Rick Hughes: pas le seul à aimer ça, le rock

Rick Hughes : « Il y a moyen... (Spectre Média, Stéphanie Vallières)

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Rick Hughes : « Il y a moyen de ne pas être le chouchou des décideurs et d'avoir quand même un public. »

Spectre Média, Stéphanie Vallières

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Dominic Tardif
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / « Est-ce que je suis le seul à aimer ça, le rock? » demande Rick Hughes au public de la Fête du lac des Nations. C'était il y a trois semaines.

« Est-ce que vous vous attendez à un show rock? Parce que pour moi, un show rock, c'est une communion, pis pour qu'il y ait une vraie communion, faut que tout le monde ait du fun », poursuit-il dans son t-shirt Harley Davidson, ses bottes de cuir et son jean d'une étroitesse qui confinerait au ridicule, et à une pénible circulation sanguine, la vaste majorité des hommes de 54 ans. « Rick a le corps d'un gars de 30 ans », me disait un peu plus tôt en arrière-scène sa blonde Nancy, des étincelles dans les yeux.

Nous sommes mercredi soir et un simple bon chanteur s'acquitterait de ce tardif spectacle (22 h 30) sur une scène secondaire avec le professionnalisme de celui qui sait respecter un contrat. Rick Hughes n'est pas, selon toute vraisemblance, qu'un simple bon chanteur et semble incapable de traiter ce spectacle comme un show parmi tant d'autres.

Regardez-le fausser compagnie à ses musiciens, après tout juste quelques mesures, pour descendre de scène et rejoindre une foule tout aussi colorée qu'imposante, composée d'attendrissantes dames un brin cocktails devant lesquelles il se mettra à genoux pendant un medley d'Elvis. Regardez-le accueillir généreusement chacun des fist bumps auxquels le soumettent ces jeunes hommes vêtus de chandails de Pink Floyd et de Led Zep. Visiblement, Rick Hughes n'est pas le seul à aimer ça, le rock.

Le chanteur amorçait ce soir-là une série de cinq spectacles en autant de soirs, séquence d'une rarissime exigence pour un musicien québécois. Entre ses prestations en solo, la revue musicale American Story Show, au sein de laquelle il partage l'affiche, et le retour sur scène de son mythique groupe metal Sword, qui reprend du service cet automne à l'occasion d'une poignée de dates au Québec et en Europe, Rick Hughes atteindra encore cette année la marque des 100 concerts. Paradoxe troublant : Rick Hughes compte parmi les artistes les plus occupés au Québec, tout en demeurant pour l'essentiel absent des écrans télé et des ondes radio.

« Il y a moyen de ne pas être le chouchou des décideurs et d'avoir quand même un public », se réjouit-il au cours d'une intense conversation backstage, durant laquelle ses yeux demeureront constamment rivés aux miens. Nous sommes tous les deux assis au bout de nos chaises, penchés l'un vers l'autre.

« Comment je réussis à avoir un public, sans le support de certains grands décideurs? En étant gentil avec le monde. En donnant des bons shows. En étant accessible », explique-t-il, alors que nous évoquons un parcours jonché d'écueils, amorcé en 1995 avec la parution d'un premier album portant son nom à lui. Bien qu'il se soit réconcilié avec cette carrière certes aujourd'hui prospère, mais menée sans l'approbation de la proverbiale industrie, Rick se permet néanmoins une petite critique de la surdité partielle de ceux qui sélectionnent ce qui retentit sur la bande FM.

« Tu ne trouves pas ça bizarre qu'au Québec, Metallica, AC/DC, Iron Maiden présentent des shows sold out et que les radios n'en jouent pas? Dans mon show, quand je fais du Metallica ou du AC/DC, le monde vient fou, mais si je fais une petite balade smooth comme on en entend à la radio à longueur de journée, les gens partent aux toilettes. Il y a plein de bons jeunes groupes de rock québécois qu'on n'entend jamais à la radio. Es-tu capable de m'expliquer ça? »

Parlons ornithologie

A bird doesn't sing because it has an answer, it sings because it has a song. Un oiseau ne chante pas parce qu'il a une réponse à donner. Il chante parce qu'il porte une chanson à l'intérieur de lui et qu'elle doit sortir. Voilà la maxime que me propose Rick Hughes quand je lui demande pourquoi, par-delà la nécessité de mettre des légumes sur sa table, il se soumet à un pareil horaire de forcené.

Mais si Rick Hughes se dépense autant, c'est sans doute surtout à cause à son hyperconscience de sa finalité et de celle des gens qui l'entourent, une ombre qui le taraude sans cesse et à laquelle la scène lui permet de se dérober.

« Notre père, c'était notre héros », se rappelle-t-il, au sujet de son paternel, lui aussi musicien, mort trop tôt alors que Rick n'avait que huit ans. « Quand on a commencé à chanter Lulu [sa soeur] et moi, on avait pour mission de terminer ce que notre père avait commencé. La colère qui m'habitait a façonné le rockeur que je suis devenu, parce que lorsque t'as personne pour te défendre, faut que tu te défendes tout seul. Tu dois devenir grand avant ton temps. »

Puis nous parlons de sa mère, partie le 8 janvier dernier, 82 ans jour pour jour après la naissance de son idole à elle, Elvis Presley, une coïncidence au creux de laquelle Rick ne peut s'empêcher de cueillir un signe que l'existence et l'univers ne logent pas toujours à l'enseigne de l'incohérence et du chaos.

« Il y en a dans mon public de ce soir qui vont peut-être s'en aller cette année, qui vont peut-être tomber malades », observe-t-il sur un ton plus lumineux que ce que la gravité des mots suggère. « Ils ne seront plus là la prochaine fois. Le groupe de personnes qui est là devant moi, il est là juste une fois. Il va y en avoir un autre demain, un show, mais ce ne sera plus la même magie qui va opérer. Ce qui va arriver tantôt, ça va arriver juste une fois. »

Faque dis-moi Rick, c'est quoi le rock pour toi? J'ose ma question fétiche et Rick ramasse la guitare qui dort dans son étui sur la table d'à côté - c'est vraiment plus fort que lui - le temps de me jouer des extraits de That's All Right (Mama) d'Elvis et de Rock and Roll de Led Zeppelin. « C'est ça le rock », conclut-il tout sourire, après cette brève et intime performance.

La réponse m'amuse par son laconisme, mais ne me satisfait pas autant que celle plus puissante que Rick m'offrira, sans le savoir, tantôt sur scène, en se signant de la croix pendant Long As I Can See The Light de CCR, avant de pointer vers le ciel, comme pour désigner ce transcendant mélange de grâce et d'apaisement que seul le rock sait lui procurer.

*****

Rick Hughes se joint à l'OSS le 19 août à Chartierville à l'occasion d'un concert extérieur hommage aux Beatles. Il présente le Rick Hughes Show le 1er septembre au Cabaret Eastman. La tournée de la revue American Story Show s'arrête au Centre culturel de l'UdeS le 15 septembre.




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