C'est quoi, c'est l'habitude

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En Inde, les différences sont partout, mais ne nous surprennent plus quand on a pris l'habitude de l'étranger.

La Tribune, Jonathan Custeau

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(Sherbrooke) J'ai toujours une petite réserve quand on me demande conseil pour un voyage. Ce que je peux offrir, c'est mon expérience à moi, mon appréciation, mes aventures qui concordent avec ma façon de voyager. Mais tout le monde ne voyage pas de la même façon.

J'ajouterais que dix ans après ma première escapade à l'étranger, une cinquantaine de pays plus tard, j'ai toujours le sentiment de l'imposteur. Après tout, chaque fois que je m'envole pour un nouveau pays, j'ai tout à découvrir, tout à comprendre, exactement comme n'importe quel autre néophyte. Je me fais encore avoir régulièrement par les arnaques réservées aux touristes, même si j'essaie d'apprendre de chaque erreur.

Il reste que d'une fois à l'autre, on prend des habitudes sans se rendre compte qu'elles aveugleront un peu notre capacité à nous émerveiller la prochaine fois. Le choc culturel, bien relatif, s'amoindrit pour chaque départ, parce qu'on en vient à attendre l'inattendu.

Tout le monde nous met en garde contre l'Inde. Pas qu'il y ait quoi que ce soit de mal dans cet énorme pays abondamment peuplé. Mais les différences importantes peuvent frapper en plein front. Ainsi affirme-t-on qu'on adore ou qu'on déteste l'Inde. Pas de nuances de gris.

Il y a les odeurs, les gens partout, partout, partout, le métro bondé, les trains bondés, les rickshaws qui émergent de nulle part, la nourriture, parfois épicée, les toilettes, bien différentes des nôtres, les douches, qu'on prend parfois avec une simple bassine, la conduite erratique, les chiens errants, les vaches en liberté au milieu des rues... Il y a aussi la langue, qui nous empêche de communiquer, l'obligation de négocier, les dodelinements de tête qui veulent dire oui et cette incapacité à se fondre à la foule.

Pourtant, je n'ai pas été choqué par ces différences. J'avais déjà vu la Chine, le Cambodge et la Thaïlande qui partagent plusieurs points communs avec l'Inde. Mais j'en ai croisé pour qui ça n'allait pas du tout. L'hygiène et la promiscuité leur donnaient l'envie immédiate de rentrer à la maison.

À Chefchaouen, la ville bleue du Maroc, j'ai... (La Tribune, Jonathan Custeau) - image 2.0

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À Chefchaouen, la ville bleue du Maroc, j'ai grimpé une montagne pour observer un coucher de soleil. Mon compagnon de voyage, qui n'avait jamais rien vu de tel, a demandé si nous pouvions répéter l'expérience.

La Tribune, Jonathan Custeau

Une chance

Ce qui me fait sourire, c'est de partager la route avec ceux qui n'ont encore que très peu de pays au compteur. Ceux-là s'enthousiasment avec raison devant des riens et me rappellent la chance que j'ai de côtoyer toujours de nouvelles cultures. Ils posent des questions toujours, cherchent à comprendre là où je suis devenu un peu indifférent à la différence.

Lors de ma récente expédition au Mexique, j'ai rencontré un ami qui n'avait pas l'habitude des auberges de jeunesse. Il n'avait pas l'habitude de négocier non plus. Il a surtout compris qu'il retiendrait bien plus des liens d'amitié qu'il venait de créer que des ruines que nous avions visitées. C'est une révélation à laquelle personne n'échappe.

J'ai aussi d'impérissables souvenirs de mon ami turc, venu me rejoindre au Maroc. J'imaginais qu'il ne serait pas dépaysé une seconde. Je comptais sur lui pour obtenir les meilleurs prix dans le marché. Après tout, le souk de Marrakech et le grand bazar d'Istanbul ont quelques points en commun.

Je l'ai vu se laisser embobiner dans une boutique de Fès, où il n'osait pas réclamer un meilleur prix pour un simple foulard. Je l'ai vu incertain, mais placer toute sa confiance en moi quand nous nous sommes aventurés en dehors de la médina pour observer la ville d'en haut.

Il n'a pas bronché quand nous avons grimpé une montagne pour regarder le soleil se coucher sur Chefchaouen, la ville bleue du Maroc. Les réverbères se sont illuminés de la même teinte orangée dont se couvrait le ciel. Lentement, les montagnes qui encerclent la ville se sont transformées en ombres planantes. Il ne disait toujours rien, mon ami, jusqu'à ce que nous soyons redescendus.

« Nous pourrons revenir voir le coucher du soleil demain? » a-t-il soufflé, en admettant qu'il n'avait jamais rien vu d'aussi beau.

Dans ce voyage, ses horizons se sont étendus jusqu'à l'Atlantique, qu'il n'avait jamais vu. Il a aussi appris à aborder des étrangers et à s'en faire des amis.

Un peu comme cet Anglais qui voyage en général avec ses frères, parce que ses amis n'ont pas développé le goût de l'aventure. Forcé de s'adresser à des inconnus, dont moi, lors d'un voyage en solo au Portugal, il a été frappé d'une révélation : il ne pourrait jamais communiquer avec nous si nous ne parlions pas sa langue à lui. Il en était reconnaissant. Il a soudain eu l'envie de s'exprimer dans un autre dialecte.

Tous ces détails, avec le temps, sont acquis. On n'y pense plus. Mais ils sont d'une richesse incroyable quand on se permet de les observer de nouveau.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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