La Chine ancienne de Pingyao

Un secret bien gardé ne l'est plus dès que les rumeurs se répandent, pas vrai?... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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La Tribune, Jonathan Custeau

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Un secret bien gardé ne l'est plus dès que les rumeurs se répandent, pas vrai? Alors je ne qualifierai pas de secret mon coup de coeur chinois pour la petite ville de Pingyao, dans le nord-est du pays, à peu près à mi-chemin entre Xi'an et Pékin.

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On connaît bien sûr la capitale, Pékin, l'autre mégalopole Shanghai, et Xi'an, célèbre pour son armée de soldats de terre cuite. Pingyao fait sa renommée parce qu'elle est une de quelques villes fortifiées qui possèdent encore leurs murs originaux. À l'intérieur des murs, la vieille ville a conservé un peu de son allure d'autrefois.

Pour cette raison, l'endroit n'est pas complètement méconnu des touristes. On le sent bien à rencontrer les habitants qui ont plus d'un tour dans leur sac pour nous soutirer quelques yuans. Pas de doute, les étrangers qui s'attardent ici parcourent tous les mêmes rues et cherchent tous la même expérience.

Il s'agit néanmoins d'un immense coup de coeur pour les expériences que j'y ai vécues. Mon train de nuit en provenance de Xi'an s'est immobilisé vers les 7 h du matin. En Chine, je craignais toujours de rater la destination, parfois incapable de dire à quelle station nous nous arrêtions.

En descendant du train, que je reprendrais le soir même vers Pékin, je ne trouvais pas de consigne pour laisser mon bagage. Le langage des signes aidant, j'ai pris arrangement avec une commerçante ayant pignon sur rue à un jet de pierre de la gare. Il restait à savoir si j'arriverais à récupérer mes affaires sans embrouilles en début de soirée.

Je me suis pointé dans les fortifications alors que la ville était encore endormie. Les rues, désertes, étaient bordées de maisons aux portes et fenêtres fermées et verrouillées. Tous les petits bâtiments avaient la même allure endormie, terne, sans vie. Des rues vides et silencieuses, même dans la Chine qui n'est qu'un tantinet touristique, ça surprend. Avec deux Françaises rencontrées dans le train, je déambulais librement, sans entraves, dans les rues complètement abandonnées.

Puis, j'ai vu Pingyao se lever. Les volets se sont ouverts. Les citoyens sont apparus dans l'embrasure des portes, et la circulation de vélos et de mobylettes s'est faite dense en un rien de temps. Les gamins empilés à deux ou trois à l'arrière du vélo se laissaient trimballer jusque chez leurs grands-parents, qui s'en occuperaient pour la journée, ou jusqu'à l'école, pour les plus vieux.

Pingyao s'active. On voit apparaître les étals de fruits et légumes, les stands de babioles pour les touristes, signe qu'ils sont quand même nombreux, les étrangers, à débarquer en vitesse à Pingyao avant de poursuivre leur route.

Nous en profitons pour acheter un billet donnant accès aux quelques temples et autres lieux d'intérêt de la ville. C'est probablement là qu'on réalise que quantité d'autres caucasiens sont passés avant nous.

Dans l'un de ces temples, on nous invite à nous agenouiller pendant qu'on balance des bâtons d'encens au-dessus de nos têtes. Un homme agite un contenant rempli de bouts de bois jusqu'à ce que l'un d'entre eux tombe au sol. Puis, il nous prend par la main pour nous offrir une espèce d'incantation.

J'ai tendance à me méfier de ces individus. J'ai bien envie, oui, de connaître les pratiques religieuses des autres et de me prêter aux rituels qui m'assureront santé, chance et prospérité. Mais c'est l'argent qu'on me réclame ensuite, pour une cérémonie que je n'avais pas sollicitée, qui me rebute.

Cette fois-là, je me suis soumis en voyant mes deux amies françaises participer de bon coeur. J'ai regretté quand on a sorti un grand livre en exigeant un don substantiel.

Je veux bien tirer une leçon et accepter de m'être fait embarquer tout en évitant de provoquer la colère des Chinois qui, visiblement, m'ont trompé depuis le départ. Bien heureusement, ils n'ont pas trop insisté même si je leur offrais dix fois moins que ce qu'ils réclamaient. Je me doutais bien, aussi, qu'ils inscriraient mon don dans leur grand cahier, en y ajoutant un ou deux zéros, pour convaincre d'autres touristes du bien-fondé de la démarche.

C'est aussi à Pingyao que j'ai mangé des nouilles aux tomates préparées de A à Z sous mes yeux pendant que le cuisiner s'interrogeait de voir deux Françaises et un Canadien partager la même table. C'est à force de croquis sur un bout de papier que nous lui avons expliqué notre rencontre dans le train. La discussion, bien que peu profonde, n'en était pas moins mémorable.

Nous avons ensuite marché les remparts, vu les enfants rentrer de l'école et vu les lanternes s'allumer comme la nuit tombait. C'est avec soulagement que nous avons récupéré notre bagage près de la gare avant de poursuivre notre route la tête pleine de nouvelles images.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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