Écouter la voix qui dit non

La vue sur les montagnes est très jolie... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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La vue sur les montagnes est très jolie à Haputale, au Sri Lanka, mais le fait de devoir argumenter sans cesse avec un hôtelier m'a laissé de mauvais souvenirs.

La Tribune, Jonathan Custeau

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(Sherbrooke) D'habitude, quand la petite voix dans notre tête nous demande « Es-tu sûr que tu veux faire ça? », c'est signe que quelque chose ne tourne pas rond. Si la peur apparaît naturellement dans un environnement inconnu, elle peut devenir un bon indicateur qu'il serait préférable de décamper. L'instinct, parfois, nous rend de précieux services.

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À Hangzhou en Chine, j'aurais pu passer des heures à visiter ces temples, mais mon instinct m'a poussé à rebrousser chemin pour ne pas rater mon train.

La Tribune, Jonathan Custeau

Bien sûr, l'instinct peut crier « Danger! ». C'est quand le message est beaucoup moins clair qu'on finit par prendre des décisions douteuses... et vivre des expériences qui nous donnent envie de nous rouler en boule en espérant nous téléporter par pure magie.

La fatigue, le stress, la naïveté ou un mélange des trois peuvent nous entraîner dans un pétrin plus ou moins profond. Heureusement, les conséquences n'ont pas été trop fâcheuses quand je me suis empêtré dans une situation qui m'a rendu très mal à l'aise à Haputale au Sri Lanka.

La petite ville, bien juchée en altitude, compte plusieurs plantations de thé. La destination est moins populaire que la plupart des autres agglomérations dans les montagnes environnantes, mais elle constitue un point de départ important pour Horton Plains, là où une courte randonnée nous mène littéralement au bout du monde. World's End, c'est une falaise qui tombe abruptement sur une vallée et un réservoir naturel, pour un des plus beaux points de vue dans le pays.

Un vieil homme nous a approchés, une touriste française et moi, sur le quai de la gare à Haputale. Il nous a invités à son hôtel, où nous pouvions voir les chambres sans nous engager à quoi que ce soit. Nous étions à la veille du Nouvel An tamoul. La plupart des hôtels risquaient d'être complets. Et c'est un peu comme ça que ça fonctionne pour les jeunes voyageurs au Sri Lanka : en arrivant en ville, on fait notre choix parmi les établissements qui nous sollicitent.

L'hôtel était vide mais paraissait bien. Le prix, lui, semblait élevé. Il est d'usage de négocier dans les pays asiatiques, mais les tenanciers sortent souvent un lapin de leur chapeau. Qu'on prenne une chambre ou deux, il nous chargerait le même montant. Il fallait payer « par personne ».

Le vieillard refusait de négocier, faisant mine d'être insulté. Incertains, nous avons acquiescé. Sauf que nous avions tous les deux ce sentiment étrange que quelque chose clochait.

En cours de journée et de soirée, il nous a fallu faire preuve de fermeté pour que le prix de la chambre ne soit pas revu à la hausse, pour que le repas soit inclus tel que nous l'avions demandé, et pour que le prix négocié pour un taxi demeure le même. Chaque fois, une excuse plus farfelue que la précédente justifiait une montée des frais.

Quand nous avons vu le vieil homme, assurément intoxiqué, disparaître avec notre acompte pour un taxi, nous nous sommes inquiétés. Quand, le lendemain matin, le même taxi accusait du retard et qu'on essayait de me convaincre qu'il ne se pointerait pas, que mon versement était perdu, j'ai pété les plombs. « Si le taxi n'est pas ici dans cinq minutes, je vais directement à la police! »

Mea culpa. Je me suis emporté. Mais après avoir épuisé nos arguments, on teste un peu la bonne foi de nos interlocuteurs en mentionnant les autorités. « Non, pas la police! » qu'on m'a répondu. « J'appelle tout de suite », a ajouté l'homme en sortant son cellulaire...

Le taxi est venu et j'ai poussé un soupir de soulagement en quittant cet endroit.

La petite voix dans ma tête m'a aussi bien servi à Hangzhou en Chine. Le seul danger, là, était le stress que je m'infligeais à moi-même.

Je m'étais offert une visite d'une journée pour voir les temples de Hangzhou, avec un départ et un retour à Shanghai. J'avais déjà prévu le billet du retour le plus tard possible.

Il m'avait fallu beaucoup de temps et de débrouillardise pour contourner le lac emblématique de la ville dans un transport en commun bondé. Sans plan, sans capacité de lire les panneaux indicateurs, j'utilisais l'approche conservatrice pour progresser à pas de crapaud.

Ainsi ai-je mis plus de la moitié de ma journée à atteindre les temples que je souhaitais visiter, tout en flânant autour du lac et en grimpant quelques pagodes qui étaient apparues sur mon chemin.

À peine rendu à ma destination, j'ai eu le sentiment d'urgence de rentrer. Après une tournée rapide du site touristique, je me suis élancé vers la station de bus. Le véhicule dans lequel je prenais place, où je me trouvais au bord de la suffocation tellement il était densément occupé, a mis près de deux heures à gagner la gare. J'ai attrapé mon train de justesse pour retourner à Shanghai.

La petite voix ne m'avait pas trompé.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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