Le courant qui nous pousse en avant

Le Parthénon en toile de fond était bien... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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Le Parthénon en toile de fond était bien secondaire devant les rencontres inoubliables survenues en Grèce.

La Tribune, Jonathan Custeau

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Les coïncidences, le hasard et le courant qui nous pousse en avant convergent parfois, même souvent, vers les souvenirs les plus mémorables. Le courant, c'est celui de l'expression anglophone « go with the flow », qui finit par nous emporter tôt ou tard quand on refuse de poser son baluchon à la maison.

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La place Monastiraki

La Tribune, Jonathan Custeau

Quand on part deux semaines à la fois, on pagaie souvent contre le courant, l'agenda débordant déjà d'incontournables que nous n'aurons pas le choix de contourner. Mais plus la date du retour nous paraît éloignée, plus le temps ralentit et plus l'abandon devient possible.

Il y a trois ans maintenant, je cherchais l'ombre à l'orée d'un désert en Jordanie en réfléchissant au meilleur moyen d'atteindre Vilnius en Lituanie. Pas de trajet direct abordable. J'imagine qu'ils ne sont pas nombreux à voyager naturellement du Moyen-Orient aux pays baltes. Le saut de crapaud paraît effectivement illogique, mais quand j'ai quelque chose dans la tête...

Le courant m'a alors pointé une escale en Grèce, nation qui ne figurait ni de près ni de loin sur ma longue liste de possibilités. Je me souviens être monté dans l'avion à Amman sans aucun plan précis pour les quatre jours qui suivraient en terre hellénique.

Le train reliant l'aéroport et la station Monastiraki d'Athènes, où je devais descendre, est parti alors que je me trouvais encore sur la passerelle qui enjambe les rails. J'aurais pu soupirer. J'ai haussé les épaules et ai attendu un bout de temps sur les quais sans broncher. Après tout, je ne prévoyais même pas me trouver là.

Le soleil commençait à décliner quand le train s'est finalement élancé dans la banlieue athénienne. L'auberge que j'avais choisie à la dernière minute faisait le travail, sans plus. Six couchettes s'entassaient dans le dortoir exigu où l'air conditionné se renversait en flaques sur le parquet. Quatre cochambreurs, visiblement bien plus jeunes que la génération Passe-partout, étaient affalés dans un demi-coma.

Je me rappelle avoir poussé un soupir intérieur à ce moment-là, me consolant de voir le Parthénon bien en évidence par la seule fenêtre de la pièce. A+ pour la vue. Pour le reste, entre l'indifférence et le poids du voyage auquel il en restait moins devant que derrière, j'en étais à me résoudre à passer quelques jours en solitaire, pour me ressourcer. J'avais franchi le quatrième mois d'un périple de six. Je passais de l'Asie à l'Europe, me rapprochais symboliquement et physiquement d'un univers qui m'était familier.

J'envoyais voler mes élucubrations, bien emprisonné dans ma bulle tout en farfouillant dans mon bagage qui supportait de moins en moins l'usure du temps, quand j'ai entendu une voix radiophonique pleine d'aplomb. Il était canadien, qu'il disait.

Il déteste qu'on lui parle de sa voix. Tout le monde le complimente pourtant sur sa voix. Il a dans le timbre une assurance qui rassure. Je me suis retourné au mot Canada, signalant ce point commun et lui promettant de faire connaissance plus tard.

Il s'est assis là, sur sa couchette, et a attendu que je règle des formalités avec des assurances qui refusaient de payer un séjour dans un hôpital thaïlandais. Il a attendu aussi que j'argumente avec une compagnie qui refusait de me vendre un billet d'avion parce qu'elle ne parvenait pas à confirmer mon identité.

Le soleil s'était complètement effacé quand nous sommes sortis sur la terrasse de l'auberge. Les ruines illuminées qu'on apercevait tout autour ont entendu tellement d'histoires qu'elles n'en avaient rien à foutre que nous soyons là. Pourtant, nous étions là.

Au hasard des coïncidences, avec le Parthénon en toile de fond, un Canadien offrait son épaule à un compatriote inconnu qui avait bien besoin de s'y appuyer un instant. En quatre mois de liberté, on s'allège d'aventures, de rencontres, d'un bonheur renouvelé, mais on s'alourdit quand même un brin du doute et de l'indécision.

Lui aussi avait des milliers de kilomètres sous la semelle. Lui aussi traînait dans son bagage usé une poignée de doute et d'indécision. Lui plus que moi, même, attendait qu'on lui tende un porte-voix. Nous étions comme des amis qui s'étaient perdus de vue depuis longtemps. Sauf que nous ne nous connaissions pas.

Le jour s'apprêtait à éteindre les torches du Parthénon quand nous avons regagné nos quartiers. Et je suis allé mon chemin 24 h plus tard.

Nos routes se sont recroisées ici quelques fois chaque année. En Grèce, un véritable ami m'est tombé dessus au hasard du courant que j'avais laissé m'emporter. Comme quoi il ne faut pas craindre d'aller où le vent souffle.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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