Ceci n'est pas une pub d'antisudorifique

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Karine Prémont, au sujet de Donald Trump: «Je suis curieuse de voir jusqu'à quel point il croit tout ce qu'il dit. En fait, j'en doute.»

Spectre Média, Maxime Picard

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Dominic Tardif
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / En classe, je les vois, mes étudiants, googler la moindre date, la moindre statistique, pour s'assurer que ce que je dis est vrai», raconte, presque fière du zèle de la jeunesse qui assiste à ses cours, la professeure à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke, Karine Prémont.

L'électeur américain moyen, malheureusement, ne traite pas les faits avec la même intransigeance et témoigne d'un peu moins de diligence en matière de vérification des informations qu'on soumet à son attention.

On a dit d'Obama qu'il était le premier président 2.0, enfiévrés que nous étions collectivement par l'espoir qui bourgeonnait lorsque nous gazouillions à l'unisson, mais c'est de plus en plus l'évidence: Donald Trump pourrait être le premier vrai président 2.0. Pourquoi? Parce qu'il incarne jusqu'au bout des cheveux, et de sa bouche remplie d'injures, l'envers grouillant de fiel et de venin des médias sociaux tel que nous les connaissons.

Ne vous fait-il pas penser, vous aussi, à une version fortifiée par les projecteurs, les applaudissements et le cash, de cet oncle outrancièrement alarmiste que vous devrez bientôt tolérer à Pâques, celui qui, il y a quelques mois, relayait en les accompagnant de commentaires en majuscules, les articles islamophobes de sites obscurs, avec la fierté de l'enquêteur qui viendrait d'ouvrir une brèche dans l'omerta des puissants. Trump est le plus grand troll du monde, ont répété plusieurs observateurs.

«On pensait qu'à l'ère de Google, on ne pourrait plus dire n'importe quoi, que les gens allaient vérifier les affirmations des candidats et que ça allait permettre d'évacuer les mensonges et les demi-vérités de la politique», rappelle Madame Prémont, au sujet de la quantité ahurissante de faussetés qui sortent de la bouche de Trump et de ses adversaires, républicains comme démocrates. Le truc est vieux comme le monde: dites à une population fragilisée que la situation est encore pire qu'elle se l'imaginait, offrez-leur une solution minute et courez jusqu'à la Maison-Blanche.

Comme c'est le cas dans le domaine du coeur, le mensonge, en politique, aura gagné un allié précieux dans les outils numériques. «Aussitôt que Donald Trump dit quelque chose, c'est partout, partout, partout. Le temps que quelqu'un vérifie si c'est vrai ou pas, c'est déjà ancré dans notre tête, c'est déjà une vérité.»

Fascisant, mais pas Hitler

Trump est le nouveau Hitler, s'écrient sur le web, avec le même sens de la mesure que leurs adversaires, les ennemis de l'homme à la coiffe de troll (encore). Le plus récent en liste: le populaire humoriste Louis C.K. qui, il y a deux semaines, mettait en garde ses fans par le biais d'un courriel. Ça tient la route, ce rapprochement, prof Prémont?

«Je suis toujours prudente, parce que ce n'est pas le premier qu'on compare à Hitler. Tout le monde a été comparé à Hitler. Il faut aussi dire qu'Hitler, c'est un système de mort qui n'a pas d'équivalent. Trump croit toujours en la démocratie, à ce que je sache, et il n'a pas tué personne, même s'il dit qu'il pourrait tirer quelqu'un sur la 5e Avenue sans perdre de partisan. Après, est-ce qu'il a un discours fascisant? Ça, on peut le penser. Il appelle au racisme et à toutes sortes de considérations qui ressemblent, oui, au fascisme.»

Bold, strong, agressive. Non, ceci n'est pas une pub d'antisudorifique. Ce sont les mots qu'emploient les supporteurs de Trump pour décrire, la pupille luisante et la lèvre mouillée, ce qu'ils admirent chez le milliardaire. Obama n'avait-il pas chassé de la politique américaine ces troublants reliquats d'une identité masculine engoncée dans ses stéréotypes les plus délétères?

«Oui, en partie, mais je vous rappelle qu'Obama avait été obligé de prendre une photo en tirant du gun, parce qu'on l'accusait de ne pas être assez viril, alors cette culture-là est loin d'être morte.» Autrement dit: la politique est encore un concours de qui fait pipi le plus loin.

Paniquer, ou pas?

Fidèles à leur réputation, les prophètes d'apocalypse ne manquent pas d'assimiler la montée de Trump à un signal annonçant le début des invasions barbares. Pas Karine Prémont, qui rappelle que le président représente le pouvoir des États-Unis à l'extérieur de ses murs, mais qu'à l'intérieur, c'est le Congrès qui gère la maisonnée.

«Il y a beaucoup de républicains qui ont déjà dit qu'ils allaient s'opposer aux pires idées de Trump [comme son projet de mur à la frontière mexicaine]. Il y a des mécanismes qui vont l'empêcher de réaliser son programme», souligne-t-elle, en mimant des guillemets dans les airs autour du mot programme. «Je suis curieuse de voir jusqu'à quel point il croit tout ce qu'il dit. En fait, j'en doute.»

Mais s'il ne croit pas tout ce qu'il dit, pourquoi est-il là? «C'est le sujet dont on parle le plus entre collègues ces jours-ci», s'esclaffe la spécialiste. «Toutes les hypothèses circulent. Des gens disent qu'il est plus intelligent qu'il le montre, qu'il ne s'attendait pas à faire aussi bien, mais qu'il se joue de ça parce que l'attention, la caméra, sont ses motivations profondes. Je ne vois pas comment tout ça peut s'expliquer autrement.»

Alors, face à Donald, on panique ou pas? «Je pense qu'il faut se calmer, mais ça devient difficile de faire la part des choses, de savoir si, quand je dis ça, c'est un voeu pieux ou mon point de vue d'analyste qui s'exprime. Ce qui est sûr, c'est qu'on ne peut pas faire autrement que de s'inquiéter d'une candidature comme celle-là, parce qu'on ne sait pas où ça va aller. Je m'inquiète de cette perversion des outils démocratiques et de communication. Je m'inquiète de la résurgence d'un discours raciste, homophobe et sexiste, qu'on pensait mort à jamais.»

Il ne faut jamais sous-estimer la résilience des carnassiers.

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