Tout ça pour sa mère

À compter du 22 août, Steve Roy sera... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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À compter du 22 août, Steve Roy sera le nouvel animateur de l'émission du matin du 107,7 FM.

Spectre Média, Jessica Garneau

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Dominic Tardif
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / À quoi ça ressemble, deux gars d'une trentaine d'années écrasant une petite larme dans une taverne? Ça ressemble à Steve Roy et à moi.

Mise en contexte: il y a quelques semaines, Steve annonçait son départ d'ICI Estrie, où il transforme depuis six ans le banal rôle de présentateur météo en celui de doux fantaisiste, tout en déployant un arc-en-ciel de cravates et de noeuds papillon à faire rougir de jalousie Passe-Montagne. Mathieu Beaumont informait au même moment ses auditeurs du 107,7 FM que demain matin, Montréal l'attend. Toujours très prompte à additionner 1 et 1, la machine à rumeurs subodorait ce qui était confirmé avant-hier: Steve Roy se réveillera outrancièrement tôt dès le 22 août, derrière le micro laissé vacant par Beaumont.

Nous voici donc, Steve et moi, attablés à la taverne à discuter de tout sauf ça. Nous parlons des deux spectacles qu'il cumulera cet été dans le Parc de la Gorge de Coaticook. Nous parlons du petit Billy, son troisième héritier, qui naissait il y a tout juste trois mois. En gros, nous tournons autour du pot. Puis je finis par lui poser ze question : pourquoi quittes-tu Radio-Canada, man?

Parce qu'une émission du matin, ça ne se refuse pas, parce que j'avais quand même un peu fait le tour de la météo, parce que, compte tenu de mon nouvel horaire, je pourrai passer davantage de temps avec mes enfants, m'explique-il, et je reste un peu sur ma faim, comme avec l'impression de boire une bière en compagnie d'un sympathique, mais habile politicien.

Il faut davantage que toutes ces nobles raisons pour renoncer à une job stable à la télé, une job certes un peu répétitive mais néanmoins stimulante et bien payée, surtout quand on a par le passé galéré de station en station comme toi, cher Steve. Il faut sans doute que dans ton sang coule une sorte d'incapacité à rester en place. Steve, j'entends ce que tu me dis, mais plongeons dans le bullseye de l'affaire. Dis, l'ami, as-tu peur du confort?

«Il y a un truc plus profond que j'ai appris dans les dernières années», m'annonce-t-il, avec une gravité qui ne lui ressemble pas. Puis long silence. «Attends un petit peu, je vais essayer de rassembler mes idées.» Encore plus long silence.

«Tu sais, je viens d'un milieu extrêmement modeste», poursuit-il, la voix déjà un peu tremblante et son habituelle éloquence tressaillant sous le poids d'une vérité belle, mais costaude.

«Ma mère m'a eu à 15 ans, mon père en avait 17... [Je retranscris ses hésitations, pour que vous entendiez le mieux possible Steve parler.] Je pense que ça vient d'extrêmement loin, mais je ne me suis jamais autorisé à ne pas réussir. Depuis le jour un, je suis en quête, j'ai toujours...j'ai toujours... on dirait que j'ai toujours besoin de me prouver, j'ai toujours besoin de... Je sais que ça vient de là, je sais que ça vient du fait que j'ai des origines extrêmement modestes. J'ai toujours voulu, je sais pas, j'ai toujours voulu me prouver, j'ai toujours voulu... J'accepte pas d'être juste bon, il faut que je me dépasse, c'est vraiment compliqué...j'essaie de te le résumer. C'est comme si... C'est comme si, depuis 33 ans, j'essayais de prouver à ma mère qu'elle a eu raison de m'avoir.»

Quelque part à Sherbrooke, deux jeunes trentenaires ont ce qu'il convient d'appeler une émotion. C'est connu: les gars, à la taverne, finissent toujours par brailler en parlant de leur mère.

« C'est l'histoire de... »

Malgré les circonstances exceptionnelles dans lesquelles il est arrivé sur Terre, Steve Roy a vécu l'enfance la plus câline et normale possibles, dans la mesure où maman Ghislaine pouvait facilement être prise pour une élève lors des remises de bulletin de son fils, et autres petits moments singuliers du genre.

«Si ma mère était ici, elle te dirait que j'ai été le bébé le plus désiré que tu puisses imaginer», assure fièrement l'animateur, en prenant à rebrousse-poil l'expression «grossesse non-désirée», qui venait maladroitement de me sortir de la bouche. «Lorsqu'une adolescente tombe enceinte, l'avortement ou l'adoption sont toujours des éventualités qui sont considérées, c'est évident, alors il fallait que je sois désiré.»

«Je les trouve extrêmement courageux mes parents d'avoir décidé de m'avoir et d'être restés ensemble pendant plus de 20 ans. Je les admire, parce que je sais par quoi ils ont dû passer pour que j'aie de l'allure à la fin. Ils ont été obligés de se battre contre les préjugés, de faire des sacrifices. C'est pour eux qu'il faut que je performe, c'est ancré fort, fort, fort en moi et j'ai beau en être conscient, c'est encore ce qui me pousse dans le cul. J'ai toujours eu peur d'être ordinaire. Je l'ai compris encore plus en ayant des enfants. Ils sont extrêmement conscients, les enfants, de comment ils viennent au monde. Ils savent tout.»

«C'est l'histoire d'un pêcheur qui est parti à l'aventure et qui va rencontrer toutes sortes de créatures, certaines qui vont l'emmener là où il veut aller, certaines qui vont l'emmener où il ne veut pas aller, et où il ne veut pas aller, c'est Coaticook», me racontait Steve tantôt en résumant l'intrigue de La Cité des Géants, le nouveau spectacle «très Tim Burton» qu'il baptise le 24 juin au Parc de la Gorge, en plus de reprendre au même endroit La Virée d'Al Capone, sa petite histoire de la prohibition en territoire frontalier créée l'été dernier.

Que Steve Roy me pardonne si j'écris ici que je préfère à cette histoire à dormir debout celle plus crédible d'un gars de Coaticook qui court les micros, mais qui n'a jamais vraiment non plus quitté son Coaticook. J'aime beaucoup cette histoire d'un gars qui porte toujours partout avec lui, quelque part près de son coeur, ceux sans qui il n'aurait jamais pu partir à l'aventure.

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