Le Club Med pour les tartes

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Le Club Med de Peisey-Vallandry est niché au coeur des Alpes françaises.

La Tribune, Jonathan Custeau

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / Moi dans un Club Med? L'idée me semblait un peu incongrue. Pas que c'est mal, le Club Med. C'est juste un peu différent de mes habitudes de voyage.

Juste entre vous et moi, nous, les backpackers, ceux qui voyagent avec toute une vie dans un petit sac à dos, des chaussures usées et trois paires de sous-vêtements, on fait une grande distinction dans la vie. Il y a les voyageurs, comme nous, et les autres, les touristes. Eux, ils vont dans les Club Med.

Je caricature, bien sûr. Mais il y a souvent tout un monde entre ceux qui ont fait une tradition de dormir dans des lits où la poussière est plus épaisse que les couvertures et ceux qui se lovent dans un grand lit douillet à l'hôtel. Dans la tête de plusieurs, la conciliation paraît inconcevable.

Quand on trottine de pays en pays, qu'on ne tient pas en place et qu'on gratte le fond de nos bas sales à la recherche du moindre sou, on s'enorgueillit de bouger, de franchir les distances, et surtout, de se contenter d'une montagne de petits riens. Comme si tout le reste était mal.

Mais tout le monde n'a pas à vouloir le même mode de vie. Et les touristes, on les trouve autant chez les jeunes prétentieux que chez les plus vieux. Idem pour les aventuriers. C'est une attitude plus qu'une caractéristique liée à l'âge ou à la taille des bagages.

Ainsi me suis-je pointé pour une première fois dans un Club Med qui n'avait rien de rien de l'image que j'aurais pu m'en faire. C'est vrai que d'élire domicile dans ce genre d'établissement, au pied des Alpes françaises, ça nous change des stéréotypes de volleyball de plage et de gentils organisateurs qui chantent des chansons à répondre sur le bord de la piscine.

Quoique la piscine, elle était bien là, dans une pièce bien vitrée pour qu'on se sente presque à l'extérieur. Mais il y avait aussi un bassin chauffé, dehors, avec une vue sur les montagnes.

À Peisey-Vallandry, c'est bien le plus grand attrait : les sommets enneigés tout autour, qu'on peut apercevoir dès qu'on met le nez dehors. Et bien sûr, l'établissement aux allures de grand chalet de bois était situé à un saut de crapaud du pied des pentes de ski et à deux grandes enjambées d'un coquet village.

Je l'avoue, j'imaginais une ambiance électrisante, avec un feu roulant d'activités. J'imaginais l'énergie folle du personnel qui me découragerait de sortir de ma chambre. Les préjugés sont faits pour être déconstruits.

La piscine, chauffée, offrait la possibilité d'une baignade... (La Tribune, Jonathan Custeau) - image 2.0

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La piscine, chauffée, offrait la possibilité d'une baignade avec vue sur les montagnes enneigées.

La Tribune, Jonathan Custeau

Par le ventre

Si les activités s'enchaînaient pour ceux qui cherchaient à combler un besoin d'animation, je ne me sentais jamais coupable de m'éclipser au balcon de ma chambre pour une bouffée d'air alpin, jamais dérangé dans ma quiétude à errer dans les espaces communs de l'hôtel.

Véritablement, c'est par le ventre qu'on m'a convaincu que je pourrais délaisser mes traditions nomades, disons une fois aux deux ans, pour ralentir le rythme dans un seul et même village. Surtout si on me nourrit comme ça.

Parce qu'à travers la soirée fruits de mer, la soirée marocaine, la soirée savoyarde, il y avait toujours ces plats de raclette ou de crêpes bretonnes. On se déculpabilisait à prendre une double ration de pain en apprenant que toutes les miches avaient été cuisinées par un boulanger de l'endroit. Idem pour les gelatos du maître glacier : pourquoi se priver de goûter deux parfums à la fois?

J'ai parlé du bar à tartes? J'ai bien dit bar à tartes. Parce que le jeune aventurier en moi, qui se contente de deux bouts de pain entre deux trains je ne sais où, a eu bien des envies de succomber plus d'une fois.

Succomber, c'est aussi le mot qu'on veut utiliser pour expliquer qu'on se retrouve sur un plancher de danse à faire de la danse aérobique animée par des employés qui, visiblement, ne dorment jamais. Exit les « Haut les mains », on est loin du quétaine à se dandiner sur de la musique pop-électro. Surtout que le déhanchement est recommandé quand on est tombé dans le bar à tartes.

On m'a dit qu'une partie de la clientèle de Club Med était constituée d'adultes qui, enfants, avaient fréquenté ce genre d'endroit. Ils y retournent par tradition. Parce que ça devient une communauté aussi. Moi, je retournerai par tradition à mes deux bouts de pain entre deux trains, mon sac à dos sur les épaules, mais je ne contribuerai plus aux préjugés sur les Club Med. Et j'y retournerai peut-être pour me reposer... et finir de grappiller les échantillons dans le bar à tartes.

Notre journaliste était l'invité du Club Med de Peisey-Vallandry.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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