L'Équateur contre l'indifférence

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Le tremblement de terre ayant frappé l'Équateur a été ressenti jusque dans la capitale, Quito.

La Tribune, Jonathan Custeau

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(Sherbrooke) Encore des images de dévastation. Encore des pays entiers ébranlés par la terre qui a tremblé sous leurs pieds. Il y a eu le Japon, vendredi de la semaine dernière, et l'Équateur le lendemain. Les images de la dévastation bouleversent, laissent un sentiment d'impuissance!

J'ai eu une pensée pour les Japonais, que j'ai visités il y a quatre ans. Pour les Équatoriens, qui m'ont reçu il y a à peine quelques mois et qui pleurent maintenant des centaines de morts. La loterie de la vie, c'est que la nature ne prévient pas toujours avant de se déchaîner. Des Canadiens qui vivaient leur rêve de parcourir la planète ont d'ailleurs perdu la vie en Équateur. Du coup, le pays n'était plus une contrée lointaine. La catastrophe nous frappait de plein fouet.

J'ai bien sûr craint pour tous ces Équatoriens vivant dans les régions côtières, alors qu'une alerte au tsunami était en vigueur. On se souvient des vagues ayant frappé la Thaïlande, qui ont couru aussi vers les pays voisins, vers l'Inde et le Sri Lanka notamment. Difficile de croire que toutes les côtes du pays ne se trouvaient pas à risque d'un seul coup. L'océan n'a heureusement pas englouti les côtes.

Il est tout à fait inutile de rédiger des scénarios catastrophes, d'aligner les si jusqu'à Paris. Mais on peut faire preuve de beaucoup de compassion. Surtout pas d'indifférence.

J'ai eu une pensée pour la petite ville de Montanita, où j'ai fait un arrêt de quelques nuits pour me permettre de visiter l'île de la Plata, un peu plus au nord. Montanita, dans son secteur touristique du moins, a été construite de toutes pièces pour les touristes. Son petit centre-ville ne compte que des boîtes de nuit, des restaurants aux spécialités italiennes et américaines, et des agences offrant des tournées de la région.

Pour trouver le calme, certains, comme moi, avaient opté pour un hôtel plus rustique, à un jet de pierre de la plage, le long d'un sentier bordé de buissons tropicaux. À peine avions-nous les sandales aux pieds qu'il fallait déjà les enlever pour nous lancer dans le Pacifique, où les plus aventureux prenaient des leçons de surf. Les vagues étaient tout près. S'il avait fallu que ça tremble...

C'est l'image du pont effondré à Guayaquil qui m'a saisi davantage dans les heures qui ont suivi les événements malheureux. Il me serait impossible de reconnaître l'endroit. Pour être honnête, je ne suis passé dans cette grande ville du sud que le temps d'un transit entre la grande gare et l'aéroport. Vingt-minutes en taxi, tout au plus, à tricoter les rues et les boulevards avant de déposer mon sac sur le carrousel à bagages. Pourtant, j'ai peine à imaginer que cette ville bien vivante eut été secouée aussi durement.

Après les images du pont effondré, il y a eu toutes les maisons écroulées, ces façades éventrées, les coupures d'électricité et les besoins en eau potable. Ce pays tellement beau, tellement accueillant, fait face à des défis de reconstruction énormes.

Il y a aussi Quito, à quelques centaines de kilomètres de la côte, qui a ressenti les soubresauts même si elle n'est pas située près de l'épicentre. Quito, cette capitale marquante, cette capitale dont on peut palper l'âme, avec ce je-ne-sais-quoi d'intime et d'immense à la fois. Elle n'est pas cosmopolite comme Buenos Aires en Argentine. Elle a plus de charme que La Paz en Bolivie. Quito a cette dangereuse attraction qui nous donne envie de nous y arrêter.

Peut-être est-ce attribuable à la vie quotidienne du Mercado Central, où les femmes se rassemblent inlassablement chaque matin, à la première heure, pour y installer leur stand à légumes ou pour y cuisiner les repas qu'elles vendront le midi.

Peut-être est-ce attribuable à l'atmosphère de la vieille ville, au trafic continu de passants à la Plaza Grande, devant le palais national, ou à l'atmosphère de fête du quartier Mariscal. Ou peut-être doit-on y voir l'effet du volcan Pinchincha, qu'il est possible de grimper à l'aide du TelefériQo, ou de celui du Cotopaxi, qu'on aperçoit par temps clair. C'est cet Équateur-là, aussi, qui a tremblé.

Ce beau pays aura besoin d'aide pour se relever. Il aura besoin d'amour, de compassion, mais surtout pas d'indifférence.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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