Les montagnes Jaunes, coûte que coûte

Quand on veut, on peut! Des beaux mots puissants qui ont tendance à encourager... (La Nouvelle, Jonathan Custeau)

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La Nouvelle, Jonathan Custeau

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Quand on veut, on peut! Des beaux mots puissants qui ont tendance à encourager les horaires chargés réglés au quart de tour. C'est précisément parce que je voulais, et que visiblement, je pouvais, que j'ai organisé un périple frénétique vers les montagnes Jaunes en Chine.

Quand un guide touristique nous dit «si vous ne devez voir qu'une chaîne de montagnes en Chine, choisissez celle-là», on se sent un peu dans l'obligation d'obéir. Les montagnes Jaunes, ou monts Huangshan, sont situées à l'ouest de Shanghai, un peu en retrait de la route traditionnelle des touristes, qui forment souvent un triangle entre Shanghai, Xi'an et Pékin.

Qu'à cela ne tienne, sur papier, tout indiquait que j'arriverais à effectuer l'aller-retour Shanghai-Huangshan, sans négliger l'ascension, en un peu moins de 24 heures.

Je suis donc parti en soirée, avec ma première expérience de train de nuit en Chine, vers la petite ville de Tunxi. On racontait qu'il s'agissait un peu du camp de base pour atteindre les montagnes.

Je suis arrivé à Tunxi en matinée, où on m'informe qu'il faut deux heures de plus pour atteindre Huangshan. Suffit d'aller à la gare et de demander pour un autobus qui s'y rend.

Pendant que d'autres touristes s'échappent de la gare, des Chinois crient en arpentant le stationnement. «Où est le bus pour Huangshan?» que je demande à une femme qui s'époumonait. Elle me pointe alors une minifourgonnette; me pousse pratiquement à l'intérieur.

Pas que je n'avais pas confiance (quoique!), mais les Chinois ne nous diront jamais qu'ils n'ont pas compris notre question. Je ne pouvais que me croiser les doigts en espérant arriver à bon port. Et j'ai attendu. Attendu, attendu, attendu. Parce que les minifourgonnettes ne partent que lorsqu'elles sont remplies à pleine capacité, ce qui peut prendre beaucoup de temps.

Nous nous sommes élancés, quittant rapidement la petite ville pour traverser des champs, des campagnes vides comme on ne croit pas en voir dans un pays pourtant surpeuplé. Au milieu de nulle part, on s'arrête pour laisser descendre un passager. Pas d'arrêt de bus, pas de signalisation, juste un arrêt impromptu.

J'ai dit que je m'inquiétais? Si on me larguait là, au bord d'une route à peine passante, il me faudrait probablement des années pour trouver une façon de rentrer en ville.

C'est quand la femme, celle qui s'époumonait, s'est mise à crier de nouveau en me regardant que j'ai senti que j'étais perdu. «Elle veut savoir où tu vas», m'a traduit une passagère, m'invitant à la suivre au moment où elle descendrait. Rendu là, ce n'était qu'une énorme profession de foi. La jeune fille m'a placé dans un autobus, un vrai, qui m'a finalement mené au pied de l'immense formation rocheuse.

Les monts Huangshan sont effectivement très impressionnants. On parcourt ces rochers énormes en grimpant et en descendant des volées d'escaliers, certaines très, très abruptes. Un de ces escaliers, une échelle à vrai dire, monte pratiquement à 90 degrés.

Je n'ai pu y passer que quelques heures, sachant qu'il me faudrait deux autres heures pour atteindre Tunxi de nouveau, d'où partait, en matinée, mon bus vers Shanghai.

Le retour a été ponctué d'un autre bel imbroglio. J'étais aussi dans une autre des ces minifourgonnettes remplies bien plus qu'à ras bord. J'étais silencieux, à l'arrière, les genoux dans le front, quand la femme qui crie (elles en font une habitude!) me pointe et me fait signe de descendre.

Nenon! Moi je ne bouge pas tant que je ne reconnais pas la gare d'où je suis parti. En réalité, la dame espérait transférer une partie de sa cargaison vers un autre véhicule pour gagner un peu d'espace.

Après ma nuit à Tunxi, une autre minifourgonnette m'a cueilli pour m'emmener vers le bus interurbain qui se dirigeait à Shanghai. C'est là que j'ai compris qu'il s'agissait d'un réseau parallèle qui touche une commission en prétendant apporter des clients étrangers aux compagnies d'autobus. Au coin d'une rue, le mastodonte s'est arrêté à côté de notre minifourgonnette et m'a laissé monter dans un habitacle déjà rempli.

Sur la route du retour, j'ai compris pourquoi le taux de mortalité sur les routes chinoises est élevé.

C'est sans compter ce passager qui, à l'aide d'un marteau, a menacé de défoncer les fenêtres si le chauffeur n'activait pas l'air conditionné.

Si vous prévoyez visiter les monts Huangshan, donnez-vous donc un peu plus de temps... et évitez l'autobus autant que possible.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

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