Vincent Graton : pour ne pas que ça pète

Vincent Graton anime le 23 mars le Show... (Spectre Média, René Marquis)

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Vincent Graton anime le 23 mars le Show de l'entraide afin de souligner le 40e anniversaire de Centraide Estrie.

Spectre Média, René Marquis

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Dominic Tardif
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / «Je l'ai dit à la conférence de presse l'autre fois. » Vincent Graton me parle du Show de l'entraide qu'il animera au Théâtre Granada le 23 mars, afin de célébrer le 40e anniversaire de Centraide Estrie et, par le fait même, amasser des fonds pour l'organisme.

« Je l'ai dit à la conférence de presse et je l'ai dit lors de la dernière grande guignolée des médias : c'est clair qu'il y a quelque chose d'insidieux, et de peut-être contradictoire, dans le fait de demander toujours plus d'argent pour les banques alimentaires et le communautaire en général, parce que ça permet au gouvernement de ne pas faire sa job. Mais si toute la gang des banques alimentaires et du communautaire décide, elle, de ne pas faire sa job, ça va péter noir au Québec, je te le dis mon gars! »

Quiconque a minimalement jeté un oeil à sa télé au cours de vingt dernières années ne vient pas, en lisant ces quelques phrases, de cracher sa gorgée de café sur l'écran de sa tablette. Vincent Graton, est, après tout, cet indomptable révolté hurlant dans un porte-voix son dégoût pour les banques qui se remplissent les poches, à la barre d'une émission du matin comme Des kiwis et des hommes, pourtant pas exactement la case horaire de prédilection pour les impétueuses envolées solidaires.

On sait moins que Vincent Graton ne se contente pas de mettre ses pugnaces cordes vocales au service des idées qu'il porte à la boutonnière. La course à la chefferie du PQ d'Alexandre Cloutier, par exemple? Il y a vigoureusement travaillé, a organisé des rassemblements, a planché sur la plateforme culturelle de son programme et a fait du pointage, directement sur le plancher des vaches de l'action politique qui mobilise le cerveau du militant, mais aussi, et surtout, son huile de bras.

« J'ai dit à ma blonde [la populaire animatrice France Beaudoin] : « Dans les trois prochains mois, je donne la claque », parce que je considérais qu'Alex Cloutier et Véronique Hivon étaient des porteurs d'espoir. 85 % de mon action se fait comme ça, dans l'ombre », explique celui qui se définit depuis la consécration de PKP comme un orphelin politique. « Je l'étais avant la course et je le suis redevenu par la force des choses. »

Lors de la dernière élection fédérale, la résidence Graton avait, raconte le principal intéressé, des allures de quartier général de la résistance face aux conservateurs. Libéraux, bloquistes et néo-démocrates pouvaient y passer un coup de fil afin de solliciter de l'aide en tous genres. Tu veux stopper Harper? T'as besoin de quelque chose? On est là!

Comment t'es-tu senti, en dedans, quand la défaite de Capitaine Alberta a été confirmée? « J'ai pris une grosse brosse! » s'exclame le comédien, avant que son rire tonitruant n'emplisse la taverne tout entière. « Je suis descendu au sous-sol et j'ai sorti les bouteilles de Brunello, du gros vin italien. J'ai tout mis sur la table et j'ai brossé. »

Éternel ti-cul

Suffit de visionner sur YouTube un segment de l'émission Des kiwis et des hommes (j'y reviens, parce que j'étais un fan), suffit d'entendre à nouveau ce trémolo qui faisait parfois authentiquement tressaillir la voix de Vincent Graton, pour comprendre à quel point émotions et prise de parole ont toujours été inextricablement liées dans la poitrine, ainsi qu'entre les deux oreilles, du vétéran résidant de l'Auberge du chien noir.

Il évoque pour expliquer cette corrélation entre coeur bouleversé et irréductible indignation les nombreuses injures dont ont été victimes ses parents, mais refusera de me donner davantage de détails, moins par pudeur, ai-je l'impression, que par crainte d'être à nouveau emporté par le courant d'un trouble trop violent.

« Souvent quand on disait : « Il est fou furieux Graton », c'est parce que devant l'injustice, j'étais comme un ti-cul, je regardais ça avec mes yeux d'enfant. J'ai toujours été comme ça. Je me souviens, en 6e année, les profs me demandaient d'aider les élèves exclus à entrer dans la gang. J'ai travaillé sur mon ti-cul intérieur, celui qui avait eu mal en voyant ses parents se faire fourrer, et ça m'a permis de rendre ma parole moins émotive. »

Notre libération de quoi?

Et si, à bien y regarder, Vincent Graton appartenait à une race en voie de disparition, celle des bons vivants qui n'aiment rien de plus que de brasser des idées? Ma jasette avec le bonhomme aura, en tout cas, réenchanté à mes yeux la belle et noble expression « refaire le monde ».

Autour de la table Graton/Beaudoin, ça discute et ça argumente fort, dit-on, et pas forcément qu'entre gens du même camp, bien que toujours avec un refus de l'invective et de l'attaque ad hominem que l'avènement des réseaux sociaux a transformé en totale utopie. Rêver à des lendemains plus ensoleillés autour d'une bouteille de vino : c'est important, parce que c'est peut-être ce qui nous distingue des barbares, mais ce n'est utile que dans la mesure où il faut aussi parfois avoir le courage de transformer les voeux de la veille en action concrète le matin venu. Un courage auquel Graton semble vouloir faire honneur.

« Je suis prévu pour l'an deux mille / Je suis notre libération », annonce Claude Gauthier en très mauvais prophète dans Le plus beau voyage, le texte de chanson préféré de Vincent. On y a bien sûr longtemps entendu l'espoir d'un souverainiste de voir un jour le pays venir au monde. Notre libération, ce serait quoi aujourd'hui? Notre libération du grand capital?

« Oui, c'est beaucoup à ça que je pense. 35 milliards de profit pour les banques canadiennes, c'est une aberration. C'est malade mental. Quand je parle de notre silence collectif, c'est ça que j'ai en tête. Pour la vaste majorité d'entre nous, c'est l'hypothèque qui occupe toute la place, pis let's go, on s'en va à l'aréna, pis let's go, les sorties, pis let's go, le psy, etc. Quand tu fais 40 000 $ par année avec deux kids, pis que tu dois payer tout ça, c'est normal que tu n'aies plus d'espace dans la tête pour penser à autre chose et pour t'indigner. Je te dirais que ça, ça me met ben en colère. »

J'ajouterais qu'il y a sans doute quelqu'un, quelque part, à qui notre encombrement mental collectif sourit.

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