Le soleil d'Angkor

Ne me demandez pas le pays que j'ai préféré parmi tous ceux que j'ai visités.... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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La Tribune, Jonathan Custeau

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Ne me demandez pas le pays que j'ai préféré parmi tous ceux que j'ai visités. Je ne répondrai pas. C'est comme demander à un parent de choisir parmi ses enfants. Quoique si vous me torturiez, je cracherais probablement le nom du Cambodge du bout des lèvres. Parce que j'aime le Cambodge d'amour.

Le temple de Ta Prohm au Cambodge.... (La Tribune, Jonathan Custeau) - image 1.0

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Le temple de Ta Prohm au Cambodge.

La Tribune, Jonathan Custeau

J'ai laissé une partie de moi dans ce petit pays d'Asie du Sud-Est pour rapporter une parcelle du temps que les Cambodgiens ont réussi à arrêter. Pas que la vie ne bourdonne pas à un rythme d'enfer entre la poussière soulevée par les motocyclettes à Phnom Penh et le marché frénétique de Siem Reap. C'est qu'au Cambodge, on a l'impression de pouvoir s'arrêter pour regarder la vie droit dans les yeux. Là-bas, j'ai cru toucher à l'essence même de l'être humain.

On ne sourit pas des misères politiques au royaume des Khmers. Il y a ces drames terribles qu'on raconte encore avec force détails, qui m'ont fait plisser les yeux et me boucher les oreilles. Il y a les mines antipersonnel qui dorment encore au hasard des terres agricoles et des forêts et qui prennent des vies innocentes quand plus personne ne s'y attend.

Mais j'ai imprimé, bien au fond de la tête, les campagnes de Siem Reap. Je revois les enfants courir dans les champs avec pour seuls jouets les pierres, le temps et l'espace. Je revois les foules frapper le ballon rond en plein milieu des rues de la capitale quand le soleil faisait mine de descendre.

Le Cambodge m'a fait rire pour rien. Parce que j'étais là, à l'arrière d'un tuk-tuk, à me faire secouer sur des routes « planche à laver ». Parce que je trouvais normal qu'on achète l'essence des motocyclettes au milieu de nulle part, dans des bouteilles de Coca-Cola réutilisées. Parce que j'ai poussé un soupir de soulagement pour je ne sais quoi.

Les temples d'Angkor Vat figuraient d'ailleurs sur la courte liste des endroits où je devais absolument m'arrêter en parcourant le monde. La Muraille de Chine, les chutes d'Iguazu et l'Australie complétaient la courte énumération.

J'ai vu le soleil se lever sur Angkor. J'ai passé des heures dans le complexe de temples à admirer les statues et les sculptures élevées à la gloire de Vishnou et Bouddha.

J'avais embauché un chauffeur de tuk-tuk, Adam, durant la journée d'avant. Il devait passer me prendre vers 4 h 45. Dans l'obscurité qui s'évanouirait sous peu, il s'est pointé vêtu d'une chemise et de pantalons propres. Il trimballait aussi sa glacière pour me garder quelques bouteilles d'eau bien au froid. Il était fier, mais surtout heureux de savoir qu'il n'aurait pas à solliciter d'autres clients pendant toute une journée.

Les rues de Siem Reap étaient encore bien calmes, à l'exception du bourdonnement des autres tuk-tuk, leur phare allumé, qui tentaient eux aussi d'atteindre le complexe avant que le soleil ne se pointe.

J'ai vu le soleil se lever sur Angkor en réalisant toute la chance que j'avais d'être là. Le temple s'est découpé sur un ciel bleu et j'ai exploré chaque coin avant de poursuivre la visite vers Bayon et ses immenses visages de pierre. Il y a aussi Ta Prohm, où les arbres poussent à même les pierres du temple. C'est là qu'Angelina Jolie est devenue Lara Croft pour Tomb Raider.

Il s'agit sans aucun doute d'un des endroits les plus impressionnants qu'il m'a été donné de visiter. Même si le soleil nous liquéfie en quelques minutes, on souhaite poursuivre la visite pour ne rien manquer d'un endroit aussi extraordinaire. Les mots « patrimoine mondial » prenaient tout leur sens. Voilà une merveille qui transcende les cultures, les religions ou les croyances.

Et quand on s'attarde un peu, les gens comme Adam nous racontent le Cambodge. Celui dans lequel ils sont forcés de conduire des tuks-tuks pour envoyer quelques sous à leur famille, dans un autre village. Celui dans lequel un homme comme Adam, quelque part dans la vingtaine, devrait être marié depuis longtemps. Celui où le rêve d'un chauffeur de tuk-tuk est d'acheter quelques livres pour les enfants de son village.

Adam était visiblement torturé, mais sincère, fier et dévoué. Il m'a montré le terrain vague où la population locale organisait une fête tous les soirs. Il m'a invité à y assister avant de me demander : « Est-ce que je peux être votre chauffeur demain encore? »

En début de matinée, le lendemain, Adam m'attendait à la porte de mon hôtel, sa glacière bien remplie de nouvelles bouteilles d'eau bien froide.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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