L'expérience du train indien

Ces trois jeunes Indiens, qui sont devenus des... (La Tribune, Jonathan Custeau)

Agrandir

Ces trois jeunes Indiens, qui sont devenus des amis, ont partagé avec moi un trajet de train de près de 22 heures.

La Tribune, Jonathan Custeau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Sherbrooke) Tout en Inde représente un défi important pour quiconque ne s'est jamais aventuré en Asie. La nourriture, la circulation, la surpopulation et le degré de pauvreté: rien n'est comparable à ce que nous connaissons ici.

Une des expériences qui mérite assurément qu'on se donne la peine d'abandonner nos idées préconçues pour elle, c'est celle de prendre le train pour se déplacer. Une fois les difficultés et les malaises de départ vaincus, on sera heureux d'avoir opté pour les rails... à condition de ne pas commencer par la troisième classe.

Déjà, l'achat du billet peut être laborieux. Les trains se remplissent plusieurs jours à l'avance, tout le monde et n'importe qui dira qu'il est impossible de trouver le moindre laissez-passer, mais miraculeusement, les bureaux réservés aux touristes, à la gare, ou les agences de voyages trouveront toujours une façon de nous acheminer vers notre destination.

Mon premier train indien, il partait de New Delhi. La gare, là-bas, vrombit toujours d'un brouhaha important. Ça va, ça vient, et les flots de passagers se mélangent comme s'il y avait un ordre dans tout ce désordre. Pour m'aider, on m'informe que des hommes «errant» près de l'entrée, munis d'un badge numéroté, se proposent de me guider. Ils empoignent les bagages, volent littéralement à travers la flopée d'escaliers et déposent les paquets sur un quai, précisément là où notre wagon devrait s'arrêter. Le pourboire est fortement recommandé.

Comme si la confusion n'était pas déjà totale, les horaires sont souvent «flexibles». On est là, minorité visible aux airs perdus au milieu de la foule, et on se sent bien seul avec notre incertitude. Il ne faut pas s'étonner qu'un train arrive avec une ou plusieurs heures de retard. Sur le quai, noyé dans le chaos de centaines de passagers qui montent et descendent de wagons anonymes, on se demande si c'est le bon moment pour suivre le mouvement. Ce serait quand même gênant de partir dans la mauvaise direction.

Une liste des passagers, parfois, est collée sur chaque wagon. En prenant le temps de la consulter, on s'approche de la certitude qu'on ne se trompe pas.

La première fois, j'avais pris un trajet de nuit qui devait durer 16 heures. Au moment du départ, les couchettes superposées ne sont pas encore disposées. Tout le monde s'assoit sur la banquette du bas en attendant l'heure du dodo.

Sur le quai, noyé dans le chaos de... (La Tribune, Jonathan Custeau) - image 2.0

Agrandir

Sur le quai, noyé dans le chaos de centaines de passagers qui montent et descendent de wagons anonymes, on se demande si c'est le bon moment pour suivre le mouvement.

La Tribune, Jonathan Custeau

Dans mon cas, trois jeunes hommes, début vingtaine, se relancent à coups de coude en m'apercevant. Un Blanc, dans le même compartiment, c'était du jamais vu. Ils se disputaient en riant pour savoir lequel viendrait me parler en premier.

Le plus vieux des trois s'est lancé, atterrissant au pas de course à côté de moi sur la banquette laissée vide jusque là. «Where are you from?», qu'il demande avant de m'enlacer et de me tendre son téléphone cellulaire. «Ajoute-moi sur Facebook!»

On a déjà vu plus délicat comme approche, mais il y avait une sincérité incontestable dans ses intentions: il espérait qu'on devienne amis. Une fois l'état de notre «relation» confirmé par la sacro-sainte bénédiction de Facebook, il a lancé la conversation.

Il voulait savoir si je connaissais son film de Bollywood favori, si je jouais au cricket, si je parlais l'hindou. Sa naïveté faisait sourire. Il ignorait que nos connaissances de son pays, de ses traditions, sont en général très limitées.

Sur son ordinateur, il m'a fièrement fait visionner des extraits du film en question, m'en traduisant des passages dans un anglais approximatif. Ses deux complices nous observaient, amusés. Il m'a ensuite expliqué les règles du cricket à l'aide d'un jeu vidéo installé sur le même ordinateur.

Et quand un vendeur itinérant s'est pointé avec un thermos de soupe, il m'en a acheté un gobelet qu'il ne m'a pas laissé refuser.

Les trois copains se sont chamaillés pour pouvoir occuper le siège à mes côtés pendant un instant, puis, ils se sont relayés pour préparer ma couchette avant la nuit.

Le lendemain, ils ont continué de m'offrir la nourriture qu'ils s'étaient apportée. Ils m'ont diverti aussi pendant les six heures de retard qu'avait pris le train dans le brouillard de janvier. Et ils se sont assurés, le temps venu, que je descende à la station appropriée, qui n'était pas identifiée plus qu'il ne le fallait.

Tristes de me voir partir, ils sont sortis sur le quai et ont tour à tour exigé que je pose avec eux avant les adieux.

Presque deux ans plus tard, ils me saluent encore quand ils me voient apparaître sur les réseaux sociaux. Ils me demandent régulièrement quand je les visiterai et insistent pour que je séjourne chez eux. En Inde, je suis désormais attendu.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

Partager

À lire aussi

  • Un arrêt forcé dans les commerces

    Le Bourlingueur

    Un arrêt forcé dans les commerces

    Le lèche-vitrine, ce n'est pas tellement mon truc. Quand je fréquente les magasins, il me faut aller droit au but, trouver ce que je suis venu... »

  • Le secret de l'Alsace

    Le Bourlingueur

    Le secret de l'Alsace

    Je l'avoue, avant de décoller pour Mulhouse, en Alsace, je n'avais jamais entendu parler de cette petite ville de l'est de la France. Je n'aurais pas... »

  • Le surveillant du stationnement

    Le Bourlingueur

    Le surveillant du stationnement

    Chronique / Quand on évoque un voyage en Afrique du Sud, les sourcils se froncent parfois... « Ce n'est pas un peu dangereux? », qu'on me demande.... »

  • Jouer les touristes à Montréal

    Le Bourlingueur

    Jouer les touristes à Montréal

    Moment confession! Je l'avoue, mes connaissances de Montréal sont limitées. J'ai beau m'y rendre plusieurs fois par année, je ne sais jamais quoi... »

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer