Les grands chats boudent

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À défaut des léopards, qui ont fui ma lentille, ces oiseaux du parc national de Wilpattu, au Sri Lanka, ont tout de même provoqué mon émerveillement.

La Tribune, Jonathan Custeau

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(Sherbrooke) Le soleil plombait déjà très fort sur Anuradhapura, au Sri Lanka, quand le train s'est immobilisé en gare. Mon décalage horaire bien calé entre les deux yeux se l'était coulée douce à l'air conditionné depuis trois heures, soit depuis le départ à l'aube de la station de Colombo. L'avion s'était posé au milieu de la nuit et déjà, au lever du soleil, j'arrivais dans cette ville sacrée beaucoup plus au nord.

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Parmi les quelques bêtes qui se sont montrées moins timides à l'approche de notre Jeep, il y avait ce varan, qui s'est rapidement réfugié dans l'herbe haute.

La Tribune, Jonathan Custeau

Le temps était lourd dans mon sac de 13 kilos qui semblait en peser dix fois plus sous la canicule pourtant normale de l'Asie du Sud. Un ciel sans nuage, ça pèse une tonne sur des épaules chargées.

Les chauffeurs de rickshaw ont bien sûr cherché à profiter de la situation. Mais avec la détermination du voyageur qui vient d'arriver en terre étrangère, une réserve d'adrénaline en besace et une soif de découverte aussi importante que celle causée par la déshydratation, j'ai décliné les offres. Suis capable. Je marche...

J'ai regretté un kilomètre plus loin, en sueur de pied en cap. L'orgueil étant plus fort que tout, il m'a mené jusqu'à mon hôtel, non sans que j'aie attiré à ma suite un chauffeur qui respectait à moitié mon désir d'indépendance.

Si je refusais les propositions d'excursions qu'il avançait, il revenait à la charge avec une nouvelle option. Jusqu'à ce que ma tête, encore quelque part à 40 000 pieds d'altitude, flanche et accepte la proposition d'un safari à Wilpattu.

Il faut savoir que le Sri Lanka est réputé pour offrir les meilleures options pour des safaris à l'extérieur de l'Afrique. Avec un peu chance, on peut y observer des léopards dans un des nombreux parcs nationaux. Le plus célèbre, Yala, sur la côte sud, recèle une importante population de félins. Mais on rapporte que les chauffeurs de Jeep y harcèlent les animaux jusqu'à les épuiser, simplement pour le plaisir (ou pas) des yeux des touristes.

J'avais déjà une réticence à visiter Yala. Wilpattu, au contraire, est la plus grande réserve naturelle du pays. Elle a été le théâtre de bien des affrontements dans le conflit entre les populations cinghalaises et tamoules. Elle n'a été rouverte au public qu'en 2003.

Le problème, pour le touriste avide de débusquer des animaux exotiques, c'est que les quelque 1300 kilomètres carrés offrent un nombre infini de cachettes. On peut se demander, à écouter le ronronnement tonitruant (vraiment tonitruant) des moteurs, pourquoi la moindre bête aurait envie de se montrer. On annonce notre présence bien avant d'être visible.

C'est peut-être pour cette raison que les seuls animaux qui ont daigné se montrer, à l'exception d'un crocodile immobile le long d'une flaque d'eau, avaient toutes les chances de déguerpir avant qu'on en approche. Les oiseaux, du martin-pêcheur au paon, ont fait acte de présence. Pareil pour les varans, qui disparaissaient dans l'herbe longue à l'approche des véhicules.

Le parc est tellement vaste qu'on n'en parcourt qu'une fraction même en consacrant plusieurs heures à notre expédition. Seulement 25 % de la superficie environ est ouverte au public de toute façon. On passe donc plusieurs heures à arpenter des couloirs de feuillage, à scruter avec insistance chaque recoin de verdure, jusqu'à s'épuiser. Plusieurs heures à ne pas voir grand-chose d'autre que des troncs qui nous dévisagent.

Chaque fois qu'on croise un autre véhicule, on s'immobilise un instant. Les conducteurs échangent quelques mots, secouent la tête, et confirment que personne n'a vu de léopards aujourd'hui. On s'excite pourtant un brin quand on se bute à trois ou quatre Jeeps immobilisés au même endroit. La rumeur flotte qu'un bébé léopard a traversé la route. Personne ne l'a aperçu pourtant. Peut-être voulait-on simplement susciter l'espoir. On attend 15 minutes, à retenir notre souffle, et on se lasse du vide.

Toujours est-il que je suis ressorti bredouille de mon incursion à Wilpattu. Pas de gros chat. Niet. Pas plus qu'à mon passage en Afrique du Sud, où les lions du parc Addo n'avaient pas montré le moindre poil de crinière. Pas plus qu'à mon arrêt subséquent dans un autre parc sri lankais, celui d'Uda Walawe. Les félins me boudent.

Et moi j'ai boudé Yala, où les léopards ont peut-être moins le loisir de se mettre à l'abri.

Les félins me boudent et c'est bien ainsi parce qu'au moins ils ne sont pas confinés dans une cage. À défaut de voir grouiller une faune abondante, j'ai tout de même su m'émerveiller de la beauté des lacs et de la végétation d'une parcelle de terre que l'homme a accepté de préserver.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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