Les pieds brûlants au Sri Lanka

Difficile d'absorber le caractère du Sri Maha Bodhi,... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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Difficile d'absorber le caractère du Sri Maha Bodhi, le plus vieil arbre authentifié dans le monde, quand nos pieds brûlants refusent de nous porter.

La Tribune, Jonathan Custeau

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La première chose qui frappe en passant la porte de l'avion pour découvrir le Sri Lanka, c'est la chaleur qui nous enveloppe déjà dans la passerelle qui nous permet d'entrer dans l'aéroport. Colombo a beau être baigné d'une obscurité d'ébène, la différence avec le Québec est suffocante.

Plusieurs vols vers cette île du sous-continent indien arrivent en plein milieu de la nuit. Le jean beaucoup trop lourd et le t-shirt qui nous colle déjà à la peau laissent présager des heures ensoleillées encore plus chaudes. Quand la nuit refuse de s'abaisser sous les 25 degrés Celsius, le jour promet de bien faire sentir sa présence.

Comme beaucoup de touristes, j'ai boudé la capitale dès mon arrivée et me suis enfermé dans un wagon à l'air conditionné vers le nord de l'île avant même que le soleil ne se lève. N'étant pas incommodé par la chaleur, je me suis laissé bercer par le train en laissant défiler les champs, les palmiers et les maisonnettes rudimentaires par la lucarne sur ma droite.

Nouveau coup de chaleur en sortant du convoi à Anuradhapura, ville historique reconnue pour ses nombreuses ruines. Là, alors que la matinée était encore fraîche, le soleil brillait bien haut et le mercure dépassait certainement les 35 degrés. Résister aux chauffeurs de tuk-tuk qui nous harcèlent pour nous emmener jusqu'à notre hôtel est une très mauvaise idée.

C'est aussi une très mauvaise idée, une fois déshydraté en arrivant à l'hôtel, parce qu'on a fait à notre tête et qu'on a marché, de nous débarrasser de chaussures et chaussettes en pensant profiter du beau temps.

Au premier temple où je me suis présenté, fier d'avoir enfilé mes sandales pour la première fois cette année, j'ai déchanté. La directive est claire : par respect pour ce lieu sacré, il faut retirer toute forme de chaussure.

J'étais là, pieds nus sous le petit toit de l'entrée qui donnait accès au complexe, et je me disais déjà que j'étais dans la merde. Devant moi s'étendait une trentaine de mètres de sable, sous le soleil brûlant, avant que ne s'élèvent des escaliers de pierre menant à une grotte où une statue de Bouddha attendait les croyants.

Des touristes français qui en avaient vu d'autres se promenaient avec leurs chaussettes, de la pierre au sable et du sable à la pierre. Ils criaient à la torture malgré tout.

Une grande respiration plus tard, je traversais le sable au pas de course pour entrer dans la grotte du Bouddha. Pas si pire, que je me disais.

Mais il fallait encore redescendre et contourner le rocher, saluer les quelques centaines de chauves-souris qui piaillaient la tête en bas dans une anfractuosité et grimper jusqu'au sommet du caillou pour une vue magnifique sur la région.

Anuradhapura est magnifique, mais elle l'est un peu moins quand la plante des pieds nous cuit sur un rocher bien chauffé par le soleil de midi.

Après, il n'y a rien de mieux que de retrouver ses sandales... qu'on avait justement oublié d'abandonner à l'ombre pour les garder bien au frais.

À Anuradhapura, le plus beau moment vient toutefois du Sri Maha Bodhi, un arbre sacré situé au milieu de la ville, qui serait le plus vieil arbre authentifié dans le monde. On dit que sa protection est assurée depuis plus de 2000 ans.

Là, un temple a été construit autour de l'arbre, protégé par une plateforme. Tout autour : du sable.

Que du sable bien chaud. Et bien sûr, l'interdiction de porter ses chaussures.

Le complexe était magnifiquement décoré de fanions colorés, lors de mon passage, pour souligner le nouvel An cinghalais. Les Sri-lankais dévots priaient avec un respect remarquable. On pouvait s'approcher de l'arbre un peu vers l'arrière de la plateforme.

J'utilisais donc la stratégie du « Ouch ! Ouch ! Ouch ! Assis ! » pour progresser en supportant la douleur. Trois pas et un petit repos pour les pieds. Pendant que les Srilankais riaient de me voir claudiquer, comme les autres touristes, j'avais mis de côté toute mon admiration pour le vieil arbre en me demandant comment je regagnerais la sortie.

J'ai marché plus lentement pour le reste de la journée et je n'ai mis mes pieds à l'épreuve que pour de longues marches dans des chaussures confortables jusqu'à la fin du voyage. Le Sri Lanka offre d'ailleurs des occasions incroyables pour des randonnées magnifiques au rocher de Sigiriya, au bout du monde dans le parc national de Horton Plains ou jusqu'au sommet du pic d'Adam.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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