Hélène Gravel : le plaisir du débat 

Hélène Gravel effectue son retour à la radio... (Spectre Média, René Marquis)

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Hélène Gravel effectue son retour à la radio le 26 juin, sur les ondes du 107,7 FM.

Spectre Média, René Marquis

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Dominic Tardif
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / C'est presque devenu un cliché de le répéter : le débat compte parmi les sports qu'aime le moins pratiquer l'homo quebecus, trop inquiet qu'une bonne conversation vigoureuse ne tourne à la chicane, et que quelqu'un se blesse. « La démocratie, pour moi, c'est le plaisir de pouvoir débattre », insiste Hélène Gravel, en appuyant sur le mot plaisir. C'est entre autres pour cette raison, pour le plaisir des idées qui s'entrechoquent, qu'elle renouera avec un micro de radio sur les ondes du 107,7 FM dès le 26 juin, dans Que l'Estrie se lève.

Je lui fais remarquer que pour une femme d'affaires (elle dirige l'Agence Continuum, spécialisée en placement de personnel et de recrutement de main-d'oeuvre), émettre ses opinions acérées sur la place publique ne correspond pas forcément au plus sage des calculs, encore moins dans cette communauté aussi petite qu'un lit king qu'est Sherbrooke. Je lui fais aussi remarquer que les mots plaisir et débat se croisent rarement dans la même phrase.

« Pour moi, une société incapable de débattre, c'est une société qui n'avance pas. Quand on débat dans le respect, on peut réellement déboucher sur des idées nouvelles. On a aussi le droit de parfois dire ''Woups, je me suis trompée''. C'est l'intérêt pour moi de faire de la radio parlée que de pouvoir témoigner d'une pensée en mouvement. Mais le débat, à mes yeux, c'est d'abord des idées. Pas du bashing », précise celle qui a étudié en sciences politiques et en administration, et qui a occupé son premier micro dans son Saguenay natal, après qu'une oreille alerte lui ait signalé qu'elle avait la voix (veloutée) de l'emploi. Elle occupera par la suite à quelques occasions des chaises de chroniqueuse et de commentatrice, sans jamais vouloir faire des médias la pierre angulaire de sa carrière.

« C'est fini les clans et la partisanerie »

Ça étonne forcément Hélène Gravel, qu'on lui rappelle encore presque chaque jour certaines des idées phares de sa dernière plateforme électorale. Ça la flatte aussi, c'est l'évidence, bien que pas assez pour se lancer à nouveau dans la mêlée. Elle participera néanmoins à sa manière à la prochaine course en observant à la lumière d'un regard qu'elle dit neutre les idées de son ancien adversaire et de ceux qui tenteront de l'empêcher d'obtenir un troisième mandat.

« Je pense que Bernard [Sévigny] devrait s'en aller pour aucune autre raison que parce qu'il a changé d'idée... comme bien d'autres l'ont fait avant lui.... malheureusement », regrette-t-elle au sujet de la promesse brisée du maire de disparaître dans l'horizon après deux mandats. « Je pars du principe que chaque personne qui s'investit en politique le fait parce qu'il a le goût d'aider et de faire avancer certains dossiers, mais au bout de huit ans, parfois, je me pose la question : « Est-ce qu'on ne peut pas prendre pour acquis certaines choses et penser que la municipalité nous appartient? » »

« À Sherbrooke, on va donner la chance à tout le monde de s'exprimer. On va cesser de travailler chacun dans son coin. C'est fini les clans et la partisanerie », claironnait sur un ton pimpant Hélène Gravel dans une publicité télévisée lors de sa deuxième campagne à la mairie, celle de 2009. Huit ans plus tard, la partisanerie semble infléchir plus que jamais les séances du conseil municipal.

« Je suis contre la présence de partis politiques au municipal, parce que si on n'est pas capable de débattre autour d'une table sans avoir l'impression qu'il faut dire la même chose que son voisin juste parce qu'il est du même parti que nous, on ne s'intéresse pas aux idées. Présentement lorsqu'une personne critique un projet du parti du maire, elle est d'abord considérée comme une personne de l'opposition, pas comme une personne qui émet une idée. Si on prenait parfois le temps de réfléchir à une proposition de l'adversaire, on y trouverait peut-être des points positifs qui pourraient bonifier la proposition première. Ce que je n'aime pas, c'est qu'on rejette du revers de la main tout ce qui ne vient pas du Renouveau sherbrookois. Je chéris l'indépendance d'esprit et c'est visiblement difficile d'en avoir au sein d'un parti. »

Sherbrooke, pas assez audacieuse

« Je suis une fille très résiliente. À partir du moment où j'ai perdu, ça m'a pris une semaine à faire mon deuil et j'ai tout de suite remis mon attention ailleurs », assure Hélène Gravel, au sujet de sa défaite par 122 voix en 2009. Le désir d'accéder à la mairie semble l'avoir complètement désertée.

Ce qui ne l'empêche pas de toujours porter certaines idées près de son coeur, de penser que Sherbrooke ne tire pas suffisamment profit, au plan économique, du savoir que font bourgeonner les deux universités qui trônent sur son territoire, ou que notre vision de l'aménagement urbain souffre d'un lourd déficit de clairvoyance.

« Je n'étais pas pour le développement du Plateau Saint-Joseph. Ça aurait été beaucoup mieux de revitaliser certains secteurs qui en avaient besoin, dont Fleurimont et le centre-ville, en s'appuyant sur le patrimoine bâti », signale celle qui contemple d'un oeil favorable le projet Well inc. « On est dans un contexte de vieillissement de la population et les gens âgés veulent des services de proximité. »

« J'ai aussi par exemple toujours été contre le Centre de foires », poursuit la jeune quinquagénaire en revenant sur la notion de proximité et de vie de quartier, dont le Plateau Saint-Joseph incarne l'exact contraire. « On me disait : ''Voyons, Hélène, on va manquer l'opportunité d'avoir une subvention fédérale.'' On savait que Drummondville allait avoir la même subvention et qu'elle serait mieux située pour attirer des clients. Est-ce qu'on peut arrêter de faire toujours la même chose que les autres? »

Ils étaient plusieurs à s'imaginer qu'elle quitterait pour Québec après son revers électoral, parce que son chum y habite, une éventualité qui n'a jamais effleuré l'esprit de celle qui revendique fièrement le titre de Sherbrookoise d'adoption depuis maintenant 23 ans. Ses filles, sa petite-fille, ses amies et son entreprise sont ici, explique-t-elle simplement. Ne manque à Sherbrooke qu'un peu d'audace - un mot qu'elle emploie souvent. Quel genre d'audace? Celle de faire fleurir ses propres projets, et de ne plus toujours copier sur le voisin.




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