Un peu de fierté bordel de merde! 

Jean-François Bédard : « L'Hôtel Wellington est devenu un... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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Jean-François Bédard : « L'Hôtel Wellington est devenu un symbole triste pour le centre-ville, mais ça pourrait être un vrai symbole, si on utilisait à bon escient son côté vintage. »

Spectre Média, Frédéric Côté

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / «C'est spec-ta-cu-laire! », ironise Jean-François Bédard. De quoi parlons-nous? De l'Hôtel Wellington et de cette haie d'honneur d'échafauds conférant depuis quelques jours à Wellington Sud l'allure d'une brûlure à vif que l'on aurait vitement recouverte d'un maigre bandage, alors qu'il faudrait davantage envisager la greffe de peau.

C'était en 2007. Par un resplendissant mardi après-midi, Jean-François Bédard et sa compagne Tanya visitent des locaux libres au centre-ville, à la recherche du lieu idéal où faire bourgeonner Glori.us, la boutique de fringues qu'ils dirigent toujours aujourd'hui.

« Wellington Nord était dans un état presque morbide », se rappelle-t-il, comme animé par un désir de ne pas oublier le chemin parcouru depuis. « Gilles Marcoux [alors directeur général de la Corporation de développement du centre-ville de Sherbrooke, aujourd'hui à la tête de Commerce Sherbrooke] répétait que son centre-ville était en plein essor. Je l'adore Gilles, mais on était un mardi et le trois quarts des commerces était fermé. Comprend-moi bien : ces commerces-là étaient en opération, mais ils ne jugeaient pas que c'était utile d'ouvrir leurs portes le mardi. »

Le centre-ville ressemble aujourd'hui beaucoup moins à la rue principale de Dédé Fortin, mais demeure tristement menotté à son passé par quelques champignons de locaux indignement entretenus ou tout simplement inoccupés, sorte de boutons de pus vérolant un visage qui, lui, tente malgré tout chaque jour de gagner en vitalité. Alors qu'il apparaît davantage probable que Michel Pagliaro fasse paraître son prochain album avant que le 2, Wellington Nord serve ce premier café qu'il finit plus de ne pas servir, le propriétaire de l'Hôtel Wellington continue d'habiter un monde parallèle où les buildings gagnent en valeur à mesure qu'ils flétrissent.

« Si j'étais riche, je ferais une offre extravagante au proprio de l'Hôtel Wellington [il en a refusé une de 1,4 M$ en 2013]. Le potentiel de cette place-là est hallucinant. Imagine si on repartait le Flamingo! » lance, sous son éternel chapeau, le président de l'Association des gens d'affaires du centre-ville. J'acquiesce. Il y aurait effectivement une jolie buvette rétro-tiki-loungy-funky à rêver autour du bar-maison de cet hôtel jadis mythique, bien qu'aujourd'hui digne du décor d'un sordide film de série B. « L'Hôtel Wellington est devenu un symbole triste pour le centre-ville, mais ça pourrait être un vrai symbole, si on utilisait à bon escient son côté vintage. Et le 2, Wellington, ça ferait une super belle banque. On a besoin d'une banque au centre-ville! »

Jean-François s'enflamme; j'ai appuyé sur le bon piton. « Je comprends que la Ville a les mains liées et que ses recours sont limités, mais je ne peux pas croire que quelqu'un se lève chaque jour, regarde sa bâtisse vide ou son hôtel en mauvais état et se dise : « Je suis fier de ça. » Ce qui me rend fou, c'est que ces propriétaires-là n'ont aucune fierté et leur manque de fierté, c'est notre épine dans le pied à nous, qui croyons au centre-ville. »

Éloge d'un centre-ville hétérogène

Mais, au fait, pourquoi Jean-François Bédard a-t-il choisi le centre-ville en 2007, même si le secteur n'avait rien d'un creuset de prospérité? « Parce que je trouve qu'il y a un potentiel hallucinant au centre-ville et que ce potentiel-là n'est pas exploité. Moi, dans la vie, un potentiel non exploité, ça vient me chercher », répond le Granbyen d'origine. « Sauf que lorsqu'on me demande d'où je viens, je dis que je suis Sherbrookois. »

Né, en fait, dans la banlieue campagnarde de Granby, le jeune trentenaire n'a pas particulièrement fréquenté de centre-ville pendant sa jeunesse, mais reconnaît dans celui de Sherbrooke le bel esprit de communauté qui animait le magasin général de son grand-père Gilles, à Saint-Alphonse-de-Granby, « juste en face de l'église et de l'école. » « Il vendait des bottes à tuyau, de la liqueur, des bonbons, mais surtout, il connaissait son monde. »

Que répond-il à ceux pour qui le centre-ville n'est qu'un repaire de snobinards? « J'ai presque le goût de dire : « Tant mieux! » Bien sûr que je ne suis pas d'accord avec eux, mais en même temps, on ne veut pas être comme le Plateau Saint-Joseph. Qui venait au centre-ville il y a cinq ans? On ne le savait pas. Aujourd'hui, on sait que ce sont des gens qui cherchent des produits un petit peu plus haut de gamme. Et puis haut de gamme, c'est relatif. Si c'est snob d'aimer que son latte soit préparé par un barista qui est complètement dévoré par l'idée que son café soit infusé parfaitement, ben d'accord, on est snobs! »

Et ta réaction au choix du spectacle Cow-boys de Québec Issime, n'est-ce pas le parfait réflexe du snob fini, Jean-François? Je le taquine. « J'étais en colère que ce spectacle ait été retenu, oui, parce que ça ne fitte pas du tout avec le produit qu'on a développé au centre-ville. Mais aujourd'hui, je ne veux pas me battre contre. Je veux qu'on travaille ensemble. Sauf que la seule proposition qu'on a depuis deux ans, c'est Destination Sherbrooke qui vient chez nous avec des foulards de cowboy en disant : « Votre staff pourrait porter ça cet été! » Tu me niaises-tu man? »

J'ai encore une fois appuyé sur le bon piton. « Moi, je suis un gars qui n'aime pas faire comme les autres. Destination Sherbrooke cherche un produit d'appel en regardant ce qui se passe ailleurs, alors qu'on a une côte King, de l'eau, plein de choses à Sherbrooke qui n'appartiennent qu'à nous. Je ne comprends juste pas. »

Je dis à Jean-François qu'à mes yeux, le centre-ville de Sherbrooke est autant incarné par l'ami Rosaire Morneau, camelot-vedette du Journal de rue, que par les vêtements élégants-cool du Glori.us. Il n'y a pas, à mes yeux, de contradictions entre ces deux idées, et c'est, entre autres, ce qui fait la singularité, voire la beauté, du centre-ville. « Mon centre-ville à moi aussi, c'est la mixité. Parce que c'est la mixité qui crée une vraie vibe. Regarde le Dix30. C'est l'exemple le plus flagrant que les centres-villes sont en ascension : on essaie d'en recréer un dans ce qui était un champ. Mais c'est froid, il n'y a pas d'ambiance. Pourquoi? Parce que c'est rempli de chaînes. Et parce que Rosaire ne sera jamais au Dix30. »

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