Alex Nevsky : choisir ses chaînes   

Alex Nevsky : « Gilles Vigneault nous a... (Spectre Média, René Marquis)

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Alex Nevsky : « Gilles Vigneault nous a dit quelque chose de vraiment chouette l'autre fois : ''La liberté, c'est d'avoir le choix de ses chaînes''. »

Spectre Média, René Marquis

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Dominic Tardif
La Tribune

(Sherbrooke) Alex Nevsky se pose beaucoup de questions. À propos de la cohérence de ses choix. À propos des pièges nombreux jonchant la route du succès. À propos de ses contradictions, qui, au fond, n'en sont que si l'on s'obstine à les considérer ainsi, que si l'on refuse qu'un artiste puisse incarner une chose et son contraire.

Alex Nevksy se livre à l'exercice de l'entrevue avec une franchise à ce point exceptionnelle qu'elle prête flanc à ce que l'on charcute ses propos en de nombreuses déclarations à l'emporte-pièce, parmi lesquelles les vautours de sites à potins pourraient piger, afin de poursuivre ce travail d'aplanissement du réel auquel ils se livrent en transformant en ''nouvelles'' (notez les guillemets); des confidences offertes sous le signe de la nuance. Chacune des phrases d'Alex Nevsky pondère pourtant la précédente, sans qu'il ne craigne de parfois se contredire, au nom d'un réel désir de dialogue, et d'un certain dégoût pour les masques.

Nous parlons de liberté, thème qui irrigue tout son troisième album, Nos Eldorados. « Gilles Vigneault nous a dit quelque chose de vraiment chouette l'autre fois : ''La liberté, c'est d'avoir le choix de ses chaînes'' », se rappelle le chanteur en évoquant un atelier donné par le vénérable barde de Natashquan auquel il participait en janvier dernier.

« Ça m'a parlé beaucoup, cette phrase-là. J'ai l'impression aujourd'hui d'être plus conscient de la valeur des choix que je fais. J'ai le choix de ne pas accorder telle entrevue, de citer Pierre Falardeau ou Pierre Perrault dans une chanson. J'ai la liberté d'être un chanteur pop aujourd'hui, mais aussi d'aller jammer du piano solo avec Jean-Michel Blais [pianiste néoclassique montréalais, adoubé par le magazine Time] ce soir, comme je le fais depuis quelques mois, sans trop savoir où ça va nous mener. On se prend trop souvent au piège des étiquettes. »

Mais est-ce que Gilles Vigneault, lui, aurait accepté d'être coach à La Voix Junior? Cette question, Alex Nevsky semble incapable de complètement la chasser.

« Je ne porte pas comme lui ces grands souliers-là de poète. Je suis un chanteur pop, et je l'embrasse complètement. Je fais du divertissement et c'est bien. Je sais aussi que c'est beaucoup pour l'ego que tu fais de la télé. On est tous remplis de contradictions. Créer, c'est être en contradiction. Si je fais Les recettes pompettes, c'est juste pour mon ego, parce que c'est cool de faire partie de ceux qui ont été choisis pour le show. Quand j'y pense deux secondes, aller me saouler à la télé, ce n'est pas la raison pour laquelle je fais des chansons, ce n'est même pas rattaché, c'est lié à l'idée d'être une vedette, mais ça me fait tripper et je me juge là-dedans. Je juge le fait que je trippe à ce point là-dessus, parce que je sais que ce n'est pas réel et que je n'aurai peut-être plus de carrière dans trois ans. Oui, je pile sur quelques principes au cours d'une année pour l'argent, la visibilité ou l'ego. »

De la crainte que ça se finisse vite

Pourquoi Alex Nevsky a-t-il donc dit oui à La Voix Junior, alors qu'il n'avait jamais spécialement rêvé de télé? Parce que les enfants sont « ses humains préférés », insiste-t-il, et parce que Stéphane Laporte, grand manitou de l'émission, est « un vrai poète. » Il y a aussi que tourner le dos à la télé, c'est tourner le dos à un des rares canaux permettant de réellement rallier un vaste public.

« Et c'est aussi beaucoup de cash, ce qui va peut-être pouvoir me permettre un long temps de création après ma tournée », ajoute-t-il avec une salutaire candeur, sur un ton qui n'est surtout pas celui de la vantardise, mais plutôt celui du soulagement. Respirer à son aise n'est pas une félicité à laquelle peuvent goûter beaucoup d'artistes.

« J'ai toujours cette crainte que ça se finisse vite. Je ne suis déjà plus la saveur du mois, mais peut-être que dans deux ans, je serai carrément devenu une joke. Ou c'est peut-être pour me protéger que je me répète que ça se peut que je sois un has-been dans cinq ans.

L'idée de durer aussi longtemps qu'un Ferland ou un Charlebois me semble vraiment fantaisiste, parce que notre société attend toujours quelque chose de fresh, fresh, fresh. On scrolle tous, on veut du nouveau, on change de poste. Creuser ton propre sillon, gagner en maturité, m'apparaît plus difficile que jamais. »

Dans ma décapo

« Mes envies d'abus/ Mes rêves clichés/ Suis-je un déjà-vu? / Cette peur de tricher », souffle Alex Nevksy dans L'enfer c'est les autres, le morceau de bravoure de Nos Eldorados, confession inquiète d'un jeune homme observant le monde être doucement avalé par le vide, et espérant ne pas lui-même trop contribuer à cette inexorable décadence. C'est quoi ton rêve le plus cliché, que je demande à Nevsky, sur un ton badin. Sa réponse, elle, l'est beaucoup moins.

« Je l'ai réalisé mon rêve le plus cliché : c'était une décapotable. Je me la suis achetée - usagée! - l'an dernier. Je sortais d'une rencontre avec un gars en phase terminale, Jean-Sébastien, 28 ans. Il était là avec sa blonde et sa petite fille d'un an. »

Être populaire, être une vedette, c'est aussi pouvoir vivre de ces moments tout aussi douloureux que précieux, au creux de cette singulière intimité que provoque l'imminence de la mort, même entre deux inconnus.

« C'était vraiment intense. C'est pas le fun comme moment, mais en même temps, c'était le fun de voir que je lui faisais un peu de bien. On parlait de l'été qui s'en venait, alors qu'il était en soins palliatifs, que c'était vraiment pas sûr qu'il allait se rendre. En sortant de là, j'étais démoli et je me disais que je ne vivais pas assez. Mon réflexe con a été de m'acheter un char. Je me disais : ''Tout d'un coup que je meurs demain. T'en rêves depuis que t'es kid d'une décapo. Fais-le! '' Mon père a 58 ans, il a le Parkinson, et ça me met dans une urgence, qui s'est manifestée là par l'achat d'un bien matériel, mais c'était surtout pour avoir la liberté des cheveux dans le vent. Ces rencontres-là, et la maladie de mon père, ça m'oblige à mieux vivre, à vivre plus vite. »

*****

Alex Nevsky présente son nouveau spectacle au Théâtre Granada le 25 mars et à la Maison des arts Desjardins de Drummondville le 20 mai.




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