Lisa LeBlanc : toujours aussi straight to the point

Lisa LeBlanc : « Je me suis beaucoup... (La Presse, Olivier Jean)

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Lisa LeBlanc : « Je me suis beaucoup demandé ce qui fait qu'il y a des artistes dont les deux ou trois premiers albums sont amazing, pis all of a sudden, ça vire moins bon. »

La Presse, Olivier Jean

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Dominic Tardif
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Mais quel formidable leurre que ce rythme de vieux 33 tours hawaïen sur la houle duquel Lisa LeBlanc sermonne gentiment une meilleure amie prise dans la visqueuse toile, tissée de fausses promesses, d'un gars détestable.

« And I understand that you love him / And I respect that / But I kinda wanna punch him in the balls », laisse-t-elle tomber de sa mutine voix espiègle, juste avant le refrain étonnement enjoué de Dump the Guy ASAP, premier extrait de son troisième album à paraître le 30 septembre - elle terminait justement de l'enregistrer quelques jours avant notre rencontre. « On a un peu partyé pour souligner ça », me confie-t-elle, afin d'excuser le latte glacé trônant devant elle en cette splendide fin d'après-midi.

Peu importe qu'elle chante désormais en anglais - son nouveau disque comportera seulement deux titres en français -, l'Acadienne d'origine n'a rien perdu, on l'aura compris, de sa précieuse, rieuse et dévastatrice verve, authentique machine à dépouiller la vérité de cette couche de politesses superflues et de circonlocutions dans laquelle notre époque aime l'emballer.

« Je ne sais pas d'où ça vient cette espèce de fuck you attitude, rigole Lisa. Quand le premier album est sorti avec Aujourd'hui, ma vie c'est d'la marde, il y a eu une période où les gens répétaient : "Non, c'est la pire toune au monde, une fille ne devrait pas être en train de dire ça." À toutes les fois, j'avais le goût de répondre : Voyons, ça se peut pas que tu n'aies pas déjà pensé ça toi-même », s'étonne-t-elle, alors que je lui fais remarquer que notre société regarde parfois encore d'un oeil condescendant les filles au franc-parler aussi décomplexé.

Mais en toute franchise, Lisa, sommes-nous, les gars, aussi bêtes et barbants que tu le laisses entendre dans Dump the Guy ASAP?

« Non, faut juste pas que tu sois un fuckin douchebag! » explique-t-elle avant d'être submergée par un grand éclat de rire solaire. « Dans celle-là, je parle à une amie, mais il y a une autre toune sur l'album qui est pretty straight to the point. Je bitche about a guy - encore - pis je dis, you know, de la dirt sur cette personne-là. C'est la seule affaire que je peux faire, parler de ma vie, je ne peux pas écrire de fiction, mais ma vie est pas si pire que ça non plus. C'est juste que, des fois, tu tombes sur une personne qui finit par être une muse pour quatre tounes! »

« C'est fucké, le monde qui écrit des tounes »

Après un premier disque dont vous pouvez sans doute fredonner tous les refrains, puis un EP en anglais (Highways, Heartaches and Time Well Wasted) lui ayant permis d'ajourner l'épreuve du véritable deuxième album, se dérober à l'ombre d'anxiogènes questions existentielles n'aura pas été complètement possible.

« Je me suis beaucoup demandé ce qui fait qu'il y a des artistes dont les deux ou trois premiers albums sont amazing, pis all of a sudden, ça vire moins bon », confie-t-elle alors que nous discutons de Fleetwood Mac et de Stevie Nicks, dont les posters ornaient sa chambre d'adolescente. « Qu'est-ce qui change dans la façon d'écrire de quelqu'un qui a eu du succès? C'est-tu le fait que là, tu penses plus, t'es moins naïf? Holy shit, je suis-tu une one-hit wonder? Je me la suis posée, la question. »

Ça t'est déjà arrivé de te propulser intentionnellement dans les bras du pétrin, avec l'espoir que de ton désarroi jaillissent de grandes chansons? « Oh yeah, totally! Avant, j'aimais ça me mettre dans des weird situations pour me sentir en vie. C'est fucké, le monde qui écrit des tounes, han? Asteure, je vais plus voyager pour me mettre dans une shit qui va m'inspirer. Amoureusement, je vais être chill. »

Merci maman Diane, merci Norm

« Mes parents, ce sont pas des long-distance voyagers, mais ils connaissent les Maritimes comme le back de leur main », se rappelle Lise LeBlanc, en évoquant son propre goût pour les longues balades en voiture sans destination précise. « Les samedis matins à six heures, c'était : "Envoye les enfants, let's go!" On partait en ne sachant jamais si on allait tourner à droite ou à gauche. Mes parents adorent driver. »

Elle ne conduit peut-être pas une Buick comme son père - « C'était un vrai salon sur roues » -, mais la vingtenaire est souvent tiraillée par le même appel pour le grand chemin que papa et maman. Incapable de réellement embrasser le quotidien d'une vie montréalaise forcément plus balisée que pendant ses escapades, elle repartait l'automne dernier sur les traces des musiques qui la nourrissent.

« Si tu joues du banjo, faut que t'ailles faire un tour aux States. Je suis allée à Asheville en Caroline du Nord. J'ai suivi un cours avec un vieux monsieur, une légende du old-time banjo. Je voulais apprendre des affaires. On décrit souvent les États-Unis comme le big bad US, mais j'ai fait du couchsurfing partout et j'ai rencontré le nicest monde! J'aime assez ça être partie, c'est awesome. Je suis bien sur la route! »

Lise LeBlanc, gipsy des temps modernes? « Ça dépend de quel genre de gipsy tu parles. Ils ont pas tous bonne réputation », me prévient-elle affectueusement. Le mot revient néanmoins souvent dans ses textes et se conjugue parfaitement à l'histoire de cette adolescente qui, à 17 ans, déposait son démo sur le zinc d'un bar de Miramichi. Elle y sera engagée en tant que chansonnière. « Je jouais du nineties stuff, des hits, du Blind Melon, du Sam Roberts. » Sam Roberts qui, parce que les rêves s'immiscent parfois dans la réalité, interprète des choeurs sur son prochain album, réalisé par Joseph Donovan, proche collaborateur de... Sam Roberts!

« Au début, fallait que ma mère soit là, j'avais besoin d'un chaperon, poursuit-elle. Au lieu d'être ma soccer mom, c'était ma music mom. Ma mère est amazing, elle m'a suivie longtemps dans tous mes shows. Elle chantait et jouait de la guitare quand elle était jeune et je suis contente, parce qu'elle a recommencé à prendre des cours depuis qu'elle est à la retraite. »

Lisa me raconte ses propres premiers cours de guitare à elle, que lui donnait Norm, le concierge de son école secondaire à Rogersville. « Norm, c'est le best dude ever, tout le temps en train de faire des jokes, tout le temps de bonne humeur, tout le temps en train de vouloir jouer de la musique. Il fait du cover le week-end. J'adore aller le voir pour danser. »

De quoi est composé son répertoire? « De classic rock! » me répond-elle, sur le ton de celle qui clame une évidence.

Est-ce qu'il fait Hurt So Good, que je demande, en prononçant le premier titre qui me passe par la tête. « Oh yeah! Il fait une pretty, pretty great version de Hurt So Good. »

Une voiture dont le système de son hurle Pour Some Sugar on Me de Def Leppard s'immobilise au coin de la rue. Nous jouerons du air drum jusqu'à ce le serveur nous interrompe.

Lisa LeBlanc est la tête d'affiche de La Grosse Lanterne, festival en forêt dont la troisième édition se déroule à Béthanie les 12 et 13 août. Elle sera également au Théâtre Granada le 28 octobre.

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