Pierre Curzi: «Si c'était à refaire, je ne quitterais pas le PQ»

Pierre Curzi : « Une des raisons pour... (Spectre Média, Julien Chamberland)

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Pierre Curzi : « Une des raisons pour lesquelles je n'en parle plus tellement, de la langue, c'est parce que je pense que je suis un vieux véhicule. Le vrai problème, c'est qu'on ne sait plus trop comment parler de langue française. »

Spectre Média, Julien Chamberland

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Dominic Tardif
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Rares sont les ex-politiciens osant admettre avec autant de candeur s'être peut-être déjà trompés. En ce dimanche après-midi, Pierre Curzi et moi jasons de plein de choses, entre autres de l'arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois chez Québec solidaire, qui semble compromettre l'éventualité déjà plutôt précaire d'une coordination entre le parti de gauche et le Parti québécois.

Selon le comédien, une réforme du mode de scrutin parviendrait à arracher la vie politique québécoise à ce bipartisme lassant, voire délétère, dans lequel elle demeure enfermée. Une forme de proportionnelle forcerait un dialogue et un partage des pouvoirs à l'Assemblée nationale, croit celui qui était de passage à La Capsule, sur Wellington Sud, afin de commenter la projection du documentaire La langue à terre. Oui, très bien, Monsieur Curzi, mais en attendant cette réforme éternellement remise à demain, les libéraux ne marchent-ils pas vers une réélection?

« Si le rêve de Québec solidaire, c'est de prendre le pouvoir seul, bonne chance. Ils ont trop de gens qui sont radicaux pour réussir à rassembler le nombre d'électeurs nécessaire pour ça. Il va falloir qu'il y ait des gens qui décident de s'entendre s'ils veulent avoir le pouvoir », suggère l'ancien député péquiste de Borduas, sur un ton très posé, en évoquant (évidemment) les discussions qu'il juge impératives entre QS et le PQ.

Je lui fais remarquer que les péquistes ont déjà trop souvent du mal à s'entendre entre eux, et qu'il est d'ailleurs très bien placé pour le savoir. En 2011, Louise Beaudoin, Lisette Lapointe et mon invité quittaient le caucus péquiste afin de marquer leur désaccord avec le projet de loi 204 sur l'entente entre Québecor Media et la Ville de Québec autour de la gestion de ce qui deviendrait le Centre Vidéotron.

Sa réponse? « Je repensais l'autre fois au moment où nous avons quitté le PQ et, dans le fond, si c'était à refaire, je ne partirais pas », laisse-t-il tomber, sur un ton s'apparentant étrangement à celui que vous employez pour demander à votre âme soeur de vous passer le sel. Nous sommes plus dans la réflexion que dans l'autoflagellation.

« Je me dis que ouain, à ce moment-là, le PQ était dans une assez bonne montée. On a affaibli le parti pour de très bonnes raisons, avec lesquelles je suis toujours d'accord. Moralement, j'étais contre le fait que l'entente demeure secrète, mais mon opposition morale a eu un effet qui n'a pas aidé le PQ. Si nous étions restés, peut-être que c'est un gouvernement péquiste majoritaire qui aurait été élu aux élections suivantes, plutôt qu'un gouvernement minoritaire, et ça aurait changé pas mal de choses. »

Comment a-t-il réagi à la déclaration de Gabriel Nadeau-Dubois, qui a accusé la classe politique des 30 dernières années d'avoir trahi le Québec (une phrase qu'il a nuancée dès le lendemain)? « Il a tout mis ensemble. Tu ne peux pas dire que Parizeau et Marois n'ont rien fait pour le Québec. Mais est-ce qu'on vit dans une société socialiste où il y a une répartition adéquate de la richesse collective? Non. Est-ce qu'on aurait dû régler la question de la pauvreté? Oui. Quand on s'est mis à bouger dans les années 60, on aurait dû réussir l'indépendance et régler la question de la pauvreté, c'est clair. On paie encore le prix de ne pas l'avoir fait, de ne pas s'être donné une social-démocratie plus concrète, qui signifierait un meilleur partage de la richesse collective. »

Énervante humeur

Si Pierre Curzi pouvait parfois, alors qu'il siégeait à l'Assemblée nationale, se laisser tenter par une déclaration inutilement outrancière, il incarne aujourd'hui un exemple de civilité presque suranné (dont nos élus gagneraient à s'inspirer). À l'antenne de l'émission de Paul Arcand au 98,5 FM, dans la grande région montréalaise, le septuagénaire partage chaque matin le micro en compagnie du cofondateur de l'ADQ, Mario Dumont, dans un respect qui a depuis longtemps déserté les réseaux sociaux lorsque s'opposent des représentants de la gauche et de la droite. N'a-t-il pas néanmoins l'impression d'exacerber la cacophonie ambiante dans un écosystème médiatique où le rôle du commentateur tient de moins en moins de la réflexion, et de plus en plus de la régurgitation d'opinions confortant un auditoire déjà acquis?

« L'humeur, ça m'énerve, insiste-t-il. Ce que je tente de faire, c'est de construire une sorte de point de vue qui n'est pas tant basé sur mon opinion que sur mes valeurs. Est-ce qu'il y a une façon de comprendre les événements du jour à travers la lunette de mes valeurs de centre-gauche, ou de centre-droite dans le cas de Mario? J'ai l'absolue conviction que le fait de présenter deux points de vue, s'ils sont bien développés, peut permettre aux gens de voir un sujet sous un nouvel angle. Mais il y a parfois des sujets pour lesquels c'est difficile de trouver des faits. Ça m'emmerde quand je suis obligé de pallier ça par mon impression, mon opinion, parce qu'on n'en a rien à cirer de mon opinion. »

Décèle-t-il dans les yeux de ses patrons le désir que ce segment se transforme davantage en combat de boxe? « Les patrons, oui, plus on se colletaille, plus ils aiment ça. Il y a aussi des indépendantistes qui me disent : ''Mario Dumont vous a coupé la parole, vous devriez le planter.'' Écoute... Je ne suis pas pour planter quelqu'un avec qui je travaille. J'ai une pensée assez à gauche, mais je suis capable de vivre avec le fait qu'on n'est pas les seuls à avoir une pensée cohérente. Des fois, je me dis ''Ben oui, le point de vue de Mario, il se tient.''  On se confronte, on est clair dans nos positions, sans impolitesse, et je pense que ça oblige les gens à réfléchir différemment. »

Il ajoute ceci au sujet du traitement atomique que réservent certains commentateurs/chroniqueurs/analystes à des politiciens ayant eu le malheur de s'enfoncer le pied dans la bouche. « Parfois, je sais que ce matin-là, on va varger sur quelqu'un qui a eu déclaration malheureuse, et je me dis ''On pourrait avoir un peu plus d'empathie.'' Notre propre discours sur les déclarations malheureuses devient du divertissement. On exagère, on réagit trop. Je suis contre ça, mais je sais que je fais un peu partie du problème. »

Ne plus savoir avec quelle langue parler de langue

Pierre Curzi n'hésite pas à s'avouer dépassé lorsqu'il évoque sa bataille pour la langue. Dans une tirade incluse dans le film

La langue à terre (lancé en 2013), le tribun en appelle à ce que la cause de la langue française soit présentée de façon plus séduisante aux jeunes Québécois, qui s'en désintéressent.

Le ton très grave du film, lui, pointe pourtant très peu dans la direction d'une opération séduction.

« Une des raisons pour lesquelles je n'en parle plus tellement, de la langue, c'est parce que je pense que je suis un vieux véhicule. Le vrai problème, c'est qu'on ne sait plus trop comment parler de langue française. L'anglais n'a jamais été synonyme d'oppression pour les jeunes générations. Elles ne se sentent pas menacées. La langue n'est pas un axe majeur de l'identité pour les jeunes. Sauf qu'à Montréal, on glisse de plus en plus vers un bilinguisme qui va faire que la langue du plus faible va encore davantage s'affaiblir. C'est peut-être mon âge, mais je crois que si tu perds cet axe identitaire, tu t'appauvris collectivement. Le français est une richesse pour le Québec, mais je ne sais pas trop quels mots employer pour remplacer le vieux discours. Ceux qui en attendant le tiennent, ce discours, ont au moins le courage d'être fermes. »




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