Richard Turcotte veut me donner un lift

Richard Turcotte: «Moi, dans la vie, je vends... (Spectre Média, Maxime Picard)

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Richard Turcotte: «Moi, dans la vie, je vends du bonheur, je vois toujours le bon côté des choses, je trouve du positif dans tout.»

Spectre Média, Maxime Picard

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Dominic Tardif
La Tribune

(SHERBROOKE) «T'es sûr que tu veux pas que je te donne un lift?» C'est Richard Turcotte qui insiste pour me ramener jusque chez moi. Nous venons tout juste d'enfourner les dernières bouchées de nos smoked-meats ainsi que de conclure une longue jasette au cours de laquelle j'ai avoué, non sans une lancinante honte, ne pas détenir de permis de conduire. L'auteur de ces lignes vit pourtant en proche banlieue de la trentaine.

Pourquoi Richard Turcotte insiste-t-il pour me donner un lift? Sans doute parce qu'il veut doucement se payer ma gueule d'éternel piéton - je venais de lui demander de m'aider à entrer en contact avec mon amateur de chars intérieur - mais aussi, surtout, parce que Richard Turcotte est un bon gars.

«Ma blonde répète souvent que je suis un bienheureux», confiait-il tantôt. «Au début, ça me dérangeait, mais maintenant, je comprends ce qu'elle veut dire. Moi, dans la vie, je vends du bonheur, je vois toujours le bon côté des choses, je trouve du positif dans tout.»

Plus je lui parlais, plus ça devenait clair. Vous pourrez toujours critiquer les animateurs de radios commerciales et leur obligatoire bonne humeur tout aussi obligatoirement contagieuse, un grief que je partage en partie, mais j'aurais difficilement pu quitter la taverne en reprochant à Richard Turcotte de la feindre, sa bonne humeur. Je parle de celle qui venait de voyager entre son côté de table et le mien, comme de celle qui voyage sur les ondes.

En apparence, Richard Turcotte est donc un animateur FM assez traditionnel : belle voix, cordialité immédiate, généreux sens de la poque à passer. Sauf qu'il est aussi, c'est là que ça devient plus intrigant, ce gars qui se méfie des étiquettes et du surplace.

Exemple : en 2000, alors qu'il tient la barre de l'émission du matin à CIMO, un des micros les plus convoités en région, il s'inscrit aux ateliers-théâtre du Double signe. Il enfilera l'imper de Tom Baxter dans La Rose pourpre du Caire, adaptation scénique d'un des plus émouvants films de Woody Allen. Son horaire avait-il besoin de ça? Pas vraiment. Mais?

«Mais ça a ouvert quelque chose en moi de vraiment important», se rappelle celui qui est aujourd'hui auteur-compositeur (il a collaboré avec Olivier Dion), conférencier et comédien. «Je ne voyais que la radio dans ma soupe et je voulais sortir de ce carcan-là, de l'image de celui qui est juste capable de dire [il prend une voix gutturale] : "Hey, hey tu gagnes un t-shirt!" C'est drôle, parce que le théâtre, même si tu n'es pas toi-même sur scène, ça te force à assumer pleinement qui tu es. Si tu veux faire croire aux gens que tu es bel et bien le personnage que tu incarnes, tu ne dois pas te mettre de barrière.»

Vous aurez compris que c'est aussi parce qu'il est un bon gars, que le Sherbrookois d'origine a accepté de remplacer jusqu'au 28 avril Joël Côté dans l'émission du matin de Rouge FM. Il reprend dès le lendemain le tournage des Pires chauffards québécois.

«Nicolas Lefebvre et Éric Arson, des animateurs que j'admirais, amenaient leurs voitures», raconte-t-il au sujet d'un des premiers emplois qu'il a occupé dans un concessionnaire Honda. Il avait 19 ans. «Je me rappelle que je me disais : "Je ne fais pas encore le métier que je veux faire, mais en attendant, je change l'huile de ceux qui le font".»

Des histoires d'amour

C'est aussi ici, à Sherbrooke, que Richard Turcotte a scellé deux de ses plus importantes histoires d'amour, la première en demandant sa blonde en mariage en direct à la radio, en survolant leur bungalow à bord d'un avion. «Ça fait 21 ans et, à ce jour, il y a encore des gens - je dis des gens, mais ce n'est que des femmes - qui m'en parlent et elles se rappellent comme si c'était hier d'avoir braillé ce matin-là en nous entendant.»

Toujours à Sherbrooke, Richard et son sens de la répartie tombent dans l'oeil des Grandes Gueules, alors de passage dans l'émission du matin d'Énergie pour promouvoir un spectacle, mais aussi orphelins d'animateur (Pierre Pagé venant de quitter). Richard Turcotte deviendra le pilote historique du duo Gaudet/Tessier.

Que génériez-vous, les trois ensemble, pour rameuter jour après jour après jour autant de fidèles auditeurs et créer pendant six ans l'émission la plus écoutée au Canada? «On avait un esprit de corps. À la fin d'une intervention, l'important, c'était qu'on ait scoré un but, peu importe qui l'avait scoré. Il ne fallait jamais laisser un gars seul au combat. Dès que le micro était ouvert, s'il y avait quelqu'un qui s'enlisait, tu le prenais sur tes épaules et tu fonçais en avant.»

«Ah ben, ah ben, mon beau Richard!» C'est l'épouse du propriétaire du concessionnaire Honda, où Richard travaillait jadis, qui accoste à notre table et le complimente avec effusion sur sa carrière, qu'elle semble avoir suivie avec l'affection d'une tante. «T'as deux enfants, han?» Ça prend des nouvelles d'un tel, d'un autre. «Tu me reconnais? T'es ben bon!»

Richard : «Ben sûr, que je vous reconnais. Je me souviens de vos beaux yeux bleus verts.» L'adorable dame repart, comme sur un nuage.

C'est quoi son prénom, que je demande à Richard. Pour mon papier, tsé. «Tabarouette, ça ne me revient pas.» Il a sincèrement l'air de s'en vouloir. Je me lève pour rattraper la dame, mais elle s'est déjà esquivée avec son mari.

Richard : «Quand je parlais de ses yeux, c'était vrai, han! Je m'en souvenais.» Le pire : je le crois. La mémoire d'un bon gars peut parfois faillir quand vient le temps de se remémorer un prénom, mais les beaux yeux, eux, s'impriment pour toujours dans sa mémoire.

P.-S. Merci pour le lift.

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