Men Without Hats : c'est juste de la musique

Ivan Doroschuk, de Men Without Hats, au sujet... (La Presse, Édouard Plante-Fréchette)

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Ivan Doroschuk, de Men Without Hats, au sujet du tube The Safety Dance : « J'ai fini par comprendre que The Safety Dance est une bénédiction, que c'est une chanson plus grande que moi. C'est comme si c'était mon devoir de la présenter. »

La Presse, Édouard Plante-Fréchette

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Dominic Tardif
La Tribune

CHRONIQUE / En 1986 ou 1987, Ivan Doroschuk et son frère Stefan s'arrachent les cheveux derrière la gigantesque console d'un des quatre luxueux studios de Londres, où ils parviendront éventuellement à compléter leur troisième album, Pop Goes the World.

« On était en train d'écouter une chanson pour la millième fois quand Derek Shulman entre et nous voit dans cet état-là », se rappelle 30 ans plus tard le leader de la formation montréalaise Men Without Hats. Derek Shulman avait, lui, été dans une autre vie le chanteur du groupe prog rock Gentle Giant, et agissait comme cadre pour l'étiquette PolyGram.

« Derek entre et il voit comment on sue et on stresse. Et là, il nous dit, pour nous calmer, sur un ton vraiment amusé : « Guys, it's only rock records. Don't take yourself too seriously. » Les gars, c'est juste un album de rock que vous enregistrez. Ne vous prenez pas trop au sérieux. Ivan mettra encore plusieurs années à réellement assimiler la bienveillante maxime du vétéran.

Malgré ses verres fumés vissés au visage, sa taille de jouvenceau et son manteau de cuir sous le soleil qui tape, Ivan ne conserve de son passé que le costume de la vedette insolente (il en fut jadis une, de son propre aveu). Ivan prononce son prénom comme votre oncle Yvan, mais ressemble davantage, grâce à sa voix grave et sa sagace autodérision, à une sorte de bouddha post-punk, imperturbablement cool. Ce qu'il n'a pas toujours été.

« Pendant la tournée de Pop Goes the World, quand je voyais des posters qui présentaient le band en se servant de The Safety Dance (1983) pour faire notre promotion, je les arrachais », se rappelle-t-il, en évoquant une version de lui-même beaucoup plus agitée, refusant violemment d'être réduit à une seule chanson, pourtant seulement quatre ans après sa parution.

Le fondateur de Men Without Hats était alors tiraillé, comme bien des victimes d'un succès tout aussi foudroyant qu'imprévu, entre la pression d'une maison de disques espérant un nouveau hit, et sa propre volonté d'enregistrer, en indocile héritier du punk, l'album qu'il voulait bien enregistrer.

« J'étais jeune et créatif et je voulais mettre de l'avant mes nouvelles chansons. J'ai passé ma vie à tenter de me détacher de Safety Dance et j'ai perdu de vue pourquoi les gens m'aimaient. Je pensais en fait qu'on m'aimait juste pour moi, parce que j'étais tellement bon. Quand j'ai fait mon album dance, The Spell (1997), j'ai dit : ''On va le lancer sous le nom Ivan, tout le monde sait qui je suis. '' J'ai constaté que non seulement, personne savait qui était Ivan, personne savait qui était Ivan Doroschuk. »

Ce groupe des années 80 ne comptant plus qu'un membre original

Ce n'est donc que depuis quelques années que Ivan embrasse réellement l'amour immortel de la planète pour The Safety Dance, ubiquitaire refrain sans cesse repris depuis sa parution par la télé, le cinéma et la pub. Après s'être installé à Victoria il y a 14 ans, Ivan mène la vie tranquille de père à la maison, bien assis sur le généreux coussin qu'a placé sous ses fesses ze hit. Il refuse longtemps toutes les propositions (nombreuses) de producteurs souhaitant récolter avec lui les fruits toujours juteux de la nostalgie.

« Je te dirais ben franchement que lorsque j'ai vu pour la première fois un de ces vieux groupes Motown sur PBS [la chaîne publique américaine diffuse souvent des spectacles réunissant des versions gériatriques de groupes soul des années 1960], je me suis dit : C'est triste. Je prie le Bon Dieu pour ne pas finir comme ça. Et là, je ris man, je ris! J'ai vu un poster parodique récemment d'un faux festival et c'était rempli de noms comiques inventés, puis juste en bas, c'était écrit : ''That 80's band with one original member''. »

Ce groupe des années 1980 ne comptant plus que sur un membre original, c'est en plein Men Without Hats (si on exclut la présence du frère de Ivan, Colin, qui se joint exceptionnellement à leur caravane estivale, qui s'arrêtera au ShazamFest vendredi). Entouré de jeunes musiciens, Ivan sillonne aujourd'hui le circuit des festivals réunissant des groupes d'un ou deux tubes, et participait même récemment à la 80's Cruise, une croisière célébrant la musique de la décennie cocaïnée.

Mais par quel genre de foudre Ivan a-t-il été frappée pour retourner ainsi son chandail de bord? « Je pense que j'ai peut-être aujourd'hui un peu plus de sagesse », répond celui qui fêtera ses 60 ans en octobre. « J'ai fini par comprendre que The Safety Dance est une bénédiction, que c'est une chanson plus grande que moi. C'est comme si c'était mon devoir de la présenter. »

Men Without Hats aura aussi pu profiter de sa mini-tournée de la province pour défendre sa place au panthéon des plus importants artistes québécois, étiquette que l'on épingle rarement au perfecto de Ivan, à son grand regret, malgré son triomphe planétaire et une discographie plutôt consistante (particulièrement l'album rock Sideways, créé avec Michel Langevin de Voivod en 1991). Dans les années 1960, Betty et Eugene, ses parents, arrivaient au Québec, et choisissaient d'envoyer leurs fils à l'école française.

« L'histoire de deux parents unilingues anglophones du Manitoba qui s'installent à Montréal et qui sont francophiles, ce n'est pas une histoire que les Québécois semblent aimer raconter », explique-t-il dans un français toujours impeccable malgré l'exil, en suggérant que le mouvement nationaliste ait préféré mettre en lumière un Montréal anglophone refusant l'intégration, afin de servir son discours.

Mais s'il chante aujourd'hui ses succès d'une manière à ce point décomplexée, c'est peut-être aussi qu'Ivan en aura mis du temps avant de réellement parvenir à incarner le message de The Safety Dance, ode à l'indépendance d'esprit et à l'insouciance dans le respect de l'autre, écrite à la sortie d'un club où le videur l'avait empêché de danser le pogo.

« Ce que répète Safety Dance, c'est : Fais ce que ton coeur te dit de faire et ne tiens pas compte de la pression que les autres te mettent sur les épaules. Suis ton coeur. »

Men Without Hats monte sur la scène du ShazamFest de Barnston-Ouest le 14 juillet.




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