Pour qui se prend Gabriel Nadeau-Dubois?

Gabriel Nadeau-Dubois  : « J'ai 26 ans et... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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Gabriel Nadeau-Dubois  : « J'ai 26 ans et je ne m'excuse pas trois fois avant de poser une critique sévère sur la classe politique. Juste ça, c'est assez pour que certains disent que je suis arrogant. »

Spectre Média, Frédéric Côté

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Dominic Tardif
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Prière d'excuser ce qui ressemble presque aujourd'hui à un cliché : peu de figures publiques ont au cours des dernières années appelé des réactions aussi hyperboliques que Gabriel Nadeau-Dubois, affublé, selon les circonstances et les sensibilités, de l'étiquette d'éveilleur de conscience politique, de face à claques, de flamboyant tribun, de monstre d'ego, de messie de la gauche québécoise, de dangereux émeutier, de nouveau René Lévesque, de révolutionnaire en puissance et de salutaire défenseur des laissés-pour-compte. (Insérez ici votre propre description.)

« On sait surtout ce qu'il ne veut pas : prendre le pouvoir », écrivait Marie-France Bazzo à son sujet dans La Presse+ en mars. « Si c'était le cas, il aurait choisi un véhicule moins marginal que QS. »

« Est-ce que j'ai l'air de quelqu'un qui fait tout ça juste pour participer? » réplique le principal intéressé devant sa bière Clamato, lui-même vraisemblablement étonné par l'analyse de celle avec qui il a partagé un micro à la radio de Radio-Canada. « Ça témoigne de certains préjugés au sujet de Québec solidaire, qui serait un parti qui n'aspire pas à prendre le pouvoir, mais après dix ans, on est rendu ailleurs. La prochaine étape, c'est de grandir rapidement, de prendre le pouvoir rapidement. Je ne serais pas là si je ne visais que le plafond historique de QS de trois députés. »

Le candidat au poste de co-porte-parole des solidaires sait qu'il devra, s'il veut défoncer ce plafond, administrer une transformation extrême (pour parler comme à Canal Vie) au branding (pour parler comme chez les dragons) de sa formation. L'indignation qui soulève présentement le Québec à cause de la rémunération des dirigeants de Bombardier pourrait sans doute trouver écho dans le rêve d'un capitalisme mieux régulé que brandit QS depuis toujours, que je lui fais remarquer.

Mais la litanie d'épithètes plutôt abstraites qu'épingle à son veston en tweed le parti écologiste, féministe, pacifiste, pluraliste, démocratique et souverainiste, l'empêcherait-elle, entre autres facteurs, de matérialiser cette indignation en votes? « Je suis moins dans la liste d'épicerie que mes prédécesseurs, assure GND. Je veux trouver des enjeux qui permettent de parler de tout ça concrètement, et pas seulement déclamer des principes. »

Défi encore plus imposant : déconstruire cette réputation d'arrogance qui lui colle aux fesses. À quoi attribues-tu ce fossé entre le jeune homme affable et posé que tes collaborateurs décrivent, et cette image de Narcisse incapable d'apaiser sa soif de lumière et d'applaudissement qui te pourchasse comme une malédiction? GND me regarde avec des yeux qui hurlent : « Man, j'aimerais tellement ça avoir la réponse à ta question. »

« J'y ai beaucoup pensé dans les dernières semaines et je crois que le facteur le plus important, c'est l'âge », suggère-t-il, comme en réfléchissant à voix haute, même si Gabriel Nadeau-Dubois est sans doute trop intelligent pour réellement réfléchir à voix haute devant un journaliste. « J'ai 26 ans et je ne m'excuse pas trois fois avant de poser une critique sévère sur la classe politique. Juste ça, c'est assez pour que certains disent que je suis arrogant. Il y a des gens qui ne tolèrent pas que des jeunes prennent la parole dans l'espace public de manière affirmée. Ça énerve ceux qui sont confortables. »

« En 2012, poursuit-il, j'ai entendu pendant toute la grève des gens dire : ''Votre place, c'est à l'école, allez donc apprendre, vous ne connaissez rien.'' C'est comme si on disait aux jeunes qui se mobilisent ou qui vont en politique : ''Vous n'êtes pas pleinement des citoyens. Vous êtes des trois quarts de citoyens. Vous avez le droit de vote, mais pour le reste, laissez-nous gérer et débattre entre nous.'' C'est la grosse mode de répéter qu'on veut des jeunes en politique, mais le réflexe, c'est souvent de dire à ceux qui se lancent : ''Pour qui tu te prends, le flo? '' »

Ne pas laisser sa langue devenir bois

La politique, en 2017, est trop souvent cet art consistant à faire sortir des mots de sa bouche tout en s'appliquant à ne rien dire. N'importe quel journaliste ayant dû passer quelques minutes avec un élu le regrettera, sur le ton lancinant de la dépression imminente. Et pourtant, juteux paradoxe, notre écosystème politico-médiatique ne sait résister à la tentation de déchiqueter le premier téméraire osant employer une langue qui ne serait pas faite de bois. Dernier exemple en date : Gabriel Nadeau-Dubois et sa désormais fameuse déclaration sur la classe politique des trente dernières années, qui aurait « trahi » le Québec.

Visiblement toujours aux aguets, Bernard Landry allait brandir les fantômes de René Lévesque, Jacques Parizeau et Camille Laurin afin de fustiger le nouveau venu. Bernard Drainville se dira en « beau calvaire ». Le Parti québécois enverra au front sa jeune députée Catherine Fournier, afin d'inviter son compatriote millenial à se montrer plus « parlable ». Même le député du Bloc québécois Michel Boudrias publiera sur Facebook une lettre à GND incarnant parfaitement ce que signifie l'expression « passif-agressif ».

« Le mot trahison n'était pas nécessaire. J'aurais dû choisir un autre mot », me répète Gabriel Nadeau-Dubois, comme il l'a fait ailleurs. « Mais l'idée fondamentale que j'ai exprimée, que les Québécois sont tannés de comment la politique se fait, et pas juste depuis cinq ou dix ans, je ne m'en excuserai pas. Dire qu'il y a une déception généralisée, un sentiment de trahison dans la population, ça ne veut pas dire que chaque député est un traître. »

Mais c'est la suite de la réponse du poster boy du Printemps érable qui m'intéresse davantage, parce qu'elle indique peut-être la stratégie qu'adoptera Québec solidaire d'ici les élections. GND pourrait-il user de déclarations incendiaires comme d'autant de cris de ralliement adressés aux écoeurés de la province?

« Moi, mon pari, c'est de faire de la politique avec franchise et honnêteté, de ne pas cacher mes convictions, nuance-t-il. Je trouve ça révélateur que des chroniqueurs qui ont critiqué la classe politique, parce qu'elle s'en remet à une cassette, me rentrent dedans dès que je sors un petit peu de la cassette. Quand, pendant 48 heures, tout le monde te dit que ton entrée en politique est ratée, que c'est une catastrophe, c'est quoi le réflexe de n'importe quel être humain? C'est de se recroqueviller, d'être ultra prudent. Et c'est ce qui finit par donner la cassette, la langue de bois. Je préfère accepter de me faire rentrer dedans, même si c'est dur, parce que je ne veux pas avoir la langue de bois. »




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