiter les mouvements des homards. Encore chanceux que personne n'en ait reçu dans le front. Il faut croire qu'il faut s'habituer.

Kaven, le pêcheur, il en installait des dizaines à la minute. On a beau se dire qu'il a l'expérience, qu'il s'est levé avant le jour quotidiennement depuis plusieurs années, on veut faire pareil. On gagne en confiance et on y parvient.

À voir la dextérité avec laquelle il remonte chacun des casiers, on ne se douterait jamais qu'ils pèsent une centaine de livres l'unité. Et il les entasse comme si de rien n'était pendant que les homards prennent le chemin du vivier. Pas étonnant qu'un pêcheur perde plusieurs kilos pendant la saison.

Le rythme, en temps normal, est constant. Certaines bestioles, trop petites, sont mesurées une à une pour confirmer qu'elles doivent être relâchées. C'est du sérieux.

La mer, les crustacés, ce n'est pas pour tout le monde. Mais il y a quelque chose de franchement zen dans ce contact direct avec la nature. L'eau, le lever du soleil, la musique country... Une image assez romantique, quoi. Sauf que ce n'est pas ça la vraie vie.

Il suffirait probablement de repasser par temps venteux, voire orageux, pour déchanter un brin. Il faut aussi avouer qu'au bout de deux ou trois heures, nous avons regagné la terre ferme, même s'il restait plusieurs bouées à visiter. Pas le temps de nous épuiser.

Il apparaît facile d'avoir le pied marin quand on joue les figurants pendant la partie de pêche. Mais ces pêcheurs, qui ont recueilli environ 400 livres de homards ce jour-là, ne ménagent pas les efforts pour capturer les convoités crustacés.

Et parce que le vent du large ramène toujours les meilleures histoires de pêche, vous pouvez me croire, nous avons capturé des homards gros comme ça...

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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