Chronique d'une amitié spontanée

À Sarajevo, une grande amitié m'attendait au coin... (La Tribune, Jonathan Custeau)

Agrandir

À Sarajevo, une grande amitié m'attendait au coin d'une rue.

La Tribune, Jonathan Custeau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

(Sherbrooke) Cher voyageur, chère voyageuse,


Je sais que j'ai l'air vite en affaires un brin, mais j'ai envie de te dire que «je t'aime», comme ça, même si on s'est rencontrés y'a une heure, une journée, ou une minute des fois. J'ai mis des guillemets à «je t'aime», tu comprendras pourquoi.

Pourtant, toi et moi, on sait que c'est un coup de foudre et que dans les coups de foudre, y'a toujours une grande dose d'amour. Mais ce n'est pas comme la plupart des gens pensent quand on parle de coup de foudre. C'est une grande complicité, un éclair de certitude qu'on vient de la même place, même si géographiquement, c'est loin d'être vrai. C'est sentir qu'y'a quelqu'un d'autre dans le monde, qui vient de Dornbirn, Ankara, Vänersborg ou Mexico, qui regarde la vie avec les mêmes yeux que moi.

Tu verras, à la fin de l'année, je te saluerai sur Facebook. Je te dirai merci d'avoir fait partie de ma vie et j'espèrerai que tu répondes. Tu ne le feras probablement pas.

Je sais, un message sur Facebook, c'est pas grand-chose. C'est une bouteille dans une mer de beaucoup de bruit. Mais dans la vie, les gens viennent et les gens passent parce qu'on ne se donne pas la peine de garder contact. On trouve ça dur prendre des nouvelles. On trouve ça dur gérer plus que cinq vraies amitiés à la fois. Imagine quand on ne vit pas sur le même continent et qu'on n'a pas partagé plus que le temps d'un café... Mais on se retrouve, souvent, tout seul avec son petit monde pendant que les autres passent.

Mon petit monde est grand

Le problème, c'est que mon petit monde, il est grand. Il est réparti sur toute une planète.

Je le porte dans mon coeur en essayant de le rentrer dans ma poche pour qu'il soit toujours avec moi.

C'est fou de penser qu'on est partis chacun de notre côté, qu'on a pris l'avion tout seul, moi pour un peu partout, vers l'ouest, toi pareil, vers l'est, et qu'on a abouti dans le même sous-sol de San Francisco, le même marché de Sarajevo, sur la même terrasse de Varkala. C'est fou de penser que j'ai presque choisi de paresser sur le bord du lac avant de me décider de gravir cette montagne de Queenstown, alors que toi, tu m'attendais en quelque sorte au sommet.

C'est fou parce qu'en me disant bonjour une minute, tu ne te doutais pas qu'on égrènerait la nuit sans la voir passer, à discuter de tout et de rien, pendant des heures qui ne nous appartiennent déjà plus. C'est fou parce que tu changes des vies, la mienne en tout cas, sans vraiment t'en douter.

C'est tellement vrai qu'un de ces jours, je te reverrai et je reprendrai la conversation là où on l'a laissée, à quatre heures du matin quand je suis parti faire mes bagages pour ne pas manquer mon train. On aura l'impression de se connaître depuis toujours, mais ce sera pourtant la deuxième fois qu'on se voit.

Tu me pardonneras s'il m'arrive de m'effondrer à te trouver trop loin. C'est qu'à multiplier les coups de foudre, à faire du monde son terrain de jeu, on oublie qu'ils ne berceront pas notre quotidien, ceux qui se lèvent en Australie ou en Turquie. On oublie de célébrer cette chance qu'on a de s'être côtoyés, plutôt que de nous en prendre à cette distance qui nous sépare. Même si on ne se revoyait jamais, on aurait eu de la chance. Je m'effondrerai quand même, à l'occasion.

Enfin, tu me pardonneras de t'avoir un peu ramené avec moi. Je ne m'achète plus de souvenirs depuis longtemps, mais j'ai pris un peu de ton image, sur carte mémoire, et un peu de toi et moi, ensemble, dans un coin de ma mémoire.

Merci d'être là, même si t'es pas là souvent. Même si t'es toujours «pas là». En fait, j'ai envie de te dire que «je t'aime», sans te rendre mal à l'aise, parce qu'à partager une parcelle de ta vie, tu as teinté plus que le voyage d'un étranger. Tu auras été un de ces hasards qui nous poussent en avant.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

Partager

À lire aussi

  • Ces adieux qui se passent trop bien

    Le Bourlingueur

    Ces adieux qui se passent trop bien

    Il n'y a rien comme tomber amoureux. Ces papillons dans l'estomac, cette irrépressible envie de sourire, ce sentiment d'invincibilité, ils sont... »

  • Négocier à quel prix?

    Le Bourlingueur

    Négocier à quel prix?

    Devoir négocier rend plusieurs voyageurs mal à l'aise. Il n'est pas vraiment naturel de relancer le vendeur quand il nous annonce le prix qu'il exige... »

  • L'autobus et les ravins

    Le Bourlingueur

    L'autobus et les ravins

    Avant de partir vers l'étranger, particulièrement vers des pays qu'on connaît peu, on a tendance à être attentif aux actualités qui les concernent.... »

  • On ne me prendra pas ma liberté

    Le Bourlingueur

    On ne me prendra pas ma liberté

    La pluie de balles est tombée sur Paris alors que je m'efforçais de boucler mes bagages. Dans la nuit du 13 au 14 novembre, je prenais la route de... »

  • <em>Confessions d'un nomade</em>

    Le Bourlingueur

    Confessions d'un nomade

    CHRONIQUE / La maxime a fait le tour du web et a trouvé une forte résonance chez les voyageurs. « Collect moments, not things. » Collectionnez les... »

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer