Allons tous vivre sous un tronc d'arbre

On aimerait offrir de quoi se couvrir aux... (La Nouvelle, Jonathan Custeau)

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On aimerait offrir de quoi se couvrir aux enfants du désert de Jaisalmer, mais on n'arriverait pas à les aider tous.

La Nouvelle, Jonathan Custeau

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On a tous un ami qui s'est rendu disponible pour du travail humanitaire dans les champs de café au Nicaragua, pour reconstruire Port-au-Prince ou pour enseigner la flûte dans des huttes au Botswana. Ou peut-être pas!

Mais il arrive de temps en temps qu'on entende des gens revenant de voyage nous faire la leçon sur notre façon de mener notre vie ici. Après avoir côtoyé la misère et la pauvreté, après avoir vu la vie qui use parce qu'elle refuse d'être facile, on serait insensible de ne pas se considérer chanceux.On pourrait donc tous vendre notre télévision, boycotter internet, s'affranchir de l'électricité et aller vivre sous un tronc d'arbre, comme ça, sans les quinze paires de chaussures qui dorment au fond de la penderie, sans le dispendieux cadre dans les quatre chiffres accroché au salon, sans le matelas douillet sur lequel on s'endort toutes les nuits. On pourrait.

Mais envoyer une télévision qui fonctionne toujours au dépotoir ou réduire en pièces les collections de vêtements des grands magasins ne contribuera pas à donner plus de confort à ceux qui ont l'habitude de préparer leurs repas à même le sable des déserts.

Consommation responsable, vous dites? Eh ben voilà! J'ai bien une rage de ménage, de temps en temps, quand je reviens de l'étranger. Trop de choses que j'accumule. Trop de choses qui ne servent à rien et que je pourrais donner.

C'est surtout pour consommer de façon plus intelligente, pour ne pas gaspiller l'argent que j'ai la chance de gagner ici. On le réalise quand on réussit à vivre avec trois t-shirts, deux pantalons et quelques autres objets qui entrent tous dans un petit sac à dos. Si je suis parvenu à vivre de cette façon pendant six mois, à quoi bon encombrer le sous-sol de vieilleries... au cas.

À défaut de m'imposer de ne manger qu'une fois par jour pour sauver le monde de la famine, je suis devenu plus sensible aux catastrophes qui touchent les autres pays. Je réalise que les inondations, parce qu'elles surviennent en Inde ou au Pakistan, ne sont pas moins catastrophiques que le déluge qui a frappé le Saguenay dans les années 1990. Je donne pour les aider. Je me renseigne sur les affrontements politiques à Hong Kong, les typhons et les tremblements de terre au Japon, les volcans qui menacent de se réveiller en Nouvelle-Zélande.

J'ai vu, au Vietnam, un enfant qui s'amusait sur une moto immobilisée. Il a chuté. Sa tête a frappé violemment contre le béton. Il a éclaté en sanglots. Son père, à un jet de pierre, n'a pas bronché. Le reste de sa marmaille observait la scène, impassible. J'aurais voulu consoler l'enfant, mais le geste aurait été déplacé.

Les enfants, justement, sont entassés dans des garderies où on invite les touristes, en Afrique du Sud. Tous ces Blancs venus de loin se précipitent pour faire des photos, pour prendre les gamins dans leurs bras... Comme si c'étaient des objets qu'on pouvait exploiter pour quelques pièces. S'agit-il vraiment d'une manière d'aider la communauté?

Idem pour les bonbons qu'on apporte aux enfants des villages défavorisés, comme ceux de Huayllaccocha, au Pérou. Ont-ils seulement le nécessaire pour une bonne hygiène dentaire? Ainsi avions-nous décidé de leur apporter du pain, plutôt que des bonbons, une denrée rare dans les montagnes péruviennes.

J'aurais voulu offrir de quoi se couvrir aux enfants d'un village minimaliste de l'Inde, en bordure d'une route du désert de Jaisalmer. Mais je n'aurais évidemment pas été capable de les aider tous.

J'aurais voulu venir en aide à cet homme, toujours en Inde, qui m'a suivi pendant près d'une heure à Khajuraho. Il disait appartenir à la caste la plus basse, celle qui est pratiquement réduite à mendier. Il disait avoir 32 ans. Son visage en avait au moins 45. Ses dents étaient dans un piètre état. De profondes rigoles s'étaient creusées dans son front, sous ses yeux.

Je lui avais dit d'emblée que je ne le paierais pas, parce que je ne souhaite pas encourager les plus pauvres à harceler les touristes pour quelques sous. Au Brésil, d'ailleurs, ils enseignent aux enfants à offrir un produit aux touristes plutôt que de mendier. L'homme de Khajuraho a promis qu'il ne demanderait pas d'argent. Il a tendu la main, plein d'espoir, au bout d'une heure. J'ai eu le coeur serré, mais j'ai dit non. Parce qu'il faut aussi respecter ses ententes.

Vrai qu'un dollar d'ici peut faire toute une différence pour bien des familles de l'Asie ou de l'Afrique. Mais on ne pourra jamais les aider tous. Alors je préfère ne pas débarquer chez eux comme un roi plein aux as, je tente de respecter les coutumes, de protéger leur environnement, et surtout, de m'ouvrir l'esprit.

Pour moi, on ne change pas le monde en allant vivre sous un tronc d'arbre. On le change en détruisant un préjugé à la fois, en réalisant que la vie d'un Africain qui meurt de l'Ebola vaut autant que celle d'un Américain qui contracte la même maladie ou en ne laissant pas un peuple se noyer sous ses inondations parce qu'il vit à l'autre bout de l'Asie. Je suis de ceux qui croient qu'il faut savoir apprécier le confort dont on profite ici, mais qu'il faut aussi parfois lever les yeux de son nombril.

Suivez mes aventures aux www.montourduglobe.com

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