Les Galapagos des pauvres

Les fous à pattes bleues dansent pour séduire... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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Les fous à pattes bleues dansent pour séduire les femelles pendant la période de reproduction.

La Tribune, Jonathan Custeau

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Trop planifier un voyage, c'est beurk! C'est ce que vous diront plusieurs amateurs des aventures sac à dos, la majorité des blogueurs et une bonne partie de ceux qui partent avec un peu moins que le nécessaire pour une destination qu'ils ont choisie à la dernière minute. C'est beau se sentir libre et improviser, mais parfois, ça force à des compromis.

En saison d'accouplement, les frégates mâles gonflent leur... (La Tribune, Jonathan Custeau) - image 1.0

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En saison d'accouplement, les frégates mâles gonflent leur gorge rouge pour attirer les femelles.

La Tribune, Jonathan Custeau

L'Équateur me trottait dans la tête depuis presque deux ans, depuis qu'un ami que j'avais rejoint au Pérou me défonçait les oreilles avec ses récits de l'Amazonie et des îles Galapagos. Galapagos par-ci. Galapagos par-là. Les tortues immenses par-ci, les lézards par-là.

C'était devenu clair qu'à mon passage suivant en Amérique du Sud, je nagerais avec les requins et que je verrais les fous à pattes bleues tourbillonner au-dessus de ma tête. C'est aussi ce que je me suis raconté en juillet, en réservant mon billet pour Quito à une semaine de mon départ.

C'est justement en passant quelques jours dans la capitale de l'Équateur que j'ai dû admettre que le manque de préparation me coûterait probablement mon expédition d'île en île.

C'est que l'archipel des Galapagos est vaste et qu'il faut bien sûr trouver un bateau pour nous trimballer dans l'archipel. On nous propose des croisières, dans les trois ou quatre chiffres, auxquelles il faut ajouter le prix du billet d'avion vers Santa Cruz ou San Cristobal et une taxe spéciale. C'est en voyant que je manquerais de temps pour bien me prélasser que j'ai sacrifié à contrecoeur l'expédition au large du continent.

Il n'en fallait pas plus pour que chaque jour (CHAQUE. JOUR!), quelqu'un me raconte à quel point sa visite aux Galapagos avait été l'expérience la plus extraordinaire de toute sa vie. Avec les étoiles dans les yeux, l'arc-en-ciel auréolé au-dessus de la tête et la musique de harpe en sourdine. Une jeune femme m'a même montré sa vidéo de plongée dans laquelle des dizaines de requins-marteaux nageaient nonchalamment à ses côtés. Bouh!

Alors je suis passé au plan B. J'ai mis les voiles vers Montanita, sur la côte ouest, dans l'espoir de me rendre à l'île de la Plata, qu'on appelle affectueusement « les Galapagos des pauvres ». En exposant mes visées au réceptionniste de l'auberge, j'ai été servi par un « Oh! Mais ce n'est vraiment pas pareil! »

Bon! J'avais l'impression d'avoir troqué une Lamborghini flambant neuve pour une boîte à savon. Rendu là, il faut s'assumer.

Montanita n'avait rien de particulièrement prometteur. Petite ville où affluent en masse les touristes sans la moindre ride, Montanita est reconnue pour ses boîtes de nuit. Partout, on croise des touristes prêts à faire la fête... C'est néanmoins une base plus charmante que Puerto Lopez pour partir vers les Galapagos des pauvres.

Pour 30 fois moins cher que l'expédition qui me faisait rêver, j'ai pu observer des baleines, en pleine saison de reproduction, qui se faisaient la cour. Les mâles sautaient et retombaient avec des tonnes d'éclaboussures alors que les femelles annonçaient la venue d'étrangers en frappant la surface de l'eau avec leur queue. Moi qui n'ai pas de bol pour voir les baleines dans le bas du fleuve, j'observais enfin ces énormes mammifères marins.

On nous a ensuite lancé à l'eau pour observer les poissons tropicaux avec pour seuls équipements un masque et un tuba. Y'a pas meilleur endroit que les côtes de l'Équateur pour réaliser qu'on dispose d'un talent limité pour la plongée. Un grand bol d'eau salée plus tard, j'ai limité mon palmarès à un seul petit poisson tout jaune. Humilité!

N'empêche, en arrivant sur l'île de la Plata, j'ai pu observer des volées de pélicans qui pêchaient en se laissant tomber vers la mer. Les oiseaux, le long des côtes, forment des nuées impressionnantes. On comprend qu'ils sont rois et maîtres sur ce lopin de terre.

Et en grimpant dans les hauteurs des îles, nous sommes finalement tombés sur nos premiers fous à pattes bleues. Les mâles dansaient pour impressionner les femelles, déployaient leurs ailes et formaient des cercles autour de l'être convoité.

Il y avait aussi les frégates, également en mode séduction. Ces volatiles (presque) complètement noirs gonflaient leur gorge toute rouge sur laquelle ils tambourinaient avec leur bec pour impressionner les femelles.

Au final, je n'ai vu ni requin ni tortue géante. Les seuls lézards qui se doraient au soleil auront été ceux aperçus au coeur du village de Montanita. Mais je me suis promis que je retournerais en Équateur uniquement pour les Galapagos. En attendant, j'aurai tout de même aimé mon tour de boîte à savon...

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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