L'autobus et les ravins

Un glissement de terrain bloquait la principale route... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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Un glissement de terrain bloquait la principale route liant Quito et le parc national de Cuyabeno, en Équateur. Le détour, et la frousse qu'il a semée, valait tout de même la peine.

La Tribune, Jonathan Custeau

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(Sherbrooke) Avant de partir vers l'étranger, particulièrement vers des pays qu'on connaît peu, on a tendance à être attentif aux actualités qui les concernent. C'est là qu'on entend des histoires pour nous rassurer, comme les trains qui brûlent en Inde ou les autobus qui tombent dans des ravins sans qu'on réussisse à comprendre pourquoi.

Ça, c'est la théorie. Parce qu'une fois sur place, des fois, on comprend.

Je n'ai pas encore visité le Myanmar, pays voisin de la Thaïlande en Asie, mais en regardant le documentaire They call it Myanmar, j'ai appris que des dizaines de croyants meurent chaque mois, sinon chaque semaine, en tentant de rejoindre un temple sacré au sommet d'une montagne. Ils s'entassent à l'arrière d'une camionnette et, de temps à autre, ils dévalent malgré eux la falaise après un virage raté.

Dans le documentaire, on mentionne que les pèlerins ne craignent pas de donner leur vie pour atteindre ce temple sacré. Moi, ça me dérange un peu.

En Inde, le seul moyen d'atteindre la petite ville de Munnar, dans les montagnes au sud, est de prendre l'autobus. Munnar est reconnue pour ses plantations de thé. Pour s'y rendre, on monte pendant une éternité.

J'avais pris place dans un bus sans vitres aux fenêtres à Alleppey. Quand la nuit tombe, on ferme les volets pour se couper du froid, point barre. Et j'en avais pour sept ou huit heures, minimum, avant d'arriver à Munnar.

Au bout d'une heure, le chauffeur me fait signe de descendre. Explication: le pont devant nous ne supportera pas le poids d'un autobus rempli. Les quelque 50 passagers ont donc traversé ledit pont à pied avant de regarder le véhicule qui s'avançait doucement en espérant que la structure tiendrait.

Puis, nous nous sommes engagés dans les montagnes. Nous avons serpenté les routes en bordure de falaise pendant tellement d'heures que j'ai arrêté de compter. Il n'y avait pas de garde-fou et je me rassurais de nous voir conduire dans la voie rapprochée de l'intérieur. À négocier chaque virage à grande vitesse, à donner un coup de volant chaque fois qu'une voiture arrivait en sens inverse, je comprenais que des autobus plongent parfois dans le vide.

En Amérique du Sud, les frousses me sont aussi souvent venues de la vitesse excessive et des dépassements erratiques qui m'ont fait me cramponner à mon siège. La tension a toutefois été bien différente lors de mon récent passage en Équateur.

J'avais envie de l'Amazonie, de ses centaines d'espèces d'oiseaux, de ses singes aux allures étranges et de sa luxuriante forêt tropicale. Pour visiter une des réserves nationales, Cuyabeno, il fallait franchir la distance entre Quito et Lago Agrio, plus à l'est, en autobus.

Les pluies abondantes avaient entraîné des glissements de terrain sur la route principale entre les deux agglomérations. Il fallait emprunter un détour, mais on nous prévenait que le danger n'était pas à zéro.

Le bus a quitté Quito en milieu de soirée avec l'objectif d'atteindre la destination en matinée. Nous n'étions qu'une vingtaine et nous profitions du surplus d'espace pour nous étendre. Au bout de quelques heures, tout le monde s'était assoupi.

Pendant la nuit, il a suffi de quelques secondes pour semer la panique. Le chauffeur a semblé freiner brusquement, le véhicule s'est mis à déraper et s'est retrouvé en porte-à-faux. Des passagers ont été projetés vers l'avant, certains tombant directement au sol.

Entre le sommeil et l'éveil, je n'ai eu le temps que d'un «C'est pas vrai!», m'imaginant le mastodonte dans lequel je prenais place emporté par le sol qui s'était peut-être dérobé sous ses roues. Deux, trois secondes d'hésitation, l'éternité qu'il faut pour se résigner et trouver cette mort potentielle vraiment trop bête. Un bruit de crissement de pneus. Deux, trois secondes bien longues où la tête cherche à se rendormir, par réflexe. Quelque chose de moins fort que la peur, de plus agité que la sérénité.

Et l'autobus s'est redressé, a repris sa route et nous a menés à bon port, non pas sans nous garder les yeux grands ouverts pour une heure ou deux.

Peut-être le conducteur s'était-il endormi. Peut-être la voiture devant lui avait-elle freiné brusquement. Peut-être voulait-il seulement éviter un obstacle devant lui. Mais parce qu'on m'avait prévenu des risques de glissements de terrain, j'ai rapidement sauté aux conclusions. Trop vite...

Le plus beau, c'est qu'il fallait emprunter la même route, quatre jours plus tard, pour rentrer au bercail.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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