Concerto pour jour de pluie

Par temps pluvieux, les activités possibles sont bien... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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Par temps pluvieux, les activités possibles sont bien peu nombreuses dans la petite ville de Baños, en Équateur.

La Tribune, Jonathan Custeau

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(Sherbrooke) Le trajet de bus avait été beaucoup plus long que les quatre heures annoncées. La crevaison qui avait un instant fait dodeliner le mastodonte qui me menait de Quito à Baños, en Équateur, n'y était pas étrangère. Le conducteur avait procédé au changement de pneu par lui-même le long de l'autoroute. Il avait repris le volant les bras couverts de graisse.

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La Casa del Arbol est une cabane dans une arbre qui est flanquée de deux balançoires.

La Tribune, Jonathan Custeau

La ville de Baños était déserte, obscure, quand nous nous sommes enfin garés. La nuit avait commencé à pleuvoir et toutes les petites boutiques avaient déjà fermé leurs portes. À part quelques enseignes de restaurants qui scintillaient, c'était le calme plat.

Quand j'ai finalement trouvé l'auberge où j'avais réservé, en retrait de l'action, je me suis buté à une clôture fermée. De l'autre côté, j'apercevais les clients, bien au sec, qui s'amusaient dans la pièce commune de l'auberge. Moi, misérable sous les précipitations, j'avais été trop idiot pour comprendre le fonctionnement du loquet. J'ai attendu que quelqu'un me remarque.

Je me suis consolé, une heure plus tard, quand une Anglaise a patienté avec le même air hébété, trempée, derrière la même clôture. Nous étions faits pour nous entendre. Nous avons ri, ensemble, de notre absence soudaine de débrouillardise.

Le lendemain au réveil, le voile gris ne s'était toujours pas dissipé. Le ciel tombait toujours par grandes flaques et il ne montrait aucun signe d'accalmie.

Le problème, c'est que Baños s'apprécie davantage par beau temps. On y pratique toutes sortes de sports extrêmes et d'activités de plein air, à l'ombre d'un majestueux volcan. Mais le volcan, ce jour-là, s'était drapé d'une couche de gros cumulus congestus. Ou était-ce simplement du brouillard?

Il reste que les randonnées à vélo étaient rendues périlleuses, le rafting et le canyoning avaient été annulés. Il ne restait que les bains thermaux, où une journée complète aurait été exagérée. Dans une ville de plein air, sans musée, le plan B idéal pour toute journée pluvieuse, il ne restait que très peu d'options.

Avec ma nouvelle amie, je me suis pointé sous les chapiteaux d'artisanat et j'ai acheté quelques babioles pour ramener à la maison. Nous avons flâné, nous mettant à l'abri aussi souvent que possible, dans les rues désertes d'où partent parfois des bus vers les villages voisins.

C'est dans un café que nous avons échoué pour prendre le temps de nous sécher. Les hôtes, une Danoise et un Équatorien, se targuaient d'offrir les meilleures boissons de la ville. Dans leur petit commerce aux allures familiales, où des divans et des tables basses avaient été disposés, une chaufferette est devenue notre meilleure amie.

En attendant le chocolat chaud et le brownie que nous avions commandés, parce qu'à défaut de sensations fortes, nous ferions le plein de calories, nous nous sommes rués sur l'étagère de jeux de société. Ironiquement, en plein coeur de l'Équateur, encore un brin dégoulinants, nous nous sommes retrouvés à reconstituer des casse-têtes de Walt Disney.

Voyager, c'est aussi ça. C'est s'arrêter complètement, débrancher toutes les urgences de multiplier les découvertes et de cocher les sites touristiques sur une liste imaginaire, et retomber en enfance. Bien sûr qu'on se culpabilise un instant d'avoir pris l'avion pour assembler une image du Roi Lion sur la table d'un café. Mais le temps que nous ne passions pas à explorer une ville qui nous était encore inconnue, nous le rentabilisions en souvenirs cocasses et inoubliables.

Après, nous avons bravé la pluie qui ralentissait pour atteindre la Casa del Arbol, en montagne. La petite maison construite dans un arbre est flanquée de deux balançoires qui nous permettent de nous élancer au-dessus d'un vide relatif. Attraction un tantinet inusitée, elle était à peu près déserte ce jour-là.

Bien sûr, nous nous sommes élancés et nous avons ri comme des gamins qui échappent à l'attention de leurs parents pour se sauver au parc. Nous cherchions à nous balancer plus haut, toujours plus haut, en oubliant les gouttelettes qui s'épuisaient lentement.

Nous n'avons pas pu nous élancer vers le gros volcan qui se trouvait devant nous, parce que nous ne le voyions pas. Mais nous nous sommes bidonnés et avons conclu l'aventure avec une tyrolienne maison, installée au milieu d'un champ où une vache nous observait glisser sur une distance ridiculement courte. J'avais à nouveau quatre ans.

Y'a des jours de pluie, mais ce ne sont pas toujours ceux-là qu'on oublie...

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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