La grande gueule empathique du doc Bensoussan

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Michaël Bensoussan est un des médecins vedettes de la série De garde 24/7.

La Presse, Bernard Brault

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Dominic Tardif
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Qu'apprend-on au sujet de l'Homme ou de la Femme en en fouillant au quotidien les entrailles? C'est la question que je pose au bout d'une heure de fiévreuse conversation au gastroentérologue Michaël Bensoussan.

« On apprend que Noir ou Blanc, riche ou pauvre, jeune ou vieux, il n'y a rien qui ressemble plus à l'intérieur de quelqu'un que l'intérieur de quelqu'un d'autre. C'est difficile d'être raciste quand on est gastroentérologue », répond le médecin vedette de la série De garde 24/7, le plus fascinant documentaire médical jamais réalisé au Québec, en ce qu'il dévoile la « bibitte docteur » dans tous les paradoxes profondément humains de sa vie constamment ponctuée d'euphories et de tourments.

« Les médecins proposent du cure et du care. Si t'es que cure, t'es un robot, et si t'es que care, tu rentres chez toi et tu déprimes, t'es alcoolique, tu te suicides », résume avec son typique sens de la formule qui frappe mon invité, que l'on retrouvera bientôt dans la deuxième saison de l'émission, présentement diffusée à Télé-Québec. Je reconnais immédiatement le personnage loquace, excessif et spectaculairement intense qui a offert à la première saison ses confidences les moins équivoques au sujet de l'ego nécessaire à la pratique médicale, ainsi qu'au sujet des lancinantes angoisses qui ne peuvent qu'accompagner pareil côtoiement de la mort.

« Oui, je suis une grande gueule », m'annonce le Strasbourgeois d'origine, sans que je tombe en bas de mon siège, avant de me raconter avoir choisi la gastroentérologie, « parce que je suis un enfant des jeux vidéo. Quand on m'a mis un endoscope [l'outil employé en coloscopie ou en gastroscopie] entre les mains, mes maîtres m'ont tout de suite dit : « Tu travailles comme un patron. » Je répondais : « Ouais, c'est facile, j'ai une manette, une interface visuelle et j'ai plein d'armes différentes pour venir à bout des saignements et des polypes, qui sont les méchants. »

C'est le même Michaël Bensoussan, prompt à se draper dans l'hyperbole, qui explique être déménagé à Montréal avec sa famille il y a quatre ans et demi comme ces « intellectuels qui ont fui l'Europe dans les années 1930. »

« Le lendemain des attentats de Mohammed Merah [terroriste islamiste qui en 2012 assassinait sept personnes, dont trois enfants juifs], j'ai été obligé d'expliquer à mes enfants qu'il y aurait à l'école une minute de silence, se rappelle-t-il. Mes enfants de 7 et 5 ans se sont mis à pleurer en disant : « Je ne veux pas mourir parce que je suis juif. » Ça m'a rappelé mon grand-père, qui avait survécu Auschwitz, à qui je demandais : « Pourquoi vous n'avez pas quitté la France lorsqu'on vous a mis une étoile jaune? » Il me répondait : « C'était la France. On ne pensait jamais que tout ça arriverait. » »

Loin de craindre seulement les extrémismes religieux, Michaël redoute aussi l'extrême droite fournissant à ceux qui se sentent marginalisés un visage - celui de l'étranger - autour duquel cristalliser leur ressentiment. « La France de 2017, ce n'est plus le pays dans lequel j'ai grandi. Je pense à toutes ces manifs contre le mariage gay, qui ont choqué les Québécois. Je suis très pessimiste : Marine Le Pen ne cesse de monter dans les sondages. J'arrive ici, dans ce pays d'ouverture et je le verbalise à mes enfants en leur répétant : « Est-ce que vous vous rendez compte comment nous sommes chanceux? »

Parce que notre conversation a eu lieu jeudi dernier, je passe un coup de fil mardi à Michaël, afin de savoir si sa foi envers le Québec-terre-d'accueil a été ébranlée par l'attentat de Québec. Je laisse un message sur sa boîte vocale; il me rappelle vingt minutes plus tard.

« Excuse-moi, je sors d'une coloscopie! », me lance-t-il quand je décroche, bien conscient de l'effet que produit son ton théâtralement relax de gars qui viendrait de compléter un changement d'huile.

« Je te dirais que même dans l'adversité, le peuple québécois réagit avec une dignité, une unité qui fait plaisir à voir, qui chavire le coeur, poursuit-il plus gravement. C'est magnifique. » Et je le laisse retourner à ses patients.

L'empathie avant tout

« Je suis très friand des retours de mes collègues. Je demande très souvent aux infirmières « Est-ce que tu trouves que j'ai été bête? Est-ce que j'ai dit les choses trop brusquement? » confie Michaël Bensoussan au sujet de sa pratique à l'hôpital Charles-LeMoyne de Greenfield Park (affilié à l'Université de Sherbrooke).

Comment pourtant, malgré toute la proverbiale bonne volonté du monde, éviter le déficit d'empathie qui guette le système médical québécois? Comment ne pas être parfois brusque alors que le pressage de citron semble avoir été érigé en unique politique de gestion dans nos hôpitaux?

« L'inquiétude de botcher, c'est mon quotidien. J'ai des demi-journées où je dois voir entre 17 et 20 patients. Si je dois annoncer un cancer ou une maladie de Crohn, ça me prend 20, 40, 60 minutes. En fait, ça prend le temps que ça prend, mais je dois le rattraper ensuite ce temps en consacrant 6 minutes à un autre patient, et en espérant qu'il ne se sente pas pressé », regrette Michaël en évoquant la résistance du Collège des médecins à ce que des infirmières patriciennes spécialisées soignent plus de bobos dont pourraient être délestés les spécialistes.

De plus en plus présent dans les médias, sur les ondes de CKOI ou à Deux filles le matin, Michaël Bensoussan confie avoir été mis en garde par plusieurs collègues quant aux écueils de ce genre d'exercice de pop-vulgarisation, mais refuse de ne pas y voir une rare occasion de donner « mille consultations d'un seul coup. »

À Médium large, sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première, le spécialiste s'empourprait récemment à la simple mention du nom du Pharmachien. C'est quoi le problème avec le Pharmachien?

« Le Pharmachien a la qualité d'appuyer ses propos sur la science, mais il ne gère pas le relationnel avec empathie. Reprenons l'exemple du jus d'orange, qui serait comparable au coca. Dire à quelqu'un qui se presse des jus de fruits frais que c'est complètement idiot, c'est 1. discutable, 2. insultant et, 3. un manque total d'empathie, parce que si ça se trouve, pour un grand pourcentage des téléspectateurs de Tout le monde en parle, ce jus sera leur seul fruit ou légume de la journée. Je le trouve agressif et arrogant dans ses propos, le Pharmachien, bien que je sois convaincu qu'il n'est pas quelqu'un d'agressif ou arrogant. Moi, je n'ai aucune preuve scientifique que l'acupuncture fonctionne, mais quand un patient qui a le cancer me dit « L'acupuncture me fait du bien », je ne le traite pas d'idiot. Je lui dis que l'important, c'est la relation de confiance qui est la nôtre. »

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