Les donneurs de leçons

C'est à La Havane, à Cuba, que j'ai... (La Nouvelle, Jonathan Custeau)

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C'est à La Havane, à Cuba, que j'ai rencontré le pire des donneurs de leçons.

La Nouvelle, Jonathan Custeau

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Participer à une course autour du monde? Je ne dirais pas non! Je n'aurais probablement pas le temps de visiter, mais j'imagine que j'aurais un aperçu d'une poignée de cultures, de traditions, qui me donneraient envie, ou pas, de retourner dans certains de ces pays.

Ceci dit, dans la vraie vie, je ne voyage pas en essayant de devancer qui que ce soit. Si je jalouse ceux qui en ont vu plus que moi, c'est justement parce que je sais que je manquerai de temps pour voir tout ce que j'ai envie de voir.Pas de doute, si j'avais su plus tôt ce que je sais maintenant, je me serais joint aux voyages scolaires au secondaire. J'aurais participé aux stages humanitaires au Cégep. J'aurais pris mes étés pour décamper. J'aurais organisé des sessions d'étude à l'étranger à l'université.

Ce n'est pas une compétition! Certains tentent toutefois de nous faire croire le contraire. « J'ai visité 100 pays », clameront les uns. « 112! » rétorqueront les autres comme s'il fallait leur décerner une médaille.

Et il y a tous ces donneurs de leçons. Insupportables! S'il y a une chose que j'ai toujours cru, c'est que la communauté de voyageurs, de ceux qui prennent le large pour un peu plus que de collectionner les tampons dans le passeport, fait preuve de beaucoup de respect et de tolérance. Idée préconçue.

C'est peut-être qu'on s'agglutine avec les gens qui partagent les mêmes intérêts. Ils sont nombreux ceux que j'écouterais pendant des jours, pendant qu'ils me raconteraient un festin de fourmis dans un pays que je connais peu, une expédition dans une montagne que je rêve de grimper ou la traversée de l'Australie en minibus.

À l'autre bout du spectre, il y a ceux qui se plaignent de l'odeur du shampoing fourni dans un hôtel de luxe, mais surtout, ceux qui voudraient montrer qu'ils ont tout vécu. Eux, ils ont fait tellement de trucs dangereux. Eux, ils ont dormi sur la plage, marché sur du charbon ardent et médité avec les moines tibétains. Eux, ils vont te dire que tu ne comprends rien à la vie tant que tu n'as pas médité avec les moines tibétains.

Ceux-là, ils riront de toi parce que tu as payé trop cher pour ta couchette dans le train. T'es là pour deux semaines? Ils riront en disant que c'est bien trop court pour vivre quoi que ce soit.

J'en ai rencontré un comme ça à Cuba, dans une auberge de La Havane. Il traversait la rue sans regarder en pestant contre les chauffards qui le frôlaient. Il ne me laissait pas négocier le prix de mes babioles, me disant qu'on n'accepterait jamais les prix que je proposais. Lui, il connaissait les prix du marché.

Un soir où plusieurs voyageurs échangeaient sur leurs coups de coeur, il a entrepris de critiquer ma façon de voyager. J'avais traversé, souvent vitement, une vingtaine de pays en six mois. Selon sa définition, je ne pouvais pas me targuer de voyager. Parce que lui, il avait passé neuf mois en Amérique du Sud et il jugeait qu'il n'avait rien vu.

Les autres convives ont quitté un à un à défaut de lui foutre une baffe en pleine gueule. Visiblement, ils n'approuvaient pas.

On pourrait argumenter toute la nuit à savoir ce qu'il faut pour dire qu'on a visité un pays. Mais ce n'est pas une compétition, vous vous rappelez? Qu'on passe une heure ou un an à un endroit, si on y a vu quelque chose qui nous a marqué, si on y a vécu quelque chose, alors on y est allé. Vrai que les expériences seront différentes selon les situations. Et après?

Je n'ai pas mangé de scorpion en Chine. Et après? Je n'ai pas vu une seule plage en Thaïlande. Et après?

Les donneurs de leçons, d'après moi, n'ont pas beaucoup de plaisir à faire ce qu'ils font s'ils ont besoin de nous faire la morale. Heureusement, la plupart du temps, ils nous trouvent trop peu intéressants pour nous embêter bien longtemps.

Suivez mes aventures au www.montourduglobe.com

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