Steve Hill, vendeur de bines

Steve Hill, à propos de la guitare: «C'est... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Steve Hill, à propos de la guitare: «C'est synonyme de liberté, c'est synonyme de "Tu peux faire ce que tu veux dans la vie", c'est le rêve américain, c'est partir pauvre et devenir riche, c'est changer le monde.»

Spectre Média, Jessica Garneau

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Dominic Tardif
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Quel lien existe-t-il entre l'art de faire des tounes et celui, un peu moins noble, de faire des bines? Le lien s'appelle Steve Hill.

«Mon grand-père du côté de ma mère, c'était un farmer, mais il était aussi barbier, il avait une cabane à sucre et le dimanche, il partait dans les villages pour vendre ses bines», racontait le guitariste lundi au Duplessis, à l'occasion de l'édition mensuelle des entrevues bière Clamato devant public.

Il y a maintenant près de cinq ans, pris dans l'étau de ses dettes et acculé au pied du mur par l'insuccès de Whiplash Love (disque mort-né, parce que jamais promu par sa maison de disques), Steve, avant de déclarer banqueroute ou de s'enrôler dans la bridage d'un restaurant de fast-food, s'organise un itinéraire de concerts en solitaire. Priorité: se refaire.

Dans le coffre de la voiture de son grand-père, il y avait des bines. Il y aura dans le sien des chansons, enregistrées avec les moyens du bord pour les fins d'un album-carte de visite, Alone, Hungry and Mean. Le gars, méchamment seul et méchamment affamé, retrouve alors le proverbial bas de l'échelle, joue devant des salles à moitié remplies et vend ses disques lui-même de main en main, malgré ses vingt ans (et plus) de carrière au compteur. Face à l'adversité, la manche roulée.

Cet enregistrement maison deviendra bientôt, après quelques retouches, le premier volume officiel de Solo Recordings, séries de disques dont le troisième édition vient de voir le jour et que l'enfant terrible du blues québécois électrise encore davantage sur scène en mode homme-orchestre. Résultat: Steve Hill cuisine les meilleures bines, et les plus populaires, de sa discographie comptant aujourd'hui neuf entrées.

Fils de Michel, frère de Richard

La vie de musicien ressemble rarement autant à celle du nomade en fuite, elle est rarement autant peuplée de malveillants membres de l'industrie du disque et de truculents mythes vivants, que lorsque Steve Hill la raconte de sa voix caverneuse.

Fils de Michel, un joueur de football à la réputation de matamore, et frère cadet de Richard, un joueur de football qui «donnait des volées dans la cour d'école», le jeune Steve arrive à la poly Chavigny de Trois-Rivières précédé d'une notoriété de dur à laquelle ses aptitudes inexistantes en sports et sa petite taille lui permettent difficilement de se conformer. Une chance qu'il y aura la guitare, éternelle bouée de sauvetage de ceux qui cherchent leur place au soleil.

Alors qu'il n'a que 16 ans, Fuzz Washington, le groupe invraisemblablement baptisé qu'il dirige, pulvérise déjà tous les records - de ventes de bières, de bouteilles cassées, de toilettes cassées et de bagarres - au Touristik, bar rock et brun affectueusement surnommé le Trou.

À peine quelques années plus tard, le chanteur Bob Harrisson, de passage en spectacle en Mauricie, mais sans guitariste («Bob était souvent mal organisé»), l'engage pour la soirée, puis le ramène carrément avec lui, dans sa valise, à Montréal.

«À 18 ans, je suis un petit gars sage et je deviens tout d'un coup le coloc de Bob Harrisson. Dans le frigidaire, il y a juste de la Labatt Bleue», rigole Steve.

Et Michel, ton père, que pensait-il de tes nouvelles mauvaises fréquentations? «Mon père, il me disait qu'il ne voulait pas que je bumme à ses frais à lui toute ma vie. Il ne savait pas si j'avais du talent ou pas jusqu'à ce que Bob, qu'il allait voir en show, m'engage. En même temps, il a avisé le gros Bob qu'il fallait qu'il me protège, sinon il allait en manger une. Bob a été comme un deuxième père pour moi. Il m'a dit: «Je vais m'assurer que tu sois correct, mais je vais te dévergonder au maximum.»

Entre carpe diem et filles malcommodes

Jaser avec Steve Hill, c'est jaser de guitares et de rock'n'roll, mais c'est aussi jaser, comme on le fait après l'entrevue, de littérature et de la destinée de l'âme par-delà la mort. Walking Grave, chanson au texte méditatif concluant Solo Recordings Volume 3, lui a par exemple été inspirée par ses lectures de Socrate. 

Steve Hill, c'est cet enthousiaste mélomane qui écoute au casque In a Silent Way de Miles Davis après ses spectacles, jusqu'à six fois en ligne. C'est aussi celui qui, à mesure que son écriture se raffine, se dépouille de tout ce qui pouvait chez lui ressembler à de l'esbroufe de rockeur ou de la circonspection de gars timide ne voulant rien révéler d'intime dans ses refrains. 

«La façade, je l'oublie de plus en plus», note-t-il. Ça donne des chansons comme Troubled Times, confession inquiète d'un gars observant le monde céder à la tyrannie et à la peur. Ça donne Emily, récit lumineux, presque fleur bleue, d'une histoire d'amour unissant deux moineaux qui, selon toute logique, n'auraient pas dû se retrouver dans le même nid. Il y a de plus en plus un apôtre du carpe diem chez Steve Hill, alter ego apaisé et serein de l'autre Steve Hill, dans la maison de qui un insane armada de filles malcommodes foutent toujours le bordel. Les titres des fumantes Dangerous et Smoking Hot Machine se passent d'exégèse. 

Toi qui a une guitare dans les mains depuis toujours, sais-tu expliquer pourquoi ce bout de bois-là fascine autant? «C'est synonyme de liberté, c'est synonyme de "Tu peux faire ce que tu veux dans la vie", c'est le rêve américain, c'est partir pauvre et devenir riche, c'est changer le monde. Un gars comme John Lennon n'aurait pas fait tout ce qu'il a fait avec un accordéon.»

Steve Hill est en spectacle le 8 avril à la Maison de la culture de Waterloo, le 21 avril au Théâtre Granada de Sherbrooke, le 11 juin à l'Aréna de Richmond et le 21 juillet au Cabaret Eastman.

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