Si Yves Nadon était ministre de l'Éducation

Yves Nadon : « Si les ados décrochent,... (Spectre Média, Frédéric Côté)

Agrandir

Yves Nadon : « Si les ados décrochent, ce n'est pas juste parce qu'il n'y a pas de fenêtres et que la cafétéria n'est pas agréable. Je suis capable de vivre avec une école qui n'est pas très belle, pour autant que ce qui se passe à l'intérieur soit beau. »

Spectre Média, Frédéric Côté

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Dominic Tardif
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Martine Arpin de Saint-Lazare, Isabelle Robert de Joliette et Amélie Beaudoin de Drummondville se démènent chaque jour afin que les enfants qui tendent leurs yeux écarquillés vers elles écrivent mieux et plus. Vous devinez bien que ça laisse peu de temps à Martine, Isabelle et Amélie pour devenir architecte de renommée internationale, chantre de la mijoteuse ou gourou du monde sportivo-caritatif. Ce que je veux dire, c'est que Martine, Isabelle et Amélie ne sont pas Pierre Thibault, Ricardo Larrivée ou Pierre Lavoie.

Dans la mesure où elles inventent déjà brillamment l'école d'aujourd'hui, ces trois professeures auraient fort probablement plein d'idées fertiles à fournir au ministre de l'Éducation, afin d'imaginer l'école du futur. Sans doute plus que nos trois souriantes vedettes, même. Elles en partagent déjà plusieurs, des bonnes idées, dans un blogue portant sur l'apprentissage de l'écriture baptisé L'atelier d'écriture au primaire. C'est Yves Nadon qui me raconte tout ça, alors que nous discutons, bien sûr, du projet lab-école, que dirigeront le cuisinier préféré du petit écran et les deux Pierre, apprenait-on il y a quelques semaines, en marge du dépôt du budget provincial.

« Je me retrouve dans une drôle de position par rapport à ce projet, parce que je ne veux pas que les profs, on ait l'air d'une gang de bougonneux, alors que le ministre vient enfin mettre un peu de oumf, de joie, de pétillant, dans notre réflexion sur l'éducation. J'aime bien que le ministre veuille penser en dehors de la boîte », laisse d'abord tomber le pédagogue, en reprenant l'expression chouchou - penser en dehors de la boîte - de Sébastien Proulx. Cette proverbiale boîte dont il faudrait s'affranchir? Yves Nadon ne la connaît tout simplement pas. J'en veux pour preuve ces mezzanines de lecture qu'il avait échafaudées à l'école Notre-Dame-du-Rosaire. À pareille date l'an dernier, la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke en ordonnait la destruction, exemple parfait de splendide idée hors norme torpillée par l'obstination aveugle de bureaucrates s'étant selon toute vraisemblance évadés d'un roman de Kafka.

« Il y a des gens à l'intérieur du système comme Martine, Isabelle et Amélie qui sont capables de penser en dehors de la boîte, précisément parce qu'ils vivent dans la boîte. Ricardo, lui, n'est pas dans la boîte », poursuit celui qui a été prof au primaire pendant 35 ans, et qui mène une tournée presque sans interruption des écoles de la province, où on sollicite ses lumières en tant que consultant. « Je sais qu'il y a des profs dans le système qui font autre chose que ce qui est attendu d'eux, qui cassent le schème administratif. Tout le monde reconnaît qu'ils font du bon boulot. Pourquoi ne pas être allé voir ces gens-là? »

Le projet lab-école de Ricardo and friends travaillera, dit-on, à « concevoir un nouveau milieu de vie qui donne le goût aux enfants d'apprendre », une ambition fort louable compte tenu de l'architecture oppressante de trop d'écoles primaires et secondaires de la province. En fervent lecteur, Yves Nadon signale néanmoins qu'une jolie couverture ne saurait rescaper de la médiocrité un roman moyen.

« Si les ados décrochent, ce n'est pas juste parce qu'il n'y a pas de fenêtres et que la cafétéria n'est pas agréable. Je suis capable de vivre avec une école qui n'est pas très belle, pour autant que ce qui se passe à l'intérieur soit beau. Mais ce qu'on fait à l'intérieur des classes, c'est moins évidemment spectaculaire. »

Du bonheur d'être prof

Si j'étais ministre de la Culture. C'est le titre d'un album publié par D'eux, la maison d'édition que codirige Yves Nadon. En se figurant un monde dont auraient été chassé la peinture, la musique, la littérature et le cinéma, l'auteure Carole Fréchette et l'illustrateur Thierry Dedieu célèbrent par l'absurde le nécessaire oxygène de la création et de l'imaginaire. Le livre, déposé sur la table par mon invité, appelle de lui-même sa question : si vous étiez ministre de l'Éducation, Yves Nadon, comment vous comporteriez-vous?

« Je rêve d'un ministre qui s'assoit par terre avec les enfants, mais aussi qui demande à chaque commission scolaire d'identifier ses cinq meilleurs profs, et qui part en tournée pour les rencontrer, les observer. J'ai une amie, une très bonne enseignante qui, lorsqu'elle s'est fait nommer au ministère de l'Éducation de l'Île-du-Prince-Édouard, a posé une seule condition : que son bureau soit dans une école. Je rentre souvent dans les bureaux de commissions scolaires et il y a un calme là qu'il n'y a pas ailleurs, et qui n'a pas de bon sens. Tu finis par oublier pour qui et pour quoi tu travailles. »

À quoi ressemblerait l'école du futur, s'il n'en tenait qu'à Yves Nadon? À plus de livres en classe, et à moins de notes. Les évaluations de type A+, B- et C placent, observe-t-il, le professeur dans la double et difficile posture du coach et de l'arbitre.

Elle serait aussi peuplée de profs qui chaque jour, sans nier la rude réalité, se rappellent la chance qu'ils ont. « Il y a tellement de bonheur à être prof, on n'en parle pas assez et c'est une gaffe. C'est comme si on avait peur que si on dit qu'on est heureux, on nous réplique d'arrêter de revendiquer des améliorations. On peut revendiquer dans le bonheur. Dire que je suis heureux d'être prof, ça n'enlève rien au fait que je pense que ça pourrait être mieux. »

« L'école de demain, elle va être comme une école de ski », conclut Yves, en employant une de ses formules chéries, qui ne manque jamais de m'amuser. « Elle va être comme une école de ski, parce qu'elle sera rigoureuse ET le fun. J'aimerais que tous les citoyens aient de bons souvenirs de l'école. Ce n'est pas normal qu'autant de gens disent : ''Moi, j'ai pas aimé ça l'école, mais fallait passer par là. '' Il y a aucune autre expérience dans la vie dont on parle comme ça. L'école du futur n'aura pas peur de prôner le plaisir. »




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer