Jacques Doucet : « Le baseball m'a tout donné »

«Pour moi, un match de baseball, c'est un... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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«Pour moi, un match de baseball, c'est un match de baseball! Que ce soit pee-wee, junior, senior, indépendant ou majeur, c'est un match de baseball. Le baseball m'a tout donné et je pense qu'il est important pour moi maintenant de redonner», raconte Jacques Doucet.

Spectre Média, Jessica Garneau

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Dominic Tardif
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Vous vous souvenez peut-être que Jacques Doucet, mythique voix des Expos, laissait les rênes de la description du jeu à son analyste pendant les quatrièmes, cinquièmes et sixièmes manches de chaque affrontement, question d'épargner son irremplaçable organe sollicité pendant plus de 160 matches, et de préparer son adjoint à prendre le relais, s'il devait un jour attraper un rhume paralysant. Mais que faisait Jacques Doucet pendant ces trois manches de rôles inversés ? Jacques Doucet écoutait du baseball!

« Même si je ne m'éloignais pas complètement du micro, j'avais un petit appareil transistor qui me permettait de syntoniser d'autres stations. J'écoutais donc ce que mes collègues anglophones faisaient », me racontait, il y a deux semaines, ce grand gentleman, de passage à Sherbrooke afin de participer à la conférence de presse annonçant la tenue en août du championnat des 18 ans et moins de Baseball Canada.

« Il y a certains descripteurs qui montraient beaucoup d'exubérance, d'autres qui étaient très laconiques. J'essayais de puiser dans la méthode de travail de chacun ce qui semblait sourire à ma propre façon de décrire un match. » Je répète: Jacques Doucet écoutait du baseball en animant du baseball!

On aura compris que la légende n'est pas un plagiaire, mais plutôt un éternel élève, certes aujourd'hui très généreux de sa vaste expérience, mais préférant de loin la posture de celui qui aura toujours quelque chose à apprendre. Un professionnalisme frôlant le zèle hérité d'une génération d'hommes qui n'avaient pas encore renvoyé l'extrême politesse, le respect de la langue et la ponctualité au poussiéreux placard des valeurs ringardes.

Professeur à l'École d'arts et métiers de Granby, son père Jean-Marcel, qui avait lui-même goûté en dilettante au journalisme sportif, commentait et critiquait la langue de chacun des articles de son fils, qui a entre autres oeuvré à La Presse avant de passer aux ondes hertziennes.

« L'un de mes plus grands regrets est qu'il n'ait pas vécu pour assister à l'arrivée des Expos à Montréal », écrit Monsieur Doucet au sujet de son paternel parti trop vite, alors qu'il n'avait que 25 ans, dans Mémoires d'un micro, passionnant recueil de souvenirs construits à partir des anecdotes laissées sur le plancher de la salle de montage de ses deux ouvrages consacrés à l'histoire de Nos Amours, Il était une fois les Expos, cosignés avec Marc Robitaille.

Il dira plus tard, alors que nous discutons de la qualité du français prévalant à la télé sportive, qu'il n'est jamais aussi fier que lorsqu'il entend jaillir des estrades d'un match des ligues mineures les expressions et tournures de phrases qu'il a lui-même taillées, pour le baseball, dans la langue de René Lecavalier, un autre de ses modèles. « On n'accorde pas l'importance qu'on devrait au français. Ce n'est pourtant pas plus difficile de parler un bon qu'un mauvais français. »

Animé par le même désir de s'exprimer le mieux possible en toute situation, Jacques Doucet occupait jadis tous ses nombreux temps libres - « Hurry up and wait » compte parmi les phrases résumant le mieux le travail du journaliste sportif - à lire des romans en anglais, afin d'enrichir son vocabulaire qu'il jugeait lacunaire, alors qu'il devait employer cette langue pour soutirer des confidences aux joueurs et aux entraîneurs.

Un jour à Cooperstown ?

Jacques Doucet sera de retour en septembre sur la liste des potentiels nouveaux admis au Temple de la renommée du baseball, une porte à laquelle les anciens partisans des Expos ont frappé avec ardeur en son nom, décriant une énième avanie subie par la minorité francophone en Amérique.

« Il y a déjà des Latino-Américains, il y aura un jour des Asiatiques, mais il n'y a pas de francophone, et j'aimerais qu'il y en ait au moins un, que ce soit moi ou un collègue », lance pour sa part le principal intéressé, sans colère, ni amertume, comme si quelqu'un d'autre, au Québec, pouvait sérieusement davantage mériter cette place que lui. « Je souhaiterais qu'il y ait au moins un francophone qui soit admis pour que, dans l'histoire du baseball, on ait une preuve tangible qu'il y a eu du baseball majeur en français. »

À 76 ans, ce travailleur acharné anime toujours chaque saison une soixantaine de matches des Blue Jays sur les ondes de TVA Sports, en plus de courir les conférences de presse et tournois en tant qu'ambassadeur de Baseball Québec.

Avant l'avènement d'Internet, il découpait méticuleusement chaque article pertinent glané sur la route dans les journaux et magazines locaux, pour retranscrire plus tard dans le guide de presse correspondant à l'équipe sur lequel le texte portait les informations dignes d'intérêt qu'il avait recueillies. Il répète le même exercice aujourd'hui avant chaque match, grâce à son ordinateur, élaborant pour son collègue Rodger Brulotte et lui des notes au sujet des caractéristiques de tous les joueurs et de l'actualité chaude de la ligue.

Siroter du vino et vous la couler douce avec madame, ça ne vous tente pas, Jacques ? « Quand j'ai accepté de devenir descripteur des Capitales de Québec [de la ligue Can-Am], il y a un animateur de radio là-bas qui avait dit: "Doucet est tombé en bas de sa chaise. Il est passé du baseball majeur au baseball indépendant." J'étais tellement fâché. » Ce sera le seul moment de l'entrevue où les digues indestructibles de son flegme craquèleront sous un légère irritation.

« Pour moi, un match de baseball, c'est un match de baseball! Que ce soit pee-wee, junior, senior, indépendant ou majeur, c'est un match de baseball. Le baseball m'a tout donné et je pense qu'il est important pour moi maintenant de redonner. Tu vois, si je n'avais pas accepté l'offre des Capitales, peut-être qu'on m'aurait oublié et qu'on n'aurait pas pensé à moi lors de l'ouverture de TVA Sports. Peut-être que je ne serais pas revenu aux majeures. »

Le pire: Jacques Doucet semble sincèrement croire qu'on aurait pu l'oublier. Il devrait pourtant savoir que des milliers de Québécois ne peuvent effacer de leur esprit cette voix sans laquelle certains de leurs plus précieux souvenirs d'été devraient rejouer en silence dans le cinéma de leur mémoire.

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